Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408686

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a été saisi par M. A, ressortissant bangladais bénéficiaire de la protection subsidiaire, d’une demande de suspension de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Le juge a constaté que la condition d’urgence n’était pas établie, dès lors que la délivrance d’une attestation de prolongation d’instruction valable jusqu’au 17 janvier 2025 permettait au requérant de justifier de la régularité de son séjour et de travailler. Par conséquent, la requête a été rejetée, sans qu’il soit besoin d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Cette solution est fondée sur les articles L. 521-1 du code de justice administrative et L. 424-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, M. C A, représenté par

Me Da Costa Cruz, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre à titre principal à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, avec une astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler au cours de ce réexamen dans les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de la renonciation de son conseil à la somme contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

* la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est caractérisée :

- en l'absence du renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction et de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, son contrat à durée déterminée n'a pu être prolongé ce qui lui cause un préjudice professionnel et moral ; il n'a pas pu bénéficier des prestations sociales et se trouve ainsi sans ressources ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ; la décision implicite de rejet est née trois mois après sa demande de titre de séjour le 7 août 2023 ; il a sollicité le

5 juillet 2024 la communication des motifs de cette décision implicite de rejet sans succès ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été reconnu par la Cour nationale du droit d'asile par un jugement du 29 juin 2023 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représenté par le cabinet Actis, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête de

M. A et à titre subsidiaire au rejet de sa requête.

Elle fait valoir qu'une attestation de prolongation d'instruction lui a été délivrée et qu'elle est valable jusqu'au 17 janvier 2025 car les services préfectoraux sont dans l'attente d'une validation de l'état civil du requérant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2408545 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mahieu, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant bangladais, né le 28 mars 1979 à Sylhet (Bangladesh), est entré en France pour y solliciter l'asile et a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision n° 23009637 de la Cour nationale du droit d'asile du 29 juin 2023. M. A a déposé le 7 août 2023 une demande de délivrance d'une carte de séjour auprès de la préfète du

Val-de-Marne. Le requérant s'est vu remettre successivement deux attestations de prolongation d'instruction de son dossier valable du 7 août 2023 au 6 février 2024, et du 29 janvier 2024 au

28 avril 2024. Le silence conservé par l'administration pendant un délai de quatre mois à compter de l'enregistrement de la demande de titre de séjour a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant la suspension de ce refus implicite de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Val-de-Marne en défense :

3. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, ses services ont mis à la disposition de M. A une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 17 janvier 2025, et en déduit que les conclusions du requérant fondées sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative auraient perdu leur objet. Toutefois, un tel document ne se prononce pas sur la demande de titre de séjour de

M. A mais lui permet simplement de justifier de la régularité de son séjour, de circuler dans la zone Schengen et de travailler pendant six mois, le temps de l'instruction de cette demande. En conséquence, la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction ne saurait être regardée comme retirant ou comme abrogeant la décision implicite par laquelle la préfète a rejeté la demande de M. A. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Val-de-Marne en défense doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la

décision. () ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. M. A fait valoir qu'en l'absence de droit au séjour sur le territoire français, son contrat à durée déterminée n'a pu être prolongé et qu'il ne peut plus bénéficier de prestations sociales. Toutefois, il résulte de l'instruction que la préfète du Val-de-Marne a mis à disposition de M. A le 18 juillet 2024 une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au

17 janvier 2025 lui permettant de justifier de la régularité de son séjour, d'exercer une activité professionnelle sur le territoire métropolitain de la France et de circuler dans l'espace Schengen. En outre, M. A ne démontre pas l'existence de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

7. Par suite, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier globalement et concrètement, n'étant pas satisfaite, les conclusions de M. A aux fins de suspension et d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. M. A a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que M. A soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et

Me Da Costa Cruz, avocate de ce dernier, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de 1 200 euros à

Me Da Costa Cruz. Dans l'hypothèse où M. A ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'Etat (préfecture du Val-de-Marne) versera la somme de 1 200 euros à Me Da Costa Cruz, conseil de M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Da Costa Cruz renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans l'hypothèse où M. A ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Da Costa Cruz, et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.

Le juge des référés,

S. BLa greffière,

C. MAHIEU

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,