Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408716

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a pris acte du désistement de M. A de ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction, rendant sans objet la demande de suspension de la décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident. Le juge a toutefois admis M. A à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991. En conséquence, il a rejeté le surplus des conclusions, incluant la demande de frais irrépétibles, faute pour le requérant de justifier de diligences suffisantes pour l'obtention de son titre de séjour malgré la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Rosin, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre à titre principal au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de résident valable dix ans, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, avec une astreinte de 150 euros par jours de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer un document provisoire de séjour assorti d'une autorisation de travail le temps de ce réexamen, dans un délai de 48 heures et sous les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de la renonciation de son conseil à la somme contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. En cas de non admission à l'aide juridictionnelle du requérant, cette somme lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est caractérisée par :

- titulaire d'un contrat de formation professionnelle, il est certain de perdre son emploi ; la caisse des allocations familiales lui a demandé le 21 mai 2024 de fournir une copie de son nouveau document de séjour, ce qu'il n'a pu faire et ce qui a conduit à la perte de la prime d'activité ; il n'a pas été en mesure de réponde à la mise en demeure de France Travail en date du 6 mai 2024 et il a été radié de son agence ;

- l'administration le place dans une grande précarité car cela fait plus de dix mois que la qualité de réfugié lui a été reconnue, il aurait dû depuis longtemps être mis en possession d'une carte de résident ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

- la décision en litige est entachée d'insuffisance de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 424-1, L. 424-3 et R.424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête de M. A et à titre subsidiaire au rejet de sa requête.

Elle fait valoir qu'une attestation de prolongation d'instruction lui a été délivrée et qu'elle est valable jusqu'au 16 janvier 2025 car les services préfectoraux sont dans l'attente d'une validation de l'état civil du requérant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Par un mémoire enregistré le 30 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Rosin, se désiste de ses conclusions aux fins de suspension et d'injonction, mais entend maintenir ses conclusions tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ainsi que celles présentées en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 16 juillet 2024 sous le numéro 2408721 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mahieu, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. B ;

- M. A n'était ni présent, ni représenté.

- les observations de Me Kerkely, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au non-lieu à statuer sur la requête à titre principal, et au rejet de la requête à titre subsidiaire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant afghan né le 24 juin 1996 à Djozdjan (Afghanistan) est entré en France pour y solliciter l'asile et a obtenu la reconnaissance de la qualité de réfugié par une décision n° 23014151 du 31 août 2023. M. A a déposé le 4 septembre 2023 une demande de délivrance d'une carte de résident de dix ans auprès de la préfète du Val-de-Marne. Le requérant s'est vu remettre successivement deux attestations de prolongation d'instruction de son dossier valable du 4 septembre 2023 au 3 mars 2024, et du 5 mars 2024 au 4 juin 2024. Le silence conservé par l'administration pendant un délai de quatre mois à compter de l'enregistrement de la demande de titre de séjour a fait naître une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant la suspension de ce refus implicite de lui délivrer un titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. Par son mémoire complémentaire enregistré le 30 juillet 2024, M. A a indiqué se désister des conclusions aux fins de suspension et d'injonction de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Ce désistement est pur et simple. Par suite, rien ne s'oppose à ce qu'il lui en soit donné acte.

Sur les frais d'instance :

5. M. A a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que M. A soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et Me Rosin, avocat de ce dernier, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de 1 200 euros à Me Rosin. Dans l'hypothèse où M. A ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est donné acte à M. A de son désistement des conclusions de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Article 3 : L'Etat (préfecture du Val-de-Marne) versera la somme de 1 200 euros à Me Rosin, conseil de M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rosin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans l'hypothèse où M. A ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, Me Rosin et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.

Le juge des référés,

S. BLa greffière,

C. MAHIEU

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,