Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408747

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2408747
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A pour suspendre le refus de la préfète du Val-de-Marne d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour. En défense, la préfète a fait valoir que la requérante avait été convoquée le 23 juillet 2024 et s'était vu délivrer un récépissé valable jusqu'au 22 janvier 2025, ce qui privait d'objet la demande de suspension. Le tribunal a constaté que la décision contestée avait ainsi perdu son effet, rendant la requête sans objet, et a prononcé un non-lieu à statuer.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Walther, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre la décision de refus d'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour, prise par la préfète du Val-de-Marne et portée à sa connaissance le 16 mai 2024 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail à titre accessoire et ce dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation à fin de délivrance d'un titre de séjour et ce dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 10 juillet 1991 ou en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat à verser cette même somme à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige portant refus d'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour il existe une présomption d'urgence et qu'elle emporte des conséquences graves et immédiates sur sa situation personnelle, s'agissant notamment du suivi de ses études, de l'impossibilité, en l'absence d'autorisation de travail, de subvenir à ses besoins en trouvant un emploi compatible avec la poursuite de son doctorat, de la privation du bénéfice des prestations servies par la caisse d'allocations familiales et d'une bourse ; de même elle ne peut se rendre à l'étranger pour suivre des conférences à l'étranger ou rendre visite à sa famille ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse dès lors que :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et est entachée d'incompétence faute pour celle-ci d'être signée par son auteur et de comporter des éléments permettant d'en connaître l'identité ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation alors qu'elle n'a jamais déposé de demande de renouvellement de titre de séjour auprès d'une autre préfecture et que son parcours académique ainsi l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas visés ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dans la mesure où elle a uniquement enregistré sa demande de renouvellement de titre de séjour sur l'ANEF et n'a effectué aucune démarche parallèle auprès d'une autre préfecture ou sous-préfecture ;

- elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie de la cohérence et de l'assiduité de son parcours académique en France ;

- elle viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation alors que

Mme A réside de manière discontinue sur le territoire français depuis 2017 et qu'elle est revenue en France le 1er février 2023 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour afin de poursuivre une deuxième année de doctorat.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par la Selarl Actis Avocats, conclut au non-lieu à statuer et à titre subsidiaire au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la multiplicité des numéros étrangers attribués à la requérante ayant bloqué ses demandes faites sur le site ANEF, la requérante a été convoquée le 23 juillet 2024 à 14 h 00 pour le dépôt de son dossier administratif et s'est vue délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 22 janvier 2025 ;

- la requérante ne justifie plus se trouver dans une condition d'urgence suite au dépôt de sa demande de titre de séjour auprès des services préfectoraux le 23 juillet 2024 ;

- la demande de condamnation au titre des frais irrépétibles formulée par la requérante doit être rejetée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 16 juillet 2024 sous le numéro 2408758 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bourdin, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 30 juillet 2024 à 15h00 en présence de

Mme Mahieu, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Bourdin,

- les observations de Me Arvay, représentant Mme A, présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et qui soutient en outre, qu'aucun récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail ne lui a été remis le 23 juillet 2024 alors que son dossier était complet et qu'elle est à nouveau convoquée en préfecture le 31 juillet 2024 sans certitude sur le sort qui sera réservée à sa demande de titre de séjour, de sorte que l'urgence demeure ;

- et les observations de Me El Assaad, représentant la préfète du Val-de-Marne, absente, qui maintient ses conclusions aux fins de non-lieu et s'en rapporte s'agissant des conclusions au titre des frais du litige.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15h50.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante chinoise née le 21 janvier 1996 à Shanxi (République Populaire de Chine), est entrée une première fois en France le 21 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour étudiant valable du 11 septembre 2017 au 1er septembre 2018. Après un retour dans son pays d'origine à l'issue de l'année universitaire, l'intéressée est, de nouveau, entrée sur le sol français le 28 septembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour étudiant valable du 21 septembre 2018 au 21 septembre 2019. Mme A a été mise en possession d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable du 23 septembre 2019 au 22 septembre 2021. Après avoir rejoint son pays d'origine, l'intéressée est de nouveau entrée sur le territoire français le 1er février 2023, sous couvert d'un visa de type D étudiant valable du 1er février 2023 au

30 novembre 2023. Le 21 septembre 2023, elle a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant. La préfète du Val-de-Marne a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour, décision dont elle a pris connaissance le 16 mai 2024. Par une requête enregistrée le

18 juillet 2024 au tribunal, Mme A a demandé l'annulation de cette décision de refus d'enregistrement et au juge des référés, par une requête enregistrée le même jour, la suspension de cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Val-de-Marne :

3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête de Mme A, la préfète du Val-de-Marne a informé le tribunal dans son mémoire en défense que la requérante a été convoquée en préfecture le 23 juillet 2024 pour y déposer son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour et qu'elle s'est alors vu remettre un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 22 janvier 2025. Si la requérante indique à l'audience qu'aucun récépissé ne lui a été remis lors du rendez-vous du 23 juillet 2024 et qu'elle est de nouveau convoquée en préfecture le 31 juillet 2024, la préfète produit la copie d'écran AGDREF faisant apparaître l'émission d'un récépissé de demande de carte de séjour valable du 23 juillet 2024 au

22 janvier 2025 dans le cadre d'une procédure de renouvellement de titre de séjour déposée le

23 juillet 2024, qui apparaît ainsi comme étant enregistrée par les services de la préfecture. Dans ces conditions, les conclusions de Mme A tendant à la suspension de la décision par laquelle la préfète a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ont perdu leur objet. Il s'ensuit qu'il n'y a plus lieu à statuer dessus.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. La présente ordonnance, qui prononce le non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête de Mme A n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de Mme A tendant à enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'enregistrer sa demande de titre de séjour dans un délai de sept jours sous astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail à titre accessoire et de réexaminer sa situation sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

6. Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que

Me Walther, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Walther de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 sera versée à Mme A.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à la suspension de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé d'enregistrer la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Walther renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Walther, avocate de Mme A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Walther et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 2 août 2024.

La juge des référés,

Signé : S. BOURDIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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