Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408853
vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408853 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, M. A B représenté par
Me El Bouroumi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'arrêté n° 2024/07/18 pris le 11 juillet 2024 par le préfet de police pour la sécurité et la sûreté des plates-formes de Paris à l'encontre de M. A B emportant suspension d'accès aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires pour une durée de deux mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
* la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige entrave sa possibilité d'exercer son activité professionnelle en l'empêchant de se rendre à son travail et l'expose à un licenciement ;
* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige dès lors que :
- il ne peut être qualifié d'auteur de comportement violent alors que les faits de violences commis en décembre 2022 envers sa compagne sont anciens et n'ont justifié aucune condamnation pénale et qu'en outre il bénéficie d'une habilitation pour une période d'un an pour accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires en tant qu'ingénieur consultant, depuis avril 2021 s'agissant des zones de l'aéroport d'Orly et depuis mars 2024 s'agissant des zones de l'aéroport de Roissy ;
- il ne peut lui être imputé une quelconque radicalisation de nature à justifier la mesure litigieuse alors que la procédure dont il a fait l'objet dans son pays d'origine est infondée, que l'exécution de la mesure de soumission à la " procédure Frontalière S17 " prévue par la législation tunisienne, qui le soumettait lors de chaque entrée ou sortie de son pays d'origine à des mesures de contrôle a été suspendue par les autorités judiciaires tunisiennes par décision du 21 juillet 2021 dans l'attente qu'il soit statué au fond, que s'il a fait l'objet d'une visite domiciliaire en application d'une ordonnance prise le 1er juillet 2024 par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Paris ordonnée dans le cadre de la prévention des actes de terrorisme, celle-ci n'a permis la découverte d'aucun élément en lien avec la motivation de l'ordonnance.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
* la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que :
- la décision prise pour une durée de deux mois dans les zones d'accès réglementé des aéroports, ne prive pas le requérant, par elle-même, de la possibilité de se rendre à son travail et d'exécuter son activité professionnelle, que l'intéressé ne démontre pas qu'il ne serait pas à même d'exercer une autre mission pour un autre client ; qu'il n'établit pas le risque de licenciement auquel il est exposé ; qu'enfin il ne justifie pas qu'il serait le seul membre du foyer à percevoir un salaire alors qu'il ressort de l'avis de déclaration des revenus au titre de l'année 2023 que son épouse a perçu des revenus d'un montant de 31 741 euros et qu'il n'apporte aucun élément susceptible de démontrer qu'il n'aurait pas de sources de revenus autres que celle tirée de son activité au sein de la société TMC France Paris ou qu'il serait dans l'impossibilité de poursuivre son activité professionnelle en dehors des zones de sûreté aéroportuaires ;
- il y a urgence à maintenir la décision en litige, au regard des nécessités tenant à l'ordre public alors que les exigences de sécurité des zones de sûreté des aéroports, le comportement et les relations du requérant sont incompatibles avec une habilitation permettant l'accès aux zones de sûreté aéroportuaires ;
* l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision n'est pas établie alors que la décision litigieuse se fonde sur le fait que le requérant est connu des services de police en raison de son comportement violent et de son adhésion aux préceptes de l'islam radical ainsi que relaté de manière précise et circonstanciée par la note des services spécialisées versée à l'instance et que le requérant n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les motifs de la décision en litige.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 18 juillet 2024 sous le numéro 2408865 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bourdin, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 30 juillet 2024 à 15h00 en présence de
Mme Mahieu, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Bourdin,
- les observations de Mme C, pour le préfet de police qui a repris les termes de son mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2024.
M. B et le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'étaient ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 18h58.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 12 octobre 1992, est employé en qualité d'ingénieur consultant par la société TMC France Paris, dont le siège est à Nanterre depuis le
19 novembre 2019 et a été mis à disposition de l'entreprise " Product Development Employeneurship " intervenant sur les aéroports de Paris-Orly et de Roissy Charles de Gaulle. Par une décision du 7 mars 2024, l'intéressé a été habilité pour une période d'un an à accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires. Par une décision du
11 juillet 2024 prise notamment sur le fondement des dispositions de l'article R. 6342-20 du code des transports, le préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plates formes aéroportuaires de Paris a suspendu pour une durée de deux mois l'habilitation délivrée le 7 mars 2024. Par une requête enregistrée auprès du présent tribunal le 18 juillet 2024, l'intéressé a demandé l'annulation de cette décision du 11 juillet 2024 et sollicite du juge des référés, par une requête enregistrée le même jour, la suspension de son exécution.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la
décision. () ".
3. Aux termes de l'article L. 6342-3 du code des transports : " Doivent être habilités par l'autorité administrative compétente: 1o Les personnes ayant accès aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes ()./ La délivrance de cette habilitation est précédée d'une enquête administrative donnant lieu, le cas échéant, à consultation du bulletin no 2 du casier judiciaire et des traitements automatisés de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de 31 de la loi no 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification ". Selon l'article R. 6342-20 du code des transports : " L'habilitation peut être retirée ou suspendue par le préfet territorialement compétent lorsque la moralité ou le comportement de la personne titulaire de cette habilitation ne présente pas les garanties requises au regard de la sûreté de l'État, de la sécurité publique, de la sécurité des personnes, de l'ordre public ou sont incompatibles avec l'exercice de son activité ".
4. Il ressort des pièces du dossier que par ordonnance du 1er juillet 2024, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Paris a autorisé, une visite domiciliaire dans les locaux occupés par le requérant aux fins de prévention de la commission d'actes de terrorisme, le juge des libertés et de la détention relevant dans son ordonnance que le requérant est suspecté de radicalisation religieuse à la suite de son inscription par le Bureau Central National d'Interpol de Tunisie pour des infractions commises entre 2011 et 2015 en lien avec le terrorisme, sans autre précision, que depuis 2016, l'intéressé a fait l'objet d'une fiche bleue Interpol, valide jusqu'au
14 avril 2016, établie par les autorités tunisiennes ayant comme finalité l'obtention d'informations car il serait proche d'une organisation religieuse takfiriste appelant à faire le djihâd, en plus d'avoir eu l'intention de se rendre en zone de conflit syrienne, qu'il présente une personnalité impulsive et instable alors qu'en décembre 2022, il a fait preuve d'une grande violence envers sa compagne, lui occasionnant notamment une brûlure et l'obligeant à se réfugier temporairement chez ses parents et qu'en 2021, l'intéressé était en lien avec un personnage connu pour avoir été relation avec une organisation terroriste palestinienne en 1995 ainsi que pour ses différents voyages en Arabie Saoudite. Ces éléments reprennent ceux figurant par la fiche des services spécialisés produite dans le cadre de la présente instance par le préfet de police. En outre, suite à la visite domiciliaire autorisée par la juge des libertés et de la détention, un ordinateur désigné comme appartenant au requérant a été saisi pour exploitation des fichiers. Par un arrêté du 8 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à l'encontre de l'intéressé une mesure de contrôle administratif et de surveillance en application de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure.
5. En l'état de l'instruction les moyens tirés de l'absence de comportement violent et de radicalisation de l'intéressé, tels qu'énoncés ci-dessus, qui s'analysent comme des moyens tirés de l'erreur d'appréciation ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
6. La condition relative à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté contesté fixée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, il n'est pas nécessaire de se prononcer sur l'urgence.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet de police.
Fait à Melun, le 2 août 2024.
La juge des référés,
Signé : S. BOURDIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,