Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408892
mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408892 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Kacou, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision " portant refus implicite de renouvellement d'un titre de séjour - réfugié ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer son droit au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros toutes taxes comprises en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
* la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est caractérisée par :
- la condition d'urgence est présumée en matière de renouvellement de titre de séjour ; la requérante est en situation régulière en France depuis cinq ans ;
- sa fille mineure a la qualité de réfugiée.
* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, notamment au regard des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête de Mme C et à titre subsidiaire au rejet de cette requête.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2408888 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mahieu, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Kacou, représentant Mme C absente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
- les observations de M.Kerkely, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au non-lieu à statuer à titre principal et au rejet de la requête à titre subsidiaire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante ivoirienne née le 7 juillet 1987 à Adjamé (Côte d'Ivoire) était titulaire d'une carte de séjour temporaire valable du 1er juin 2021 au 31 mai 2022. La requérante a sollicité le 16 mai 2022 une demande de renouvellement de son titre de séjour. Le silence de l'administration sur sa demande de renouvellement de titre de séjour a fait naître une décision implicite de rejet. Par la requête susvisée, Mme C demande la suspension de la décision implicite de rejet.
Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevé par la préfète du Val-de-Marne en défense :
2. La préfète du Val-de-Marne conclut au non-lieu à statuer En ce qui concerne les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative en faisant valoir que ses services ont convoqué Mme C le mercredi 31 juillet 2024 à 15h00 afin qu'elle y dépose son dossier. Toutefois, il est constant qu'aucun titre de séjour ne lui a été délivré. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 par Mme C ont conservé leur objet. Dès lors, l'exception de non-lieu à statuer ne saurait être accueillie.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Mme C soutient qu'en conséquence du rejet implicite de sa demande, elle est susceptible de perdre des avantages, alors qu'elle a son enfant mineur à charge dont la qualité de réfugiée a été reconnue, si bien que l'effectivité de sa protection internationale est compromise. En effet, il résulte de l'instruction que par une décision du 31 décembre 2021, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a reconnu la qualité de réfugiée à la jeune D née le 7 avril 2020, fille de Mme C. En outre, si Mme C a été mise en possession le 16 mai 2022 d'un récépissé de demande de carte de séjour, ce dernier a expiré le 30 novembre 2022. Enfin, il ressort de l'acte de confirmation de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour établie le 4 juillet 2023, que ce document ne constitue qu'une preuve du dépôt de la demande mais ne constitue pas une preuve de la régularité de son séjour. En conséquence, cet acte ne permet pas l'ouverture des droits associés à un séjour régulier. Dans de telles circonstances, et compte tenu de la situation familiale de la requérante, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne la condition relative au doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Selon l'article L. 424-3 de ce code : " La carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à: () 4o Ses parents si l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection est un mineur non marié, sans que la condition de régularité du séjour ne soit exigée./ L'enfant visé au présent article s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie () ".
7. Il n'est pas contesté que la jeune D née le 7 avril 2020, fille de Mme C, s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 31 décembre 2021, devenue définitive. Dans ce contexte, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de délivrance d'une carte de résident présentée par Mme C.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Si, pour le cas où l'ensemble des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est rempli, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative et prescrire par la même décision juridictionnelle que l'auteur de la décision prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, de telles mesures doivent, ainsi que l'impose l'article L. 511-1 du même code, présenter un " caractère provisoire ".
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
11. Si les conditions posées à l'octroi de la suspension d'une décision refusant un avantage sont remplies, il appartient donc au juge administratif d'assortir le prononcé de cette suspension de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration et qui pourront consister à réexaminer les droits de l'intéressé à cet avantage dans un délai déterminé ou, le cas échéant, à prendre toute mesure conservatoire utile prescrite par le juge compte tenu de l'objet du litige, du moyen retenu et de l'urgence.
12. En l'espèce, la présente ordonnance, qui ordonne la suspension de l'exécution de la décision refusant à Mme C de renouvellement de son titre de séjour implique nécessairement que la préfète du Val-de-Marne réexamine la situation de la requérante dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et que, pendant le temps de ce réexamen, il soit remis à l'intéressée un récépissé l'autorisant à séjourner sur le territoire français, conformément aux dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer ce récépissé dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais d'instance :
13. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de la préfète du Val-de-Marne la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La décision implicite, par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à la demande de renouvellement du titre de séjour sollicité par Mme C, est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer le temps de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat (préfecture du Val-de-Marne) versera à Mme C la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée Mme B C et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.
Le juge des référés,
S. ALa greffière,
C. MAHIEU
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,