Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2408920
vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2408920 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, M. B A, représenté par
Me Rosin, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative:
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " reconnu réfugié " ;
A titre principal,
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer à titre provisoire une carte de résident valable dix ans, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
A titre subsidiaire,
4°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer et de statuer sur sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) d'enjoindre à ce même préfet de le munir d'un document provisoire de séjour assorti d'une autorisation de travail le temps de ce réexamen dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
En tout état de cause,
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros hors taxe à verser à Me Rosin sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991 ;
7°) de prévoir qu'en cas de non-admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il doit être gardé comme soutenant que :
* la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est caractérisée dès lors que la décision de refus implicite le place dans une situation précaire, qu'il ne dispose plus d'aucun document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour et de son droit d'exercer une activité professionnelle et que la décision litigieuse compromet très sérieusement ses efforts d'intégration professionnelle dès lors que l'Agence France Travail lui a notifié une décision de cessation d'inscription en l'absence de document de séjour l'autorisant à travailler ;
* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :
- elle est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 424-1, L. 424-4 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par la Selarl Actis Avocats conclut au non-lieu à statuer sur la requête et à titre subsidiaire au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les services préfectoraux ont délivré au requérant une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 22 janvier 2025, qui est présente sur le compte personnel ANEF de l'intéressé ;
- son dossier ne peut définitivement être instruit dès lors que les services préfectoraux sont en attente de la validation de son état civil par l'OFPRA ;
- la validité de l'attestation de prolongation démontre que sa demande est en cours ;
- le requérant ne justifie pas se trouver dans une situation d'urgence, dès lors qu'il dispose d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 22 janvier 2025.
Par un mémoire en réplique enregistré le 30 juillet 2024, M. A, représenté par
Me Rosin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire,
2°) de lui donner acte de son désistement de ses conclusions à fins de suspension et d'injonction ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 500 euros hors taxes à Me Rosin sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de prévoir qu'en cas de non admission à l'aide juridictionnelle du requérant, cette somme lui soit versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 19 juillet 2024 sous le numéro 2408916 par laquelle
M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bourdin, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 30 juillet 2024 à 15h00 en présence de
Mme Mahieu, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Bourdin,
- les observations de Me El Assaad, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui a demandé le constat du désistement partiel du requérant et s'en est rapporté sur les conclusions portant sur les frais du litige.
M. A n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15h54.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 3 mai 2004 à Kaboul, s'est vu reconnaître le statut de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 mai 2023. Il a donc déposé en préfecture une demande de carte de résident le 5 juillet 2023. Il n'a reçu à la suite de ce dépôt que des attestations de prolongation d'instruction, la dernière arrivant à échéance le 4 juin 2024. Estimant que ces délivrances successives révélaient une décision implicite de rejet opposée par la préfète du Val-de-Marne à sa demande de carte de résident en qualité de réfugié, par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, il a demandé au présent tribunal son annulation et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le désistement du requérant de ses conclusions à fin de suspension et d'injonction :
4. M. A, s'étant vu délivrer, postérieurement à l'introduction de l'instance, une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour valable jusqu'au
22 janvier 2025, indique se désister de ses conclusions à fin de suspension présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ainsi que de ses conclusions aux fins d'injonction. Ce désistement partiel est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les frais d'instance :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () "
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1 200 euros TTC à verser à Me Rosin, conseil de M. A, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions à fin de suspension et des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A.
Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1 200 euros TTC à Me Rosin, conseil de M. A, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Rosin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 2 août 2024.
La juge des référés,
Signé : S. BOURDIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,