Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409011

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409011
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
FormationChambre Référés 13
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a été saisi par M. B sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative pour obtenir l'exécution d'un jugement du 22 décembre 2023. Ce jugement enjoignait au préfet compétent de réexaminer la situation de M. B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, ce que la préfète du Val-de-Marne n'a pas fait. Constatant cette inexécution, le tribunal a prononcé une astreinte de 100 euros par jour de retard à l'encontre de la préfète, lui impartissant un délai de quinze jours pour justifier de l'exécution. La décision se fonde sur les articles L. 911-1 et L. 911-4 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une lettre du 6 février 2024, M. C B, représenté par Me Richard, a saisi le tribunal administratif de Melun d'une demande tendant à obtenir l'exécution de la décision du 22 décembre 2023, sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative.

Il indique que la préfète du Val-de-Marne n'a pas exécuté cette décision, malgré plusieurs demandes en ce sens et demande qu'une astreinte de 200 euros par jour de retard soit mise à la charge de la préfète du Val-de-Marne.

La demande initiale de M. B a été communiquée le 28 février 2024 à la préfète du Val-de-Marne qui n'a présenté aucune observation.

Par un mémoire enregistré le 12 avril 2024, M. C B, représenté par Me Richard, conclut aux mêmes fins.

Un rappel en vue de l'exécution de la décision du 22 décembre 2023 a été transmis à la préfète du Val-de-Marne le 18 avril 2024.

Par un mémoire enregistré le 28 mai 2024, M. C B, représenté par Me Richard, conclut aux mêmes fins.

Par une ordonnance du 19 juillet 2024, a été ouverte la phase juridictionnelle de la demande d'exécution de la décision du 22 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Melun (requête n° 2305294) du 22 décembre 2023 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants et R. 776-15 et suivants du code de justice administrative, en vigueur à la date de la décision attaquée.

Après avoir, au cours de l'audience du 27 août 2024, tenue en présence de Madame Darnal, greffière d'audience, présenté son rapport, en l'absence de l'intéressé et de la préfète du Val-de-Marne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 22 décembre 2023, le magistrat désigné par la présidente du présent tribunal a, d'une part, annulé l'arrêté du 25 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine Saint Denis avait fait obligation à M. B de quitter le territoire français, avait refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, avait fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a avait prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, et, d'autre part, enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour. La préfète du Val-de-Marne territorialement compétente au regard du domicile de l'intéressé à Ivry-sur-Seine, 40 avenue Henri Barbusse, n'a pas exécuté cette décision. Par une lettre du 6 février 2024, M. B a demandé à la présidente du présent tribunal d'assurer l'exécution de cette décision. La préfète du Val-de-Marne n'ayant produit aucune observation lors de la phase administrative, une procédure juridictionnelle a été ouverte le 19 juillet 2024.

2. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Aux termes de l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de définition, par le jugement ou l'arrêt dont l'exécution lui est demandée, des mesures qu'implique nécessairement cette décision, il appartient au juge saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative d'y procéder lui-même en tenant compte des situations de droit et de fait existant à la date de sa décision. Si la décision faisant l'objet de la demande d'exécution prescrit déjà de telles mesures en application de l'article L. 911-1 du même code, il peut, dans l'hypothèse où elles seraient entachées d'une obscurité ou d'une ambigüité, en préciser la portée. Le cas échéant, il lui appartient aussi d'en édicter de nouvelles en se plaçant, de même, à la date de sa décision, sans toutefois pouvoir remettre en cause celles qui ont précédemment été prescrites ni méconnaître l'autorité qui s'attache aux motifs qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée.

4. En l'espèce, la préfète du Val-de-Marne, en ne convoquant pas M. B dans le délai de trois mois et en ne lui délivrant pas une autorisation provisoire de séjour, n'a pas exécuté l'article 2 de la décision du 22 décembre 2023 et n'a fait valoir aucune difficulté particulière empêchant cette exécution. Dans ces conditions, il y a donc lieu de prononcer à son encontre, à défaut pour elle de justifier de cette exécution dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision, une astreinte de cent euros par jour de retard jusqu'à la date à laquelle il aura remis à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour comportant les droits attachés à sa demande de titre de séjour.

D E C I D E :

Article 1er : Une astreinte est prononcée à l'encontre de l'Etat (préfète du Val-de-Marne), s'il ne justifie pas avoir, dans les quinze jours suivant la notification de la présente décision, exécuté l'article 2 de la décision n° 2305294 du 22 décembre 2023 et jusqu'à la date de cette exécution. Le taux de cette astreinte est fixé à cent euros par jour, à compter de l'expiration de ce délai de quinze jours suivant la notification de la présente décision.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C B et à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés, La greffière,

A : M. Aymard A : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2409011