Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409018
mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2409018 |
| Type | Décision |
| Recours | Exécution d'un jugement |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête du 22 mars 2024, Madame A B, représentée par Me Partouche, a demandé au tribunal administratif de Melun :
1°) d'accomplir toutes diligences utiles pour assurer l'exécution de l'ordonnance du juge des référés du 27 novembre 2023 en application de l'article R. 921-5 du code de justice administrative ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'exécuter l'ordonnance rendue le 27 novembre 2023 par le tribunal administratif de Melun, et notamment, de lui fixer, sans délai, un rendez-vous pour le dépôt d'une première demande de titre de séjour, avec astreinte de 300 euros par jour de retard conformément aux articles R. 921-1 et suivants du code de justice administrative ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé au moment du dépôt de la première demande de titre de séjour conformément à l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avec astreinte de 100 euros par jour de retard conformément aux articles L 911-1, L 911-2 et L 911-3 du code de justice administrative ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'exécuter l'article 3 du dispositif de l'ordonnance du 27 novembre 2023 et de verser la somme de 1 500 euros à Me Partouche sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 2 000 euros (deux mille euros) supplémentaire à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative pour la présente procédure en exécution, celui-ci déclarant une fois de plus renoncer, dans cette hypothèse, au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il indique que la préfète du Val-de-Marne n'a exécuté cette ordonnance en aucun de ses éléments.
La demande initiale de Madame B a été communiquée le 4 avril 2024 à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a présenté aucune observation.
Par une ordonnance du 10 juillet 2024, a été ouverte la phase juridictionnelle de la demande d'exécution de l'ordonnance du 27 novembre 2023.
Par un mémoire complémentaire enregistré le 29 juillet 2024, Madame A B, représentée par Me Partouche, conclut aux mêmes fins en portant à 2 500 euros supplémentaires sa demande relatives aux frais irrépétibles.
Le 31 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, a communiqué au tribunal une convocation à l'adresse de Madame B pour le 5 août 2024 à 14 heures.
Par un mémoire enregistré le 22 août 2024, Madame A B, représentée par Me Partouche, prend acte de cette convocation et conclut aux mêmes fins, pour le surplus de sa requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Melun (requête n° 2309430) du 27 novembre 2023 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Après avoir, au cours de l'audience du 27 août 2024, tenue en présence de Madame Darnal, greffière d'audience, a présenté son rapport, en l'absence de la requérante et de la préfète du Val-de-Marne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.
Considérant ce qui suit :
1. Par une ordonnance du 27 novembre 2023, le juge des référés du présent tribunal, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a, d'une part, enjoint à la préfète du Val-de-Marne de fixer un rendez-vous à Mme B pour le dépôt de sa demande de titre de séjour et de lui remettre un récépissé à cette occasion, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance, et, d'autre part, mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser au conseil de la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 31 de la loi du 10 juillet 1991. La préfète du Val-de-Marne n'ayant exécuté cette ordonnance dans aucune de ses dispositions, par une requête du 22 mars 2024, Madame B a saisi le présent tribunal d'une demande d'exécution de cette ordonnance. La préfète du Val-de-Marne n'a formulé aucune observation tout au long de la procédure. Une phase juridictionnelle a été ouverte le 10 juillet 2024. Le 31 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne a convoqué Madame B pour le 5 août 2024 à 14 heures pour le dépôt de sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative :
2. Aux termes de 1'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. / () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ".
3. Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne a convoqué la requérante, 5 août 2024, pour le dépôt de sa demande de titre de séjour. Il n'est pas contesté que ce rendez-vous a été honoré et qu'un récépissé a été délivré à l'intéressée ce jour-là. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur la demande présentée par Madame B sur le fondement de l'article L 911-4 du code de justice administrative, et tendant à ce qu'une convocation lui soit délivrée en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour et de remise d'un récépissé de demande de séjour.
Sur la demande tendant au paiement des frais irrépétibles mis à la charge de l'Etat le 27 novembre 2023 :
4. Aux termes de l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision passée en force de chose jugée a prononcé la condamnation d'une personne publique au paiement d'une somme d'argent dont elle a fixé le montant, les dispositions de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, ci-après reproduites, sont applicables. " Art. 1er. - I. - Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. Si la dépense est imputable sur des crédits limitatifs qui se révèlent insuffisants, l'ordonnancement est fait dans la limite des crédits disponibles. Les ressources nécessaires pour les compléter sont dégagées dans les conditions prévues par l'ordonnance n° 59-2 du 2 janvier 1959 portant loi organique relative aux lois de finances. Dans ce cas, l'ordonnancement complémentaire doit être fait dans un délai de quatre mois à compter de la notification. A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement ".
5. Dès lors que ces dispositions permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée, d'obtenir du comptable public assignataire le paiement de la somme que la collectivité publique est condamnée à lui verser à défaut d'ordonnancement dans le délai prescrit, il n'y a, en principe, pas lieu de faire droit à une demande tendant à ce que le juge prenne des mesures pour assurer l'exécution de cette décision. Il en va toutefois différemment lorsque le comptable public assignataire, bien qu'il y soit tenu, refuse de procéder au paiement.
6. En l'espèce, si la requérante se prévaut d'une absence d'exécution de l'article 3 de l'ordonnance du 27 novembre 2023 en ce que la somme de 1 500 euros mise à la charge de l'Etat (préfet du Val-de-Marne) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 31 de la loi du 10 juillet 1991 n'aurait jamais été versée à son conseil, ce qui n'est au demeurant pas contesté par la préfète du Val-de-Marne, celui-ci ne justifie par avoir présenté au directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne une demande de mandatement d'office de cette somme.
7. Par suite sa demande tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui verser cette somme ne pourra qu'être rejetée.
Sur les frais du présent litige :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
9. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une nouvelle somme de 2 000 euros qui sera versée à Me Partouche, conseil de Madame B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la demande présentée par Madame B sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative et tendant à ce qu'une convocation lui soit délivrée en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour et de remise d'un récépissé de demande de séjour.
Article 2 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une nouvelle somme de 2 000 euros à Me Partouche, conseil de Madame B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A B, à Me Partouche et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés, La greffière,
C : M. Aymard C : L. Darnal
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2409018
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