Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409024

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409024
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi par M. A d'une demande d'exécution de l'ordonnance du 27 novembre 2023, qui condamnait l'État à lui verser 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Constatant que cette somme n'avait pas été versée malgré les relances et l'ouverture d'une phase juridictionnelle, le tribunal a examiné la demande sur le fondement des articles L. 911-4 et L. 911-9 du code de justice administrative. Il a rappelé que, en principe, le créancier peut obtenir le paiement directement du comptable public en cas de défaut d'ordonnancement dans les délais légaux, sauf refus de ce dernier. En l'espèce, le tribunal a estimé que le refus du comptable public de procéder au paiement justifiait qu'il prenne des mesures d'exécution.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une lettre du 14 mars 2024, M. B A, représentée par Me Berz, a saisi le tribunal administratif de Melun d'une demande tendant à obtenir l'exécution de l'article 2 de l'ordonnance du juge des référés du 27 novembre 2023 qui avait mis à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 1.100 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il indique que cette somme ne lui a toujours pas été versée et que le comptable public a refusé de procéder à son inscription comptable, les budgets n'étant pas " débloqués ".

La demande initiale de M. A a été communiquée le 4 avril 2024 à la préfète du Val-de-Marne qui n'a présenté aucune observation.

Un rappel en vue de l'exécution de l'ordonnance du 27 novembre 2023 a été transmis à la préfète du Val-de-Marne le 16 mai 2024.

Par une ordonnance du 19 juillet 2024, a été ouverte la phase juridictionnelle de la demande d'exécution de l'ordonnance du 27 novembre 2023.

Le 27 août 2024, Me Berz, représentant M. A, a informé le tribunal que l'article 2 de l'ordonnance du 27 novembre 2023 n'avait toujours pas été exécutée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Melun (requête n° 2312026) du 27 novembre 2023 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Après avoir, au cours de l'audience du 27 août 2024, tenue en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Aymard a présenté son rapport, en l'absence du requérant et de la préfète du Val-de-Marne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 27 novembre 2023, la juge des référés du présent tribunal, saisie sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande présentée par M. B A tendant à la suspension de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne avait refusé de lui délivrer un titre de séjour, a, d'une part, donné acte du désistement des conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et, d'autre part, condamner l'Etat à verser à M. A une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La préfète du Val-de-Marne n'a pas procédé au versement de cette somme. Par une lettre du 14 mars 2024, son conseil a saisi le présent tribunal d'une demande d'exécution de cette ordonnance, indiquant que le comptable public, directement saisi, n'avait pas procédé à ce versement, les budgets 2024 n'étant pas " encore débloqués ". La préfète du Val-de-Marne n'a formulé aucune observation. Une phase juridictionnelle a été ouverte le 17 juillet 2024. Le 27 août 2024, le tribunal a été informé que ce versement n'avait toujours pas eu lieu.

2. Aux termes d'une part de 1'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. / () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ".

3. Aux termes de l'article L. 911-9 du même code : " Lorsqu'une décision passée en force de chose jugée a prononcé la condamnation d'une personne publique au paiement d'une somme d'argent dont elle a fixé le montant, les dispositions de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, ci-après reproduites, sont applicables. " Art. 1er. - I. - Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. Si la dépense est imputable sur des crédits limitatifs qui se révèlent insuffisants, l'ordonnancement est fait dans la limite des crédits disponibles. Les ressources nécessaires pour les compléter sont dégagées dans les conditions prévues par l'ordonnance n° 59-2 du 2 janvier 1959 portant loi organique relative aux lois de finances. Dans ce cas, l'ordonnancement complémentaire doit être fait dans un délai de quatre mois à compter de la notification. A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement ".

4. Dès lors que ces dispositions permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée, d'obtenir du comptable public assignataire le paiement de la somme que la collectivité publique est condamnée à lui verser à défaut d'ordonnancement dans le délai prescrit, il n'y a, en principe, pas lieu de faire droit à une demande tendant à ce que le juge prenne des mesures pour assurer l'exécution de cette décision. Il en va toutefois différemment lorsque le comptable public assignataire, bien qu'il y soit tenu, refuse de procéder au paiement.

5. En l'espèce, si le requérant se prévaut d'une réponse par message électronique du comptable public, en date du 1er février 2024, lui indiquant qu'il venait de transférer à la préfecture du Val-de-Marne la demande d'ordonnancement comptable, présentée par son conseil le 29 janvier 2024, de la somme de 1 100 euros au paiement de laquelle de la préfète du Val-de-Marne avait été condamnée à payer à M. A par l'ordonnance du 27 novembre 2023, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en l'informant par ailleurs que " les budgets 2024 ne sont pas encore débloqués ", il ne justifie par avoir présenté au directeur départemental des finances publiques du Val-de-Marne une demande de mandatement d'office de cette somme qui ne lui a jamais été versée au moins à la date du 27 août 2024.

6. Ce n'est que si le comptable public compétent refuse par une décision de procéder au règlement de cette somme, augmentée des intérêts légaux, sur présentation de l'ordonnance n° 2312026 du 27 novembre 2023, accompagnée éventuellement de la présente ordonnance, ou que ce comptable n'apporte aucune réponse à la demande de M. A, que le tribunal pourra, au vu du refus expresse ou implicite du comptable, être saisi à nouveau d'une demande d'exécution en application des dispositions précitées de l'article L. 911-4 du code de justice administrative.

7. Dès lors, la requête de M. A ne peut qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés, La greffière,

M. Aymard C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2409024