Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409183

samedi 27 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409183
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juillet 2024 et un mémoire enregistré le

26 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Samba demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de le convoquer en préfecture afin qu'il puisse y retirer son certificat de résidence algérien dans un délai de quarante-huit heures à compter de la décision à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est titulaire d'un certificat de résidence algérien valable du 11 mars 2013 au

10 mars 2023 ; il en a sollicité le renouvellement le 3 février 2023 et s'est vu remettre un récépissé valable du 3 février 2023 au 10 septembre 2023 ; sans nouvelle, il a déposé une nouvelle demande de renouvellement de titre de séjour sur le site " démarches simplifiées " ; cette demande a été rejetée le 12 juillet 2024 au motif qu'il avait déjà un titre de séjour et qu'il allait recevoir une convocation pour venir le chercher ; il n'a depuis lors pas été convoqué en dépit des relances effectuées ;

- la condition de l'urgence est remplie dès lors qu'il demande le renouvellement de son titre de séjour, que le récépissé qui lui a été délivré est expiré, qu'on lui a annoncé que son titre de séjour était prêt sans lui délivrer de rendez-vous ni de justificatif de la régularité de son séjour en dépit de ses relances, qu'il est maintenu dans une situation irrégulière et précaire qui l'expose à une mesure d'éloignement ; la mise en fabrication de son titre de séjour en cours d'instance ne met pas fin à la situation d'urgence dans laquelle il se trouve dès lors qu'il reste dépourvu de document permettant de justifier de la régularité de son séjour et lui permettant de voyager ou de travailler ;

- l'absence de remise de son certificat de résidence algérien l'autorisant à travailler porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, ainsi qu'à sa liberté contractuelle et à son droit au travail ;

- c'est à tort que la préfète du Val-de-Marne conclut au non-lieu à statuer sur sa requête au motif que sa carte de résident est en cours de fabrication, ce dont il n'avait au demeurant pas été informé auparavant, dès lors qu'il est sans document permettant de justifier de la régularité de son séjour depuis septembre 2023 et qu'on ne sait pas combien de temps prendra la fabrication de sa nouvelle carte ;

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau conclut au non-lieu à statuer sur la requête, subsidiairement à son rejet.

Elle fait valoir que :

- ses services ont lancé le 9 juillet 2024 la fabrication du certificat de résidence algérien de l'intéressé, qui sera valable jusqu'au 10 mars 2033 ; une fois le titre fabriqué, le requérant recevra les modalités de retrait par message ou courriel ;

- à titre subsidiaire, que la condition d'urgence n'est pas remplie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 26 juillet 2024 en présence de

Mme Dusautois greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Kao, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui persiste dans les conclusions et observations du mémoire en défense, et, en réponse au magistrat, indique qu'il fera prendre toutes les mesures nécessaires pour que M. B puisse disposer d'un justificatif de la régularité de son séjour durant la période de fabrication de sa carte de résident.

M. B n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

2. Il résulte de l'instruction que M. B, ressortissant algérien, est titulaire d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans valable du 11 mars 2013 au 10 mars 2023. Il en a demandé le renouvellement le 3 février 2023 et a été mis en possession d'un récépissé valable jusqu'au 10 septembre 2023. Il n'a pu obtenir le renouvellement de ce récépissé depuis cette date. Le 12 juillet 2024, il a été informé que son titre de séjour lui était accordé et qu'il serait contacté lorsqu'il pourra lui être remis.

3. En cours d'instance, la préfète du Val-de-Marne indique que le 9 juillet 2024, ses services ont lancé la fabrication du nouveau certificat de résidence algérien valable jusqu'au 10 mars 2033. Il ne résulte pas de l'instruction que cette fabrication serait achevée ou pourrait être achevée à bref délai, de sorte que ce titre n'apparaît pas pouvoir être remis à bref délai. Par ailleurs, si le requérant observe sans être contesté et à juste titre qu'en dépit de cette décision favorable, il reste sans document lui permettant de justifier de son séjour, il n'a pas complété ou modifié ses conclusions devant le tribunal et le conseil de la préfète du Val-de-Marne a indiqué au cours de l'audience que le nécessaire serait fait pour remettre rapidement à M. B un justificatif de séjour dans l'attente de la remise de son titre de séjour.

4. Dans ces conditions, compte tenu de l'impossibilité de remettre matériellement le titre de séjour sollicité et accepté à M. B dans un bref délai et également de l'engagement pris à l'audience au nom de la préfète du Val-de-Marne, la condition d'urgence caractérisant la nécessité de bénéficier, dans le très bref délai prévu par les dispositions de cet article, d'une mesure provisoire visant à sauvegarder une liberté fondamentale, ne peut plus être regardée comme étant caractériser à la date de la présente ordonnance et il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. B.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que le requérant présente à l'encontre de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Melun, le 27 juillet 2024.

La présidente,

Signé : C. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,