Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409233

samedi 27 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409233
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Sangue demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental E d'accomplir toutes diligences utiles pour qu'il bénéficie d'une mise à l'abri, suivant l'ordonnance à intervenir, dans un délai de douze heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département E une somme de 2 000 euros à verser en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- il est guinéen et mineur ; il s'est présenté le 16 juillet 2024 au pôle d'évaluation des mineurs isolés E, sans qu'il ait été mis à l'abri ni évalué et sans qu'on lui propose de revenir ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est mineur et sans représentant légal en France, qu'il dort dans la rue, et ne bénéficie ni d'une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département, ni d'un accès aux structures d'urgence réservées aux personnes majeures sans domicile ;

- l'absence d'évaluation et de mise à l'abri est constitutive d'une carence caractérisée du département E dans l'accomplissement de sa mission d'accueil à l'égard des mineurs porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, en méconnaissance de l'article 375 du code civil, des articles L. 221-1, L. 221-2-4, L. 222-5 et R. 221-11 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2024, le département E conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est dépourvue d'objet, dès lors que le requérant a été pris en charge par France terre d'asile le 17 juillet 2024 jusqu'à ce que le président du conseil départemental refuse, par une décision du 23 juillet 2024, de le prendre en charge à l'issue de la procédure d'évaluation réalisée le 22 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 26 juillet 2024 en présence de Mme Dusautois greffière d'audience, Mme D a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Sangue, représentant M. B, absent, qui maintient les conclusions de la requête en indiquant qu'il n'était pas informé des éléments apportés par la défense au moment de la saisine du tribunal et en faisant valoir qu'il n'en reste pas moins que les jeunes se présentent plusieurs fois sans être mis à l'abri et sans être évalués, qu'au cas présent aucun élément n'est apporté sur la notification de la décision du président du département E, qui est par suite inopposable, que la jurisprudence invoquée par la défense n'est pas transposable dans la mesure où aucune date n'a été fixée au requérant pour qu'il puisse de présenter à nouveau de manière utile et qu'il convient de s'en référer à la décision du Conseil d'Etat n° 488099 ;

- et les observations de Me Cano, représentant le département E, qui s'en réfère au mémoire en défense et fait en outre valoir que sur les neuf dossiers de l'audience, présentés sur la base d'une unique attestation, le département démontre la mise à l'abri et l'évaluation de sept requérants, que depuis août 2023 le département doit faire face à une moyenne de 130 présentations hebdomadaires, contre 50 à 70 précédemment, que la décision du Conseil d'Etat n° 496014 admet qu'en cas de saturation du dispositif, un accueil puisse être différé jusqu'à plusieurs semaines, pour tenir des comptes dont dispose le département ; ainsi le fait de ne pas avoir pu accueillir ces jeunes le jour de leur présentation ne constitue pas en lui-même une carence portant atteinte à une liberté fondamentale ; en l'espèce, la mise à l'abri et l'évaluation ayant été faites avant la saisine du tribunal, la requête ne peut qu'être rejetée, étant relevé que la mise à l'abri a duré six jours et que le principe du délai de répit a été respecté ; il appartient au requérant de mettre en œuvre les voies de droit contre la décision du président du département.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

2. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique () aux mineurs et à leur famille () confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs () ; / 3° A en urgence des actions de protection des mineurs mentionnés au 1° du présent article ; / (). ". Les premier et deuxième alinéas de l'article L. 221-2 du même code disposent que : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est placé sous l'autorité du président du conseil départemental. / Le département organise sur une base territoriale les moyens nécessaires à l'accueil et à l'hébergement des enfants confiés à ce service. () ". Aux termes de l'article L. 221-2-4 de ce code : " I. Le président du conseil départemental du lieu où se trouve une personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille met en place un accueil provisoire d'urgence. / II. En vue d'évaluer la situation de la personne mentionnée au I et après lui avoir permis de bénéficier d'un temps de répit, le président du conseil départemental procède aux investigations nécessaires au regard notamment des déclarations de cette personne sur son identité, son âge, sa famille d'origine, sa nationalité et son état d'isolement. / L'évaluation est réalisée par les services du département. () / () / Il statue sur la minorité et la situation d'isolement de la personne, en s'appuyant sur les entretiens réalisés avec celle-ci, sur les informations transmises par le représentant de l'Etat dans le département ainsi que sur tous les éléments susceptibles de l'éclairer. / () ".

3. Pour l'application de ces dispositions, l'article R. 221-11 du même code a prévu que : " I. Le président du conseil départemental du lieu où se trouve une personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille met en place un accueil provisoire d'urgence d'une durée de cinq jours à compter du premier jour de sa prise en charge, selon les conditions prévues aux deuxième et quatrième alinéas de l'article L. 223-2. / II. Au cours de la période d'accueil provisoire d'urgence, le président du conseil départemental procède aux investigations nécessaires en vue d'évaluer la situation de cette personne au regard notamment de ses déclarations sur son identité, son âge, sa famille d'origine, sa nationalité et son état d'isolement. / III. - L'évaluation est réalisée par les services du département, ou par toute structure du secteur public ou du secteur associatif à laquelle la mission d'évaluation a été déléguée par le président du conseil départemental. / L'évaluation est conduite selon les modalités précisées dans un référentiel national fixé par arrêté interministériel du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur, du ministre chargé de la famille, du ministre chargé des collectivités territoriales et du ministre chargé de l'outre-mer. / IV Au terme du délai mentionné au I, ou avant l'expiration de ce délai si l'évaluation a été conduite avant son terme, le président du conseil départemental saisit le procureur de la République (). En ce cas, l'accueil provisoire mentionné au I se prolonge tant que n'intervient pas une décision de l'autorité judiciaire. / S'il estime que la situation de la personne mentionnée au présent article ne justifie pas la saisine de l'autorité judiciaire, il notifie à cette personne une décision de refus de prise en charge délivrée dans les conditions des articles L. 222-5 et R. 223-2. En ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I prend fin ".

4. Il résulte de l'instruction que s'étant présenté au service d'évaluation et de mise à l'abri pour mineurs isolés étrangers de Créteil le 17 juillet 2024, M. B a été mis à l'abri le même jour et a été reçu en entretien d'évaluation le 22 juillet 2024.

5. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête de M. B, y compris les conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridiques, sans qu'il y ait lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au département E.

Fait à Melun, le 27 juillet 2024.

La présidente,

Signé : C. D

La République mande et ordonne à la préfète E en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,