Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409278

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409278
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi en référé pour suspendre la décision implicite de rejet de la commission de médiation de Seine-et-Marne refusant de reconnaître le caractère prioritaire de la demande de logement de M. B, un réfugié soudanais sans hébergement. Le juge des référés a rejeté la requête sans audience, estimant qu'il n'y avait pas d'urgence justifiant une suspension, car la reconnaissance du caractère prioritaire d'une demande de logement n'emporte pas l'attribution immédiate d'un logement. La décision s'appuie sur les articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que sur les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, M. A C B, représenté par

Me Kwemo, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet opposée par la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne en date du 28 mai 2024 prise à son encontre ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il indique qu'il est ressortissant soudanais et qu'il a formé devant la commission de médiation de Seine-et-Marne un recours en vue de se voir octroyer un logement le 16 avril 2024, et qu'il s'est vu opposer une décision implicite de refus le 28 mai 2024.

Il soutient que la condition d'urgence est remplie car il ne bénéficie d'aucun hébergement et dort dans la rue, et que la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation, qu'elle méconnait les dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné Mme Ghaleh-Marzban, première vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

M. B a présenté, le 25 juillet 2024, une requête, enregistrée sous le n° 2409289 tendant à l'annulation de la décision contestée de la commission de médiation de Seine-et-Marne.

Considérant ce qui suit :

1 M. B, ressortissant soudanais né le 12 avril 1996 à Juba, bénéficiaire du statut de réfugié, a déposé le 16 avril 2024 un recours amiable devant la commission départementale de médiation de Seine-et-Marne en vue de l'attribution d'un hébergement, d'un logement de transition, d'un logement-foyer ou d'une résidence-hôtelière. Cette demande n'a fait l'objet d'aucune réponse, faisant naître une décision implicite de rejet au terme d'un délai de six semaines. M. B a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision, ainsi que la suspension de son exécution.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3 Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ", et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

5 Il ressort des pièces du dossier que M. B a saisi, le 16 avril mars 2024, la commission départementale de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne d'une demande d'hébergement, de logement de transition, de logement-foyer ou de résidence-hôtelière sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette demande n'a fait l'objet d'aucune réponse dans le délai de six semaines, faisant naître le 4 mai 2024 une décision implicite de rejet.

6 Les dispositions des articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, déterminent les conditions dans lesquelles le droit au logement peut être reconnu et opposable ainsi que la procédure à suivre pour rendre effectif ce droit quand il est constaté. Il en résulte que la reconnaissance du caractère prioritaire d'une demande de logement n'emporte pas nécessairement l'attribution immédiate d'un logement ou d'un hébergement pour la personne reconnue prioritaire et devant être logée en urgence. Il suit de là que la suspension de l'exécution d'une décision de la commission de médiation refusant de reconnaître un caractère prioritaire à une demande de logement n'est pas susceptible de remédier à l'urgence constituée par le besoin sans délai d'une habitation, alors, que le demandeur conserve toujours la possibilité de saisir ladite commission d'une nouvelle demande. La circonstance que la situation de

M.B nécessite la disposition d'un hébergement car il vivrait dans la rue ne peut être regardée, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, comme caractérisant une situation d'urgence.

7 Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée présentées par M. B doivent être rejetées, dans toutes leurs composantes, selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B et à Me Kwemo.

Fait à Melun, le 12 août 2024.

La juge des référés,

Signé : S. Ghaleh-Marzban

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,