Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409332

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre Éloignement 12
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de police avait prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de 12 mois à l'encontre de M. A, ressortissant camerounais. Le juge estime que cette décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car M. A n'avait pas eu connaissance de l'obligation de quitter le territoire français préalable. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juillet 2024 et le 4 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Imbert, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au le préfet de police d'annuler le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision d'interdiction de séjour :

- est illégale en l'absence de notification de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-6, L.612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

L'enregistrement aux fins de non-admission dans l'espace Schengen méconnaît les stipulations de l'article 42 du règlement (CE) n°1987/2006.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binet, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Aux termes de l'article R.922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'instruction est close soit après que les parties ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience. ".

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais, est entré en France en 2015 selon ses déclarations. Par un arrêté du 23 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français. Par un arrêté du 28 juin 2024, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois. Par la présente requête, M. A, demande l'annulation de cet arrêté du 28 juin 2024.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En application de ces dispositions, il y a lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

5. M. A fait valoir, sans être utilement contredit par le préfet de police, ne pas avoir eu connaissance de l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans un délai et sur lequel repose l'arrêté du 28 juin 2024 fixant l'interdiction de retour sur le territoire français fondée, notamment, sur le fait de s'être soustrait à la mesure d'éloignement. Par suite, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu de prononcer l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de police a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois à l'encontre de M. A.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

7. Les motifs d'annulation du présent jugement n'impliquent pas que le préfet de police délivre à M. A une autorisation provisoire de séjour, mais seulement qu'il réexamine sa situation. En application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que M. A soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et que Me Imbert, avocate de ce dernier, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de 800 euros à Me Imbert.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois à l'encontre de M. A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Imbert la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Imbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État. Dans l'hypothèse où M. A ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Clarisse Imbert et au préfet de police de Paris.

Jugement rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : D. BINET

La greffière,

Signé : MD. ADELON

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. ADELON