Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409341

vendredi 16 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409341
TypeDécision
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête du préfet de Seine-et-Marne qui demandait, sur le fondement de l'article 7 de la loi du 29 décembre 1892, la désignation d'un expert pour dresser un procès-verbal d'état des lieux avant l'occupation temporaire de parcelles privées, nécessaire à la mise en eau du site pilote de la Bassée. Le juge a estimé que la désignation d'un expert n'est possible qu'en cas de refus de signer le procès-verbal ou de désaccord sur l'état des lieux de la part du propriétaire, circonstances non établies ni même alléguées en l'espèce. La requête a donc été rejetée comme non fondée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne demande au juge des référés, sur le fondement de l'article 7 de la loi du 29 décembre 1892, de :

1° désigner un expert aux fins de dresser d'urgence un procès-verbal ayant pour objet :

- de constater l'état des lieux préalablement à la mise en œuvre de l'arrêté préfectoral

n° 2024-09/DCSE/BPE/SERV du 23 juillet 2024 portant autorisation d'occupation temporaire de parcelles de terrains privés situées sur le territoire des communes de Balloy, Châtenay-sur-Seine, Egligny et Gravon ;

- de fournir les éléments nécessaires permettant d'évaluer le dommage éventuel causé par l'occupation temporaire des parcelles concernées ;

2° dire que l'expert devra dresser ce procès-verbal dans les plus brefs délais, en trois expéditions destinées, l'une à être déposée à la mairie concernée, et les deux autres remises à l'EPTB Seine Grands Lacs, et ce conformément à l'alinéa 2 de l'article 7 de la loi du 29 décembre 1892 ;

3° mettre à la charge de l'EPTB Seine Grands Lacs, en tant que bénéficiaire de la servitude, les frais afférents à la requête et à la réalisation de la mission de l'expert.

Il soutient que l'Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Seine Grands Lacs a sollicité la délivrance d'une autorisation d'occupation temporaire de parcelles de terrains privées situées sur le territoire des communes de Balloy, Châtenay-sur-Seine, Egligny et Gravon, en vue de permettre la première mise en eau (technique) du site pilote de la Bassée, déclaré d'utilité publique par arrêté préfectoral du 15 décembre 2020.

Vu les pièces jointes à la requête.

Vu :

- la loi du 29 décembre 1892 modifiée, relative aux dommages causés à la propriété privée par l'exécution des travaux publics ;

- l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne autorisant l'occupation temporaire ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué Mme A, première vice-présidente, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 3 de la loi du 29 novembre 1892 susvisée : " Lorsqu'il y a lieu d'occuper temporairement un terrain, soit pour en extraire ou ramasser des matériaux, soit pour y fouiller ou y faire des dépôts de terre, soit pour tout autre objet relatif à l'exécution de projets de travaux publics, civils ou militaires, cette occupation est autorisée par un arrêté du préfet, indiquant le nom de la commune où le territoire est situé, les numéros que les parcelles dont il se compose portent sur le plan cadastral, et le nom du propriétaire tel qu'il est inscrit sur la matrice des rôles. Cet arrêté indique d'une façon précise les travaux à raison desquels l'occupation est ordonnée, les surfaces sur lesquelles elle doit porter, la nature et la durée de l'occupation et la voie d'accès. Un plan parcellaire désignant par une teinte les terrains à occuper est annexé à l'arrêté, à moins que l'occupation n'ait pour but exclusif le ramassage des matériaux. ". Aux termes de l'article 7 de la même loi : " A défaut par le propriétaire de se faire représenter sur les lieux, le maire lui désigne d'office un représentant pour opérer contradictoirement avec celui de l'administration ou de la personne au profit de laquelle l'occupation a été autorisée. Le procès-verbal de l'opération qui doit fournir les éléments nécessaires pour évaluer le dommage est dressé en trois expéditions destinées, l'une à être déposée à la mairie, et les deux autres à être remises aux parties intéressées. Si les parties ou les représentants sont d'accord, les travaux autorisés par l'arrêté peuvent être commencés aussitôt. Dès le début de la procédure ou au cours de celle-ci, le président du tribunal administratif désigne, à la demande de l'administration, un expert qui, en cas de refus par le propriétaire ou par son représentant de signer le procès-verbal, ou en cas de désaccord sur l'état des lieux, dresse d'urgence le procès-verbal prévu ci-dessus. Les travaux peuvent commencer aussitôt après le dépôt du procès-verbal ; en cas de désaccord sur l'état des lieux, la partie la plus diligente conserve néanmoins le droit de saisir le tribunal administratif sans que cette saisine puisse faire obstacle à la continuation des travaux. ".

2. Par la présente requête, le préfet de Seine-et-Marne a saisi le juge des référés sur le fondement de l'article 7 de la loi du 29 décembre 1892 précité afin de désigner un expert ayant pour mission de dresser d'urgence un procès-verbal de constat d'état des lieux avant occupation temporaire de parcelles privées situées sur le territoire des communes de Balloy, Châtenay-sur-Seine, Egligny et Gravon, occupation nécessaire à la réalisation du projet de l'Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Seine Grands Lacs. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que la désignation d'un expert dans les conditions prévues par cet article n'intervient que dans l'hypothèse où le propriétaire ou son représentant, qui peut être désigné d'office par le maire, refuserait de signer le procès-verbal d'état des lieux ou serait en désaccord sur l'état des lieux. Or, en l'espèce, il ne résulte d'aucune pièce du dossier, et n'est pas allégué, qu'il existerait un quelconque désaccord ou refus des propriétaires visés par l'occupation temporaire de leurs parcelles, l'expert ne pouvant se substituer d'office au propriétaire ou à son représentant, et au demeurant, au vu des prescriptions de l'arrêté préfectoral précité, il n'est pas établi qu'un état des lieux à l'amiable aurait été requis. Par suite et en tout état de cause, la requête du préfet de Seine-et-Marne doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du préfet de Seine-et-Marne est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée à l'Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Seine Grands Lacs et aux communes de Balloy, Châtenay-sur-Seine, Egligny et Gravon.

Fait à Melun, le 16 août 2024.

La juge des référés,

Signé : S. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

le greffier,