Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409351
lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2409351 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024, Mme C A B, représenté par Me Pigot demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre les effets de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qu'elle a présentée le 5 février 2024, révélée par la décision du 13 juin 2024 clôturant l'instruction de sa demande ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement de réexaminer sa demande et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est entrée régulièrement en France le 26 octobre 2018 et travaille depuis décembre 2021 ; elle a épousé un ressortissant français le 17 décembre 2022 et a présenté le 5 février 2024 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile via l'ANEF ; le 11 juin 2024 et le 12 juin 2024, elle a reçu des demandes de complément de dossier sollicitant la communication de son visa d'entrée en France alors qu'étant de nationalité vénézualienne, elle est dispensée de visa ; le 13 juin 2024, sa demande de titre de séjour a été clôturée et elle a été invitée à solliciter une demande d'admission exceptionnelle au séjour ; cette décision révèle une décision de rejet de sa demande de délivrance du titre de séjour sollicité ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle se retrouve sans document permettant de justifier de la régularité de son séjour, qu'elle est exposée à un risque de placement en rétention administrative ou d'éloignement, que la poursuite sereine de son séjour et de sa vie maritale est mise en péril, qu'elle se retrouve dans une situation administrative et financière très précaire ;
- il existe des doutes sérieux sur la légalité de la décision contestée qui n'est pas motivée, qui est entachée d'incompétence, qui méconnaît l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celles de l'article L. 423-23 du même code et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- la requête enregistrée le 26 juillet 2024 sous le n° 2409347 par laquelle Mme A B demande l'annulation de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour révélée par la décision du 13 juin 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. En l'espèce, pour justifier d'une situation d'urgence qui s'attacherait à ce que des mesures provisoires soient, le cas échéant, ordonnées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, Mme A B soutient qu'elle remplit les conditions pour se voir délivrer de plein droit le titre de séjour qu'elle a sollicité, se prévaut de la durée de son séjour en France, de sa vie familiale avec un ressortissant français, du risque qu'elle encourt, à défaut de pouvoir justifier la régularité de son séjour, d'être placée en rétention administrative ou d'être éloignée du territoire français, de l'impossibilité de poursuivre sereinement son séjour et sa vie maritale et d'une situation administrative et financière très précaire. Toutefois, Mme A B fait valoir ces différents éléments dans des termes très généraux et non circonstanciés, alors qu'il résulte des énonciations de la requête et des pièces qui y sont jointes qu'elle est restée en France de manière irrégulière plusieurs années après la période de trois mois suivant son entrée sur le territoire, qu'elle dispose d'un logement et qu'elle travaille depuis 2021, sans qu'il soit établi ni même allégué qu'elle risquerait de perdre son emploi et sans que la précarité alléguée de sa situation financière ne soit justifiée. Dans ces conditions, Mme A B ne peut être regardée comme caractérisant une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A B par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que Mme A B présente sur leur fondement à l'encontre de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B.
Fait à Melun, le 29 juillet 2024.
La présidente,
Signé : C. LEDAMOISEL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,