Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409496

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409496
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par la commune de Villiers-sur-Marne pour obtenir l'expulsion de M. A, occupant sans droit ni titre d'un logement de fonction communal depuis sa radiation pour abandon de poste en novembre 2022. Le juge a fait droit à la demande d'expulsion, considérant qu'elle ne se heurtait à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux était urgente, la commune justifiant d'un projet de construction d'une école pour septembre 2025. En revanche, les conclusions de la commune visant à obtenir l'assistance de la force publique, la séquestration des meubles et le paiement d'une indemnité d'occupation et de la dette locative ont été rejetées comme ne relevant pas de l'office du juge des référés saisi sur ce fondement. La décision s'appuie sur les dispositions du code général de la propriété des personnes publiques et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 juillet et

26 août 2024, la commune de Villiers-sur-Marne, représentée par Me Zeitoun, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'autoriser à reprendre immédiatement et sans délai possession des lieux occupés par M. A, à ses frais, risques et périls ainsi que celle de toute occupant de son chef de l'appartement loué sis 2 rue Maurice Dudragne à Villiers-sur-Marne, avec l'assistance de la force publique et d'un serrurier s'il y a lieu ;

2°) d'ordonner le transport et la séquestration des meubles et objets mobiliers garnissant les lieux, dans tel garde-meubles au choix de la partie requise ou tel autre lieu au choix de la requérante, en garantie de toute somme qui pourra être due ;

3°) de condamner M. A à lui verser les sommes de 1 027,33 euros au titre de l'indemnité d'occupation mensuelle charges comprises et de 30 819,90 euros au titre de la dette locative à compter du mois de novembre 2022 ;

4°) de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- le logement occupé par M. A, propriété de la commune, a été affecté à l'ancienne gendarmerie et n'a fait l'objet d'aucune décision de déclassement ;

- ce bien est affecté au service public dès lors qu'il était concédé pour nécessité de service ;

- M. A est occupant sans droit ni titre du logement litigieux depuis le

8 novembre 2022, date à laquelle il a été radié de ses fonctions pour abandon de poste, et se maintient dans les lieux malgré des mises en demeure ;

- elle souhaite reprendre ce logement afin d'entamer la construction d'une école pour la rentrée scolaire de septembre 2025 ;

- depuis novembre 2022 M. A ne s'est acquitté d'aucune indemnité d'occupation de ce logement, dont la valeur locative peut être fixée à 1 027,33 euros, et reste redevable de la somme totale de 30 819,90 euros.

La requête et le mémoire ont été communiqués le 31 juillet et le 27 août 2024 à

M. B A, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des procédures civiles d'expulsion ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, sur le fondement de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 22 août 2024 à 11h00 en présence de

Mme Schilder, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort, qui a informé les parties, sur le fondement des articles

R. 522-9 et R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur des moyens relevés d'office tirés de l'irrecevabilité des conclusions tendant à autoriser l'assistance de la force publique et d'un serrurier, à ordonner le transport et la séquestration des biens meubles et à condamner M. A au versement d'une indemnité d'occupation mensuelle et de sa dette locative, dès lors qu'elles ne relèvent pas de l'office du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;

- et les observations de Me Anidjar, substituant Me Zeitoun, représentant la commune de Villiers-sur-Marne, qui soutient en outre que M. A, nommé gardien de l'établissement scolaire, a rapidement adopté des comportements inappropriés ayant justifié qu'un nouvel appartement soit mis à sa disposition, qu'il n'a jamais quitté malgré sa radiation des effectifs de la commune, que les sommes dues sont désormais conséquentes et que la commune a besoin de récupérer les lieux afin de donner suite à son projet d'aménagement.

M. A n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. Saisi, sur le fondement de ces dispositions, de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un occupant sans titre du domaine public, le juge des référés fait droit à celles-ci dès lors, d'une part, que la demande présentée ne se heurte à aucune contestation sérieuse compte tenu de la nature et du bien-fondé des moyens soulevés à son encontre, et d'autre part, que la libération des locaux occupés présente un caractère d'urgence.

3. Il résulte de l'instruction que M. A, agent municipal, a été nommé en mai 2017 gardien de l'école Edouard Herriot de Villiers-sur-Marne, et par un arrêté du

7 avril 2027, le maire de la commune lui a concédé l'occupation du logement de fonctions de cet établissement pour nécessité absolue de service. A compter de novembre 2017, la concession a porté sur un appartement situé au 2 rue Maurice Dudragne. Par un arrêté du

30 décembre 2022, le maire de la commune de Villiers-sur-Marne a prononcé la radiation de M. A des effectifs de la commune pour abandon du poste d'agent de sécurité école, sur lequel il avait été affecté à compter du 13 octobre 2022 sans l'avoir effectivement rejoint, malgré une mise en demeure. Enfin, par une lettre du 28 juin 2023, la commune de Villiers-sur-Marne a mis M. A en demeure de quitter les lieux, en vain. M. A, qui n'a pas produit de mémoire en défense et n'était ni présent ni représenté à l'audience, ne conteste pas l'absence de droits ou de titre de son maintien dans le logement de fonctions en litige et n'apporte aucune précision sur les circonstances qui seraient de nature à faire obstacle à la mise en œuvre de la mesure sollicitée. Ainsi, son maintien dans les lieux fait obstacle à la réalisation de la construction de la nouvelle école maternelle Jeanne et Maurice Dudragne.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. A d'évacuer le logement de fonctions qu'il occupe au 2 rue Maurice Dudragne, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'entre pas dans l'office du juge des référés d'autoriser l'assistance de la force publique et d'un serrurier, d'ordonner le transport et la séquestration des biens meubles et de condamner M. A au versement d'une indemnité d'occupation mensuelle et de sa dette locative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. A d'évacuer le logement de fonctions qu'il occupe au 2 rue Maurice Dudragne à Villiers-sur-Marne, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Villiers-sur-Marne et à M. B A.

La juge des référés, La greffière,

C. Letort S. Schilder

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,