Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409571
mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2409571 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024, Mme D A, représentée par sa représentante légale, Mme B C, et ayant pour avocat Me Philippe Lapeyrere, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et de lui verser rétroactivement, à compter de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 4 avril 2024, l'allocation de demandeur d'asile, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- en lui refusant les conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle hérite de la situation de sa mère dont la demande d'asile est en cours d'instruction et qui n'a pas droit aux conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a entaché la décision attaquée d'erreur de droit ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est abstenu de la recevoir et d'examiner si sa situation présente des caractéristiques révélatrices de sa vulnérabilité et n'a donc pas tenu compte de la vulnérabilité d'une famille dans laquelle évoluent deux enfants en bas âge ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés ;
- par une décision du 6 juin 2024, non contestée, le rétablissement des conditions matérielles d'accueil a été refusé à Mme C, mère de Mme A ; cette dernière étant rattachée à la demande d'asile de sa mère, la décision du 6 juin 2024 est réputée lui être également appliquée ;
- à titre subsidiaire, il aurait pu également fonder sa décision de refus sur la tardiveté du dépôt de la demande d'asile, enregistrée le 4 avril 2024, soit un an et trois mois après la naissance de Mme A ;
- par une décision du 24 juillet 2024, notifiée le 29 juillet 2024, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a accordé le statut de réfugiée à Mme A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Avirvarei, conseillère, pour statuer dans les procédures relatives à l'éloignement des étrangers mentionnées par le code de justice administrative et notamment ses chapitres 6, 7, 7bis, 7ter et 7quater des titres VII des livres VII et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction antérieure ou issue des dispositions des articles 72 à 79 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 et du décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Avirvarei, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 9 août 2024 tenue en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, au cours de laquelle elle a informé les parties de ce que le tribunal, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, était susceptible de fonder sa décision sur le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du courriel du 23 juillet 2024 dès lors qu'il constitue une simple lettre d'information ne faisant pas grief.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 11h04.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante guinéenne, est entrée en France le 4 avril 2022 et a sollicité l'asile le 24 mai 2022. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure " Dublin ". Le même jour, elle a signé l'offre de prise en charge et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 14 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII ci-après) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont Mme C bénéficiait. Le 4 avril 2024, Mme C a présenté au nom et pour le compte de sa fille, Mme A, née le 31 décembre 2022, une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure normale. Mme C a demandé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour sa fille. Par un courriel du 12 avril 2024, l'OFII rejette sa demande au motif que les mineurs seuls, soit sans parents également demandeurs d'asile, ne bénéficient pas des conditions matérielles d'accueil. Le 2 mai 2024, la demande d'asile de Mme C a été requalifiée en procédure normale. Le 7 mai 2024, Mme C introduit un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre du courriel du 12 avril 2024. Par un courriel du 23 juillet 2024, l'OFII a rejeté sa demande. Mme A demande au tribunal l'annulation de ce dernier courriel.
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".
3. En l'espèce, l'acte attaqué du 23 juillet 2024 se borne à informer les intéressées de ce que le service asile de l'OFII a saisi la direction juridique concernant la demande de conditions matérielles d'accueil de Mme A qui lui a indiqué que celle-ci hérite de la situation de sa mère, Mme C, et que de ce fait si Mme C n'est pas éligible aux conditions matérielles d'accueil, Mme A ne l'est pas non plus et qu'il n'y a pas de décision à remettre à Mme A dans ce cas de figure.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a statué sur le bénéfice des conditions matérielles d'accueil tant à l'égard de Mme C qu'à l'égard de sa fille, Mme A, par une décision antérieure datée du 6 juin 2024 qu'il produit dans la présente instance. Mme A ne conteste pas cette décision du 6 juin 2024 ni dans ses écritures ni à l'audience à laquelle elle n'a été ni présente ni représentée.
5. Il s'ensuit que le courriel du 23 juillet 2024 constitue une simple lettre d'information ne faisant pas grief. Par suite les conclusions de Mme A tendant à son annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé : A. Avirvarei
La greffière,
Signé : N. Riellant
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,