Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409811
lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2409811 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 août 2024, la préfète du Val-de-Marne, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. C A du centre d'hébergement " Aurore " situé au 1 avenue Pierre Sémard à Ivry-sur-Seine ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre d'hébergement " Aurore " afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C A, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Elle soutient que les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure posées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont remplies du fait du refus de libérer les lieux et de l'obstruction de M. A à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile au sein du lieu d'hébergement Aurore Pierre Sémard, que le contrat de séjour conclu par M. A avec le lieu d'accueil d'hébergement d'urgence limitait la durée de l'hébergement à celle de l'instruction du recours déposé par ce dernier auprès de la Cour nationale du droit d'asile, que ce contrat ne peut être assimilé à un bail de location ayant débuté le 31 mars 2022 et prenant fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, que la demande d'asile de M. A a été rejeté par une décision du 31 janvier 2023 et qu'il disposait d'un mois pour quitter définitivement le centre, qu'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise le 3 août 2023, que la direction territoriale de Créteil de l'Office français e l'immigration de l'intégration a informé M. A de sa fin de prise en charge par un courrier du 22 août 2023 et que, le 8 mars 2024 une mise en demeure a été adressée à M. A de quitter le local d'hébergement, restée infructueuse.
La requête a été communiquée le 8 août 2024 à M. A, qui n'a présenté aucun mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 3 septembre 2024, tenue en présence de
Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu les observations de
M. B, représentant la préfète du Val-de-Marne.
M. A, dûment convoqué, n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1 Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".
2 Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
3 Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
4 M. A, ressortissant guinéen né le 13 novembre 1998 à Conakry, entré en France le 28 janvier 2022 pour y solliciter l'asile, a vu sa demande rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 17 juillet 2023. Par un arrêté du 3 août 2023, la préfète du
Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Une notification de sortie du lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile où il résidait depuis le 31 mars 2022 lui a été notifiée le 22 août 2023. M. A n'a pas quitté ce lieu d'hébergement. La préfète du Val-de-Marne le 8 mars 2024 notifiée le 16 mars suivant, l'a donc mis en demeure de le quitter dans un délai de quinze jours.
5 M. A se maintenant ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les instances compétentes, la mesure d'expulsion sollicitée par le préfet ne se heurte, dans ces conditions, à aucune contestation sérieuse.
6 La préfète indique par ailleurs que les centres d'hébergement pour demandeurs d'asile sont occupés à des taux voisins de 100 % dans le Val-de-Marne et que l'accueil des nouveaux publics nécessite que les personnes qui s'y maintiennent indûment libèrent les lieux le plus vite possible, le centre d'Ivry-sur-Seine comprenant par ailleurs 30 % de présence indue.
7 Cette situation n'étant pas contestée par le requérant, il y a donc lieu d'ordonner à M. A de quitter effectivement sans délai le logement qu'il occupe dans l'immeuble " Aurore " situé 1 avenue Pierre Sémard à Ivry-sur-Seine, faute de quoi la préfète du Val-de-Marne pourra faire procéder à son expulsion en recourant, si nécessaire, au concours de la force publique.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. C A de quitter sans délai le logement qu'il occupe irrégulièrement 1 avenue Pierre Sémard à Ivry-sur-Seine.
Article 2 : la préfète du Val-de-Marne est autorisée à procéder, avec le concours de la force publique, à l'expulsion de M. A.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé : M. AymardLa greffière,
Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2409811