Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409849
vendredi 23 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2409849 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 août 2024, M. A C, représenté par
Me Koszczanski, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- si, à la suite de sa requête, il a été convoqué le 19 août 2024 afin de retirer le titre de séjour qui lui aurait été délivré en 2023, le titre dont il s'agit ne lui a finalement pas été remis et l'administration s'est bornée à le convoquer de nouveau le 2 septembre 2024 ;
En ce qui concerne la condition d'urgence :
- cette condition est présumée remplie dès lors que la décision attaquée constitue un refus de renouvellement de titre de séjour ;
- le refus de titre de séjour et l'absence de renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour après le 2 septembre 2023 l'exposent au risque de perdre l'emploi en contrat à durée indéterminée qu'il exerce depuis le 1er novembre 2014, de sorte qu'ils portent atteinte à son droit au travail reconnu par le cinquième alinéa du préambule de la Constitution de 1946, l'article 1er de la charte sociale européenne, le paragraphe 1er de l'article 15 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et le paragraphe 1 de l'article 6 du pacte international des Nations unies sur les droits économiques et sociaux et culturels ainsi qu'à l'intérêt supérieur de sa fille mineure ;
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- la préfète du Val-de-Marne s'est abstenue de répondre à sa demande de communication des motifs de la décision attaquée ;
- elle a méconnu les dispositions des articles L. 433-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète du Val-de-Marne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la préfète du Val-de-Marne a méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par la SELARL Actis Avocats, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Elle soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer et pas de situation d'urgence dès lors que le requérant est convoqué en préfecture le 19 août 2024 à 11h00 pour le dépôt de son dossier.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 5 août 2024 sous le numéro 2409803 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 20 août 2024 à 14 heures en présence de Mme Schilder, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu les observations de Me Kerkeni, de la SELARL Actis Avocats, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui persiste en tous points dans les termes du mémoire en défense.
En application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, la juge des référés a, à l'issue de l'audience, différé la clôture de l'instruction au 21 août 2024 à 12h00.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant du Sri Lanka né le 20 décembre 1974, est entré en France, selon ses déclarations, le 15 mars 2011. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 décembre 2011, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 15 mai 2012. Il a bénéficié, du 3 mars 2022 au 2 mars 2023 d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dont il a présenté une demande de renouvellement enregistrée le 16 février 2023. A la suite de cette demande, M. C a bénéficié d'un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 2 septembre 2023. Le silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande de renouvellement de titre de séjour a fait naître, le 16 mai 2023, une décision implicite de rejet, dont M. C demande au juge des référés de suspendre l'exécution sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :
2. Il ressort des écritures en défense et des explications fournies par les services de la préfecture à M. C que celui-ci a été convoqué en préfecture le 19 août 2024 à 11h00 pour le retrait du titre de séjour qui lui aurait été délivré en 2023 à la suite de sa demande de renouvellement ainsi qu'en vue du dépôt d'une nouvelle demande de renouvellement de ce titre de séjour désormais expiré. Le requérant a néanmoins précisé, sans être contredit en défense, ni à l'audience, ni avant la clôture de l'instruction différée au 21 août 2024 à 12h00, qu'aucun document ne lui a été remis lorsqu'il s'est présenté en préfecture le 19 août, sans qu'aucune explication ne lui soit fournie et que l'administration s'est bornée à le convoquer à un nouveau rendez-vous. Dans ces conditions, alors qu'il n'est pas établi, en l'état de l'instruction, qu'un titre de séjour aurait été délivré à l'intéressé à la suite de la demande de renouvellement qu'il a présentée le 16 février 2023, la requête conserve son objet. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne doit être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "
En ce qui concerne l'urgence :
4. Il résulte des dispositions citées au point 2 que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
5. La condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit aux points 1 et 2, M. C a présenté une demande de renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", qui a été enregistrée le 16 février 2023 et implicitement rejetée le 16 mai 2023. Si l'intéressé a bénéficié, jusqu'au 2 septembre 2023, d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, ce récépissé n'a pas été renouvelé. De plus, si l'intéressé a été convoqué, depuis l'enregistrement de la requête, à plusieurs rendez-vous successifs en préfecture, dont l'objet est demeuré ambigu, il n'est pas établi, en l'état de l'instruction, qu'il lui aurait été effectivement remis un récépissé en cours de validité l'autorisant à travailler. Il n'est ainsi justifié d'aucune circonstance particulière susceptible de renverser la présomption d'urgence. Il suit de là que la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés, d'une part, de l'absence de communication des motifs de la décision attaquée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, d'autre part, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, enfin, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire (). "
8. Dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.
9. La suspension de l'exécution de la décision litigieuse prononcée au point 6 implique qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. C dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et que lui soit délivrée, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il n'est pas nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par
M. C et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 16 mai 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a implicitement rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. C est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la demande de M. C dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer immédiatement, le temps de ce réexamen, un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera à M. C la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés, La greffière,
M. B D
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,