Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409880

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a été saisi par M. B sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative pour modifier une ordonnance du 26 juin 2024. Cette ordonnance enjoignait au préfet de Seine-et-Marne de remettre un récépissé de demande de titre de séjour, mais le récépissé délivré portait la mention "visiteur", sans autorisation de travail, exposant le requérant à un licenciement. Le juge a rejeté la requête, considérant que l'ordonnance initiale n'imposait pas la délivrance d'un récépissé avec autorisation de travail, et que la demande de titre de séjour de M. B, fondée sur l'admission exceptionnelle au séjour (article L. 435-1 du CESEDA), ne relevait pas d'une catégorie spécifique de titre. Aucun élément nouveau justifiant une modification n'a été retenu.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2024, M. C D B, représenté par Me Yacoub, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) de modifier l'article 2 de l'ordonnance du 26 juin 2024 comme suit : " Il est enjoint au préfet de la Seine et Marner de remettre à M. B un récépissé l'autorisant à travailler et de le renouveler jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir " ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) la somme de 1500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il indique que la requête en référé - suspension introduite le 8 juin 2024 avait pour but de lui permettre de continuer de travailler comme gardien d'immeuble auprès de la société d'H.L.M. " A et Joie " et que l'ordonnance du juge des référés du 26 juin 2024 devait être entendue comme enjoignant au préfet de Seine-et-Marne de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour portant autorisation de travail, que le préfet de Seine-et-Marne lui a remis un récépissé ne comportant pas une telle autorisation de travailler ce qui l'expose à un licenciement à la fin du mois d'août.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, l'ordonnance du 26 juin 2024 ne lui ayant pas enjoint de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour comportant une autorisation de travail.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- l'ordonnance du juge des référés du présent tribunal (requête n° 2407001) du 26 juin 2024 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 27 août 2024, tenue en présence de Madame Aumond, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu les observations de Me Yacoub, représentant M. B, requérant, présent, qui rappelle qu'il a reçu un récépissé de demande de titre de séjour en qualité de visiteur, ne l'autorisant pas à travailler, ce qui ne correspond pas à sa demande car il avait demandé son admission exceptionnelle au séjour, soit la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ".

Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'ordonnance susvisée du 26 juin 2024, le juge des référés du présent tribunal, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B et a enjoint au préfet de Seine-et-Marne de remettre à celui-ci un récépissé de demande de titre de séjour et de le renouveler jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance. Le 12 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne a remis à M. B un récépissé de demande d'un titre de séjour portant la mention " visiteur " et n'autorisant pas l'intéressé à travailler. L'employeur de l'intéressé, par une lettre du 22 juillet 2024, l'a mis en demeure de présenter sous un mois, à compter du 1er août 2024, un titre de séjour lui permettant de travailler et l'a placé en dispense d'activité dans l'attente. Par une nouvelle requête présentée le 6 août 2024 sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, M. B a demandé au tribunal de modifier l'article 2 de l'ordonnance du 26 juin 2024 en assortissant la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour d'une mention l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

2. Aux termes d'une part de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Cet article définit, pour les personnes qui ne satisfont pas aux conditions fixées par le code pour la délivrance des cartes de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" sur le fondement des articles L. 423-1 à L. 423-23 ou portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" sur le fondement des articles L. 421-1 à L. 421-4 et qui sollicitent leur régularisation, un régime d'admission exceptionnelle au séjour en France. Il ne constitue donc pas une catégorie de titre de séjour particulière.

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ". Aux termes de l'article R. 431-14 du même code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévue à l'article L. 421-1 et la carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " prévue à l'article L. 421-3, dès lors que son titulaire satisfait aux conditions mentionnées à l'article L. 5221-1 du code du travail ; () 3° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 423-1, L. 423-7, L. 423-8, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-22, L. 425-1 ou L. 426-5 ; 4° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 426-13, à condition que son titulaire séjourne en France depuis au moins un an ; () ".

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'un étranger, autorisé à déposer une demande de titre d'admission exceptionnelle au séjour, ne peut que se voir délivrer un récépissé de demande de titre de séjour comportant une autorisation de travail.

6. Par suite, en ne délivrant à M. B, le 12 juillet 2024, qu'un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " visiteur ", au demeurant sans rapport avec la demande initiale du requérant, ne comportant pas d'autorisation de travail, le préfet de Seine-et-Marne ne peut soutenir avoir complètement exécuté l'injonction mentionnée à l'article 2 de l'ordonnance du 26 juin 2024. Dans ces conditions, M. B est fondé à demander sa modification sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1500 euros qui sera versée à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'article 2 de l'ordonnance susvisée du 26 juin 2024 est remplacé par les dispositions suivantes :

" Il est enjoint au préfet de la Seine et Marne de remettre à M. B un récépissé l'autorisant à travailler et de le renouveler jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ".

Article 2 : L'injonction mentionnée à l'article 1er devra être exécutée dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera une somme de 1 500 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,La greffière,

M. AymardMme Aumond

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2409880