Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409912

vendredi 23 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B A demandant la suspension de la décision du 11 juillet 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, M. A s'étant volontairement placé dans la situation de précarité qu'il invoquait en refusant d'embarquer sur un vol de réadmission vers l'Autriche dans le cadre de la procédure Dublin. La requête a été rejetée, ainsi que les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 août 2024, M. B A, représenté par Me Hug, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de prononcer la suspension de la décision du 11 juillet 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le versement de l'allocation de demande d'asile, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 700 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que le refus de lui verser l'allocation de demandeur d'asile le place dans une situation de grande précarité, à défaut de tout moyen de subsistance ;

- la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il n'est pas démontré que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait tenu compte de son état de vulnérabilité ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, alors qu'il a toujours respecté ses obligations et que ce refus est constitutif d'un manque de respect pour sa dignité humaine ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que, en se fondant sur sa non-présentation aux autorités dans le cadre de la procédure Dublin, cette décision exclut toute possibilité de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et est contraire aux objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que, en vertu de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge de l'excès de pouvoir doit statuer dans le délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours, par conséquent le référé-suspension perd toute utilité ;

- M. A ne démontre pas l'urgence qui s'attacherait à la suspension de la décision en litige dès lors qu'il s'est lui-même placé dans la situation dont il se prévaut, par son refus d'embarquement sur un vol à destination de Vienne le 28 octobre 2022 et s'est maintenu en situation irrégulière depuis cette date ;

- il ressort des déclarations du requérant qu'il bénéfice d'un hébergement d'urgence pour demandeur d'asile à Lagny-sur-Marne, malgré la cessation des conditions matérielles d'accueil ;

- M. A n'apporte aucune précision sur ses moyens de subsistance depuis le 23 novembre 2022, et ne justifie pas de l'état de vulnérabilité médicale dont il se prévaut ;

- la décision en litige comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent ;

- M. A a bénéficié d'un entretien lors de l'enregistrement de sa demande d'asile puis à l'occasion de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, le 3 juillet 2024 ;

- la décision contestée a été prise après un examen des particularités de la situation personnelle du requérant ;

- M. A ne peut pas utilement soutenir avoir respecté l'ensemble de ses obligations alors qu'il a refusé d'embarquer sur le vol à destination de l'Autriche, refus qu'il avait manifesté dès la remise de sa convocation pour la mise en œuvre de la procédure Dublin ;

- la décision contestée n'a pas pour base légale la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que la requalification de la demande d'asile en procédure normale ou accélérée n'a pas pour conséquence de rouvrir automatiquement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- M. A ne saurait sérieusement soutenir que la décision litigieuse porterait atteinte à sa dignité humaine dès lors qu'il bénéficie d'un accompagnement social.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 22 août 2024 à 11h00 en présence de

Mme Schilder, greffière d'audience, Mme Letort a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 555-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qui y mettent fin, totalement ou partiellement, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 ". Selon l'article L. 921-1 de ce code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours ".

4. Enfin, aux termes du point IV de l'article 86 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " IV. - L'article 72, à l'exception du 2° du VI, l'article 73, le I de l'article 74, les 6° à 10° de l'article 75, l'article 76 et les 2°, 8° et 11° du II de l'article 80 entrent en vigueur à une date fixée par décret en Conseil d'Etat, et au plus tard le premier jour du septième mois suivant celui de la publication de la présente loi. Ces dispositions s'appliquent à la contestation des décisions prises à compter de leur entrée en vigueur ". Selon l'article 9 du décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024 pris pour l'application de cette loi : " I. - L'article 72, à l'exception du 2° du VI, l'article 73, le I de l'article 74, les 6° à 10° de l'article 75, l'article 76 et les 2°, 8° et 11° du II de l'article 80 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée entrent en vigueur le 15 juillet 2024. II. - Les dispositions du présent décret entrent en vigueur le 15 juillet 2024, dans les conditions prévues au IV de l'article 86 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 susvisée ".

5. L'Office français de l'immigration et de l'intégration oppose une fin de non-recevoir tirée de ce que la requête présentée par M. A serait irrecevable, dès lors que le délai de jugement du recours en contestation de la légalité de la décision du 11 juillet 2024 est de quinze jours, sur le fondement des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, circonstance qui priverait d'utilité sa requête en référé-suspension. Toutefois, il ressort des termes combinés de l'article 86 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 et du décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024 que les dispositions de l'article 72 de la loi s'appliquent à la contestation des décisions prises à compter du 15 juillet 2024. De plus, il résulte de l'instruction que le recours en excès de pouvoir formé par M. A, enregistré le 7 août 20204 par le greffe du présent tribunal sous le n° 2409906, n'a pas fait l'objet d'un jugement à la date de notification de la présente ordonnance. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants: () 3o Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ()./ Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1o, 2o ou 3o du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil () " .

7. M. A, ressortissant afghan né le 1er juin 1997 à Kondoz (Afghanistan), a présenté le 15 mars 2022 une première demande d'asile, enregistrée en procédure Dublin, et le 18 mars suivant, a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées. Le

22 octobre 2022, le requérant a refusé d'embarquer sur un avion à destination de l'Autriche, Etat membre alors responsable du traitement de sa demande d'asile, et en conséquence, la fin des conditions matérielles d'accueil a été prononcée par une décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 2 novembre 2022. Le 4 mars 2024, le requérant s'est de nouveau présenté au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de Seine-et-Marne et a déposé une nouvelle demande d'asile, enregistrée en procédure accélérée. Par une lettre du 29 mai 2024, le requérant a présenté une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, rejetée par une décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 11 juillet 2024 dont M. A demande la suspension.

8. Au regard de l'ensemble des pièces produites en défense, aucun des moyens soulevés par la requête n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 11 juillet 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentée par

M. A.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence, que les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction assorties d'une astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

La juge des référés, La greffière,

C. Letort S. Schilder

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,