Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409919
jeudi 8 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2409919 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 août 2024, M. B A, représenté par Me Bikindou, demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre les décisions de refus d'entrée et de maintien en zone d'attente dont il fait l'objet ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à sa libération immédiate, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;
3°) d'enjoindre à la directrice nationale de la police aux frontières de le laisser pénétrer sur le territoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 9 septembre 2019 au 8 septembre 2023 dont il a demandé le renouvellement le 6 septembre 2023 ; il a bénéficié d'un récépissé valable du 28 mai 2024 au 27 aout 2024 à cet égard ; à son retour de congés le 1er août 2024, l'entrée sur le territoire français lui a été refusée au motif que sa demande de renouvellement de titre de séjour avait été rejetée par le préfet du Val-d'Oise et que ce dernier avait prononcé à son égard une obligation de quitter le territoire français ; son maintien en zone d'attente a été prolongé pour une durée de 8 jours supplémentaires par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Créteil et l'appel contre cette ordonnance a été rejeté par le magistrat délégué de la cour d'appel de Paris ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que les décisions contestées l'exposent au risque d'être à tout moment réacheminé vers le pays de provenance ;
- les décisions contestées portent une atteinte grave à sa liberté d'aller et venir ;
- les décisions contestées sont manifestement illégales dès lors qu'il remplit les conditions pour rentrer en France et qu'il a contesté la décision du préfet du Val-d'Oise portant obligation de quitter le territoire français à l'occasion d'un recours en annulation ayant caractère suspensif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
Sur les conclusions relatives au maintien en zone d'attente :
2. Aux termes de l'article L. 341-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui arrive en France par la voie ferroviaire, maritime ou aérienne et qui n'est pas autorisé à entrer sur le territoire français peut être placé dans une zone d'attente située dans une gare ferroviaire ouverte au trafic international figurant sur une liste définie par voie réglementaire, dans un port ou à proximité du lieu de débarquement ou dans un aéroport, pendant le temps strictement nécessaire à son départ ". Aux termes de l'article L. 341-2 du même code : " Le placement en zone d'attente est prononcé pour une durée qui ne peut excéder quatre jours par une décision écrite et motivée d'un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire ". Aux termes de l'article L. 342-1 du même code : " Le maintien en zone d'attente au-delà de quatre jours à compter de la décision de placement initiale peut être autorisé, par le juge des libertés et de la détention statuant sur l'exercice effectif des droits reconnus à l'étranger, pour une durée qui ne peut être supérieure à huit jours ". Aux termes de l'article L. 342-12 du même code : " Les ordonnances du juge des libertés et de la détention mentionnées à la présente section sont susceptibles d'appel devant le premier président de la cour d'appel ou son délégué. L'appel peut être formé par l'étranger, le ministère public et l'autorité administrative compétente ".
3. En l'espèce, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Créteil a, par une ordonnance du 4 août 2024, autorisé le maintien en zone d'attente de M. A pour une durée de huit jours. L'appel formé contre cette décision a été rejeté le 6 août 2024 par la magistrate déléguée de la cour d'appel de Paris. Il en résulte que la décision contestée du 1er août 2024 prononçant son placement en zone d'attente pour une durée de quatre jours avait, à la date d'introduction de sa requête, le 7 août 2024, cessé de produire effet. La décision du juge des libertés et de la détention qui s'y est substituée relève du seul contrôle de l'autorité judiciaire. Il suit de là que les conclusions du requérant afférentes à la décision de maintien en zone d'attente, tendant à la suspension de cette décision et à sa libération, doivent être regardées comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître et, par suite, ne peuvent qu'être rejetées comme étant manifestement irrecevables.
Sur les conclusions relatives au refus d'entrée en France :
4. Pour refuser à M. A l'entrée sur le territoire français, le brigadier-chef de police relevant de la direction de la police aux frontières de l'aéroport d'Orly s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'était pas détenteur d'un visa ou d'un permis de séjour valable, en relevant que, s'il avait présenté son passeport ainsi qu'un récépissé de sa demande de renouvellement de son titre de séjour délivrée le 28 mai 2024, ce récépissé n'était plus valable du fait de l'intervention, le 6 juin 2024, d'un arrêté du préfet du Val-d'Oise ayant rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le requérant soutient que la décision de refus d'entrée qui lui a ainsi été opposée est entachée d'une illégalité manifeste au motif qu'il remplissait les conditions pour pouvoir entrer en France et qu'en tout état de cause, ayant contesté l'arrêté du 6 juin 2024 susmentionné à l'occasion d'un recours en annulation, il a le droit de résider en France dans l'attente du jugement définitif porté sur cette affaire.
5. D'une part, la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A ayant été rejetée par le préfet du Val-d'Oise dans son arrêté du 6 juin 2024, il lui appartenait, en vertu des dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de produire l'un des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016, à défaut de quoi son entrée sur le territoire pouvait être légalement refusée. Dans la mesure où M. A n'établit pas être titulaire d'un tel document, il ne saurait être fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions pour pouvoir entrer sur le territoire français.
6. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français dont fait l'objet l'étranger ne peut être exécutée par l'autorité administrative antérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux ou, si le tribunal administratif a été saisi d'un recours en annulation, avant que celui-ci n'ait statué sur cette même décision. Toutefois, l'étranger placé en zone d'attente à la suite d'un refus d'admission sur le territoire ne saurait être regardé comme étant entré sur le territoire français. Dès lors, le caractère suspensif du recours en annulation précité ne fait pas obstacle à ce que l'étranger placé en zone d'attente soit réacheminé vers le pays dont il provient.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus d'entrée en France qui lui a été opposé le 1er août 2024 aurait porté une atteinte manifestement illégale aux libertés fondamentales qu'il invoque et en particulier à la liberté d'aller et venir. Il y a lieu, par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Fait à Melun, le 8 août 2024.
La juge des référés,
Signé : S. GHALEH-MARZBAN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2409919