Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409929

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409929
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du ministre de l'intérieur invalidant le permis de conduire de M. A pour solde de points nul. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car les difficultés de déplacement invoquées par le requérant pour visiter des établissements en vue d'une réinstallation professionnelle ne constituaient pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. Il a également relevé que l'intérêt public lié à la sécurité routière, compte tenu des nombreuses infractions commises, s'opposait à la suspension. La requête a donc été rejetée sans examen du doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2024, M. B A, représenté par Me Le Dall, demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, jusqu'à ce qui lui soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Il soutient que :

- il a contesté la décision litigieuse par un recours en excès de pouvoirs le 24 juillet 2024 ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que les infractions relevées le 13 mai 2021 et les 9 janvier, 3 février, 25 février 10 mars, 1er mai, 21 août et

12 décembre 2022 ne lui ont pas été notifiées ;

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il est obligé de se déplacer régulièrement pour visiter des établissements dans le but d'y installer son activité de buraliste.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Pour justifier l'urgence à suspendre la décision attaquée, M. A fait valoir que son permis de conduire lui est indispensable pour qu'il puisse visiter plusieurs établissements dans lesquels il projette de réinstaller son activité commerciale de bar, brasserie, débit de tabac, jeux. Il indique que son établissement actuel, situé au Mée-sur-Seine, a été vandalisé et incendié en

juin 2023 lors des émeutes urbaines, qu'il souhaite désormais s'installer dans une autre commune et prospecte actuellement ce qui nécessite pour lui de rester détenteur de son permis de conduire pour circuler pour effectuer des visites notamment dans les départements des Yvelines et de l'Essonne. Toutefois, si le retrait de son permis est de nature à gêner les déplacements du requérant vers des établissements pour effectuer des visites en vue d'une éventuelle installation professionnelle, cette situation ne porte pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à son activité alors qu'au surplus le requérant n'établit pas ne pas pouvoir utiliser les transports en commun ou tout autre mode de déplacement pour effectuer ces visites. De plus, l'urgence s'apprécie objectivement et globalement et doit prendre en compte outre l'intérêt du requérant l'intérêt public en cause. Or, il résulte de la lecture du relevé d'information intégral de son permis de conduire que l'intéressé s'est vu retirer en trois ans la totalité des points de son permis en raison de très nombreux excès de vitesse inférieurs à 20 km/h et de l'usage du téléphone au volant, infractions qui ne sont pas conciliables avec les exigences de la sécurité routière. Dans ces conditions, la condition d'urgence n'est pas remplie. Il y a lieu, par suite, de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la demande de suspension présentée par M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Melun, le 12 août 2024.

La juge des référés,

Signé : S. GHALEH-MARZBAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,