Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409944
mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2409944 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 août 2024, Mme D, représentée par Me Hervet, avocat, demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de statuer sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, en l'attente, un récépissé de dépôt de sa demande, dans un délai de 3 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie ;
- la mesure demandée présente un caractère utile ;
- cette mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné Mme Lina Bousnane, conseillère, pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante congolaise née le 5 juin 1995 à Pointe Noire (République démocratique du Congo), est entrée en France en 2017 selon ses déclarations. Elle a adressé par voie postale aux services de la préfecture de Seine-et-Marne une demande d'admission exceptionnelle au séjour, laquelle a été réceptionnée le 14 novembre 2022. Les services de la préfecture ont attesté du dépôt de sa demande le 13 septembre 2023. Par sa requête, Mme C demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de statuer sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, en l'attente, un récépissé de dépôt de sa demande, dans un délai de 3 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Selon l'article L. 521-3 du même code : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. D'une part, le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 précité du code de justice administrative, peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, ne fasse pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable aux faits du litige : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".
5. Si rien ne s'oppose à ce que l'administration, comme elle le fait de façon générale, permette le maintien sur le territoire d'un étranger qui a demandé un titre de séjour jusqu'à ce qu'elle ait statué par une décision explicite sur la demande de titre de séjour, et lui remette donc un récépissé de demande de titre de séjour, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font obstacle à ce que, en application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 de ce code, le silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois sur une demande de titre de séjour vaille décision de rejet. Il suit de là que l'administration n'est pas tenue d'accorder un tel récépissé lorsqu'elle a implicitement statué, par son silence gardé pendant plus de quatre mois, sur la demande de délivrance de titre de séjour dont elle était saisie.
6. En l'espèce, Mme C a adressé par voie postale aux services de la préfecture de Seine-et-Marne une demande d'admission exceptionnelle, laquelle a été réceptionnée le 14 novembre 2022. Les services de la préfecture ont attesté du dépôt de sa demande le 13 septembre 2023, sans qu'il soit expressément statué sur sa demande. Toutefois, il résulte des dispositions rappelées au point 4 qu'une décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est née du silence gardé pendant quatre mois par le préfet de Seine-et-Marne suivant le dépôt de sa demande. Dans ces conditions, la mesure sollicitée par
Mme C, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qui tend à ce qu'il soit enjoint au préfet de statuer sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et de lui délivrer, en l'attente, un récépissé de dépôt de sa demande, aurait pour effet de faire obstacle à l'exécution de cette décision implicite de rejet de sa demande alors, au demeurant, que l'administration n'est pas tenue d'accorder un tel récépissé lorsqu'elle a implicitement statué, par son silence gardé pendant plus de quatre mois, sur une demande de titre de séjour.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres conditions prévues par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il est toutefois loisible à l'intéressée, si elle s'y croit fondée, de contester la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour selon les voies de droit qui lui sont ouvertes, y compris en référé.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D.
Fait à Melun, le 14 août 2024
La juge des référés,
Signé : Mme A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,