Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409961
mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2409961 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 août 2024, M. A B, représenté par Me Ferchichi, avocat, doit être regardé comme demandant au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de statuer sur sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint de français et de lui délivrer, en l'attente, une attestation de prolongation d'instruction valable à compter du 19 juillet 2024 et l'autorisant à travailler ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors notamment que la carence de l'administration à statuer sur sa demande de titre de séjour porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la mesure demandée présente un caractère utile ;
- cette mesure ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné Mme Lina Bousnane, conseillère, pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 5 mai 1998 à Tunis (Tunisie), est entré sur le territoire français le 3 janvier 2023 muni d'un visa de type D délivré par les autorités françaises et valable du 31 octobre 2022 au 31 octobre 2023. Il a déposé, le 24 novembre 2023, une demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de français auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne. L'intéressé s'est vu délivrer, le 19 avril 2024, une attestation de prolongation d'instruction, valable jusqu'au 18 juillet 2024. Par sa requête, M. B doit être regardé comme demandant au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de statuer sur sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint de français et de lui délivrer, en l'attente, une attestation de prolongation d'instruction valable à compter du 19 juillet 2024 et l'autorisant à travailler.
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Selon l'article L. 521-3 du même code : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. D'une part, le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 précité du code de justice administrative, peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, ne fasse pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable aux faits du litige : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".
5. Si rien ne s'oppose à ce que l'administration, comme elle le fait de façon générale, permette le maintien sur le territoire d'un étranger qui a demandé un titre de séjour jusqu'à ce qu'elle ait statué par une décision explicite sur la demande de titre de séjour, et lui remette donc un récépissé de demande de titre de séjour, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font obstacle à ce que, en application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 de ce code, le silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois sur une demande de titre de séjour vaille décision de rejet. Il suit de là que l'administration n'est pas tenue d'accorder un tel récépissé lorsqu'elle a implicitement statué, par son silence gardé pendant plus de quatre mois, sur la demande de délivrance de titre de séjour dont elle était saisie.
6. En l'espèce, M. B a déposé, le 24 novembre 2023, une demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de français et s'est vu délivrer, le 19 avril 2024, une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 18 juillet 2024, sans qu'il soit expressément statué sur sa demande. Toutefois, il résulte des dispositions rappelées au point 4 qu'une décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour est née du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Val-de-Marne suivant le dépôt de sa demande le 24 novembre 2023. Dans ces conditions, la mesure sollicitée par M. B, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qui tend à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de statuer sur sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint de français et de lui délivrer, en l'attente, une attestation de prolongation d'instruction valable à compter du 19 juillet 2024 et l'autorisant à travailler, aurait pour effet de faire obstacle à l'exécution de cette décision implicite de rejet de sa demande alors, au demeurant, que l'administration n'est pas tenue d'accorder une telle attestation de prolongation d'instruction lorsqu'elle a implicitement statué, par son silence gardé pendant plus de quatre mois, sur une demande de titre de séjour.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres conditions prévues par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, en tout état de cause, de l'article R. 761-1 du même code. Il est toutefois loisible à l'intéressé, s'il s'y croit fondé, de contester la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour selon les voies de droit qui lui sont ouvertes, y compris en référé.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Melun, le 14 août 2024
La juge des référés,
Signé : Mme C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,