Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409963

mardi 27 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a examiné la demande de suspension d’une décision implicite de refus de délivrance d’une carte de résident présentée par M. A, réfugié afghan. La préfète du Val-de-Marne a soutenu qu’il n’y avait plus lieu de statuer, car l’intéressé avait reçu une attestation de prolongation d’instruction valable jusqu’au 12 février 2025. Le juge a constaté que cette délivrance faisait disparaître l’urgence invoquée par M. A, le privant ainsi de la condition nécessaire à la suspension demandée. Par conséquent, la requête a été rejetée, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 19 août 2024, M. B A, représenté par Me Siran, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne lui a refusé la délivrance d'une carte de résident, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Siran sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la condition d'urgence :

- la décision attaquée, combinée à l'absence de renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction après le 19 avril 2024, le place en situation irrégulière alors qu'il a obtenu la qualité de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 11 octobre 2023 ;

- cette situation l'empêche de travailler, d'effectuer les démarches nécessaires à l'obtention de ses droits sociaux, est susceptible d'entrainer la suspension des allocations versées par la caisse d'allocations familiales et l'empêche de solliciter un titre de voyage pour étranger ;

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la préfète a méconnu les dispositions des articles L. 424-1 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par la SELARL Actis Avocats, conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle soutient qu'il n'y a plus lieu de statuer et pas de situation d'urgence dès lors que l'intéressé s'est vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au

12 février 2025.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 août 2024 sous le numéro 2409943 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 20 août 2024 à 14 heures en présence de Mme Schilder, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu les observations de Me Kerkeni de la SELARL Actis Avocats, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui persiste en tous points dans les termes du mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14h58.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 17 novembre 2002 s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 11 octobre 2023. Il a présenté, en cette qualité, une demande de titre de séjour qui a été enregistrée le 20 octobre 2023. A la suite de cette demande, il a été destinataire d'une attestation de prolongation d'instruction valable du 20 octobre 2023 au 19 avril 2024. En l'absence de décision expresse, sa demande de titre de séjour a fait l'objet, le 20 février 2024, d'une décision implicite de rejet, dont il demande au juge des référés la suspension sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. // L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ". Et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président () soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il y a lieu, par application de ces dispositions, d'admettre M. A à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'exception de non-lieu opposée en défense :

4. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que la requête a perdu son objet dès lors que M. A s'est vu délivrer une nouvelle attestation de prolongation d'instruction. Cependant, dès lors qu'il n'est pas établi qu'un titre de séjour aurait été délivré à l'intéressé à la suite de sa demande enregistrée le 20 octobre 2023, ni que la décision implicite de rejet née à l'issue d'un délai de quatre mois en application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été retirée ou abrogée, la requête conserve son objet. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne doit être écartée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

6. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

7. Il résulte de l'instruction qu'après avoir reçu communication de la requête, la préfète du Val-de-Marne a délivré à M. A une nouvelle attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour, valable du 13 août 2024 au 12 février 2025, qui autorise sa présence en France et lui permet d'exercer une activité professionnelle. Dans ces conditions, à la date de la présente ordonnance, la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

9. Ces dispositions font obstacle à ce que les frais exposés par M. A et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il s'ensuit que ces conclusions doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés, La greffière,

M. C D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,