Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2409971

lundi 12 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2409971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCONCEPT AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion d'occupants sans titre installés sur le domaine public communal de Saint-Pathus. La solution retenue fait droit à la demande de la commune, jugeant que l'occupation illicite, caractérisée par des branchements sauvages sur les réseaux d'eau et d'électricité et l'absence d'équipements sanitaires, crée une situation d'urgence et d'utilité publique justifiant la libération des lieux. Le tribunal a accordé un délai de 48 heures aux occupants pour quitter les parcelles, autorisant la commune à requérir la force publique en cas de non-exécution.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 et 9 août 2024, la commune de Saint-Pathus, représentée par Me Agostini, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative l'expulsion de tous occupants sans droits ni titres, ainsi que l'évacuation de l'ensemble des véhicules et caravanes stationnés sur les parcelles nos 36 et 37 sises 18, rue des Alouettes à Saint-Pathus, dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de l'autoriser, à l'issue du délai imparti, à procéder, au besoin avec le concours de la force publique, à l'expulsion des occupants sans droits ni titres desdites parcelles des véhicules et caravanes précités et tous ceux s'y trouvant ;

3°) de mettre à la charge solidaire des occupants sans titre une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune requérante soutient que :

- la mesure sollicitée est urgente et utile dès lors que les occupants sans titre se sont branchés illégalement sur une armoire électrique et une borne incendie, que le terrain ne dispose d'aucun aménagement pour assurer l'accueil de gens du voyage et qu'en cas d'incendie, les services de secours seraient entravés dans leur action ;

- il n'existe aucune contestation sérieuse sur la qualité d'occupants sans titre des intéressés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Meyrignac, premier conseiller, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- les observations de Me Poussier, représentant la commune de Saint-Pathus, qui maintient ses conclusions et moyens en rappelant que la présence des véhicules et caravanes est de nature à causer des troubles à la sécurité et la salubrité publiques ;

- et les observations de M. A, représentant les occupants sans titres, qui demande le report de l'audience dès lors qu'ils n'ont été avertis de la date d'audience que le vendredi après-midi précédent ou, à défaut, de leur accorder un délai de quatre jours avant d'autoriser leur expulsion afin de pouvoir trouver un nouvel endroit où s'installer, en précisant que parmi eux se trouvent des personnes ayant d'importants problèmes de santé avec des rendez-vous hospitaliers fixés prochainement.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi, sur le fondement de ces dispositions, de conclusions tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un occupant sans titre du domaine public, le juge des référés y fait droit si, à la date à laquelle il statue, la demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

Sur les conclusions tendant à l'expulsion :

2. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de constatation établi le 22 juillet 2024 par la police municipale de Saint-Pathus et du procès-verbal de constat établi le 31 juillet suivant par Me Chaudé, commissaire de justice, que plusieurs personnes faisant partie de la communauté des gens du voyage ont, le 18 juillet 2024, installé 27 véhicules et 26 caravanes sur un terrain communal situé 18, rue des Alouettes à Saint-Pathus.

3. D'une part, il résulte de l'instruction que les personnes en cause ne disposent d'aucun titre les habilitant à occuper le terrain communal, lequel constitue une dépendance du domaine public immobilier de cette commune. Par suite, leur expulsion, qui ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

4. D'autre part, il résulte également de l'instruction qu'après avoir forcé l'entrée du terrain en cause, les caravanes qui s'y sont installées, sont alimentées en électricité et en eau au moyen de branchements sauvages, sur les réseaux correspondants, par câbles et tuyaux d'arrosage posés à même le sol et que leurs occupants se trouvent ainsi exposés à un risque pour leur sécurité. De plus, le branchement illicite sur la borne incendie est susceptible d'entraver l'action des sapeurs-pompiers en cas d'incendie, notamment de l'établissement scolaire voisin. Enfin, le terrain ne dispose d'aucun équipement ni d'aucun aménagement pour l'accueil notamment des gens du voyage dès lors qu'il est dépourvu d'installations sanitaires, de système d'évacuation des eaux usées et de moyens de collecte des déchets. Dans ces conditions, la libération des lieux présente un caractère d'utilité et d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre aux occupants sans titre du terrain communal situé à Saint-Pathus de libérer les lieux dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de la présente ordonnance. En cas d'inexécution de cette injonction, la commune de Saint-Pathus pourra faire procéder, au besoin avec le concours de la force publique, à l'évacuation des intéressés ainsi qu'à l'enlèvement, à leurs frais et risques, des résidences mobiles et autres biens leur appartenant qui s'y trouvent.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge solidaire des occupants sans titre du terrain situé à Saint-Pathus la somme que cette commune demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er : Il est enjoint aux occupants sans titre du terrain communal situé 18, rue des Alouettes à Saint-Pathus de libérer les lieux dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de la présente ordonnance. En cas d'inexécution de cette injonction, la commune de Saint-Pathus pourra faire procéder, au besoin avec le concours de la force publique, à l'évacuation des intéressés ainsi qu'à l'enlèvement, à leurs frais et risques, des caravanes et autres biens leur appartenant qui s'y trouvent.

Article 2 : Le conclusions de la requête au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Saint-Pathus et aux occupants sans titre du terrain communal en cause.

Copie dématérialisée en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 12 août 2024.

Le juge des référés,

P. MEYRIGNAC

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. TAROT