Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410016

vendredi 23 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A, ressortissant sénégalais, et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la radiation de M. A du concours de recrutement des professeurs des écoles, invoquée pour justifier l'urgence, résultait d'une décision distincte du 26 juin 2024, antérieure à l'arrêté contesté. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens soulevés par le requérant, notamment ceux tirés de l'erreur de droit dans l'application des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 914-4 du code de l'éducation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, M. C A, représenté par

Me Matouandou Massengo, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à Me Matouandou Massengo sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la condition d'urgence :

- cette condition est remplie dès lors que l'exécution de l'arrêté attaqué lui ferait perdre définitivement le bénéfice de son admission à la session 2024 du concours externe de recrutement des professeurs des écoles de l'enseignement privé ;

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en subordonnant son admission exceptionnelle au séjour à la présentation, par son employeur, d'une demande d'autorisation de travail alors que la dérogation à la condition de nationalité française prévue par l'article L. 914-4 du code de l'éducation lui a précisément été refusée en raison de sa situation irrégulière ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en s'abstenant de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler lors de sa demande de titre de séjour, le préfet a méconnu les dispositions des articles R. 431-12 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 août 2024 sous le numéro 2409959 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'éducation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 20 août 2024 à 14 heures en présence de Mme Schilder, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Matouandou Massengo, représentant M. A et les explications de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, en précisant qu'il a été radié de la liste des admis au concours par une décision du 26 juin 2024, en raison de l'absence de dérogation à la condition de nationalité prévue à l'article L. 914-4 du code de l'éducation, mais que le délai de recours à l'encontre de cette décision n'est pas expiré, de sorte qu'il peut toujours la contester s'il obtient la délivrance d'un titre de séjour ; que la dérogation à la condition de nationalité ne lui aurait pas été refusée si le préfet lui avait remis un récépissé de demande de titre de séjour lors du dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ; que le préfet était tenu de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ; que l'enseignement privé catholique a appuyé sa demande de titre de séjour auprès de la préfecture de Seine-et-Marne ; que le rectorat de Créteil a subordonné l'établissement d'une demande d'autorisation de travail à la conclusion préalable de son contrat ; qu'il a exercé pendant dix ans la profession d'instituteur au Sénégal, étant titulaire d'une licence dont l'équivalence en France a été reconnue par le centre ENIC-NARIC France.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15h26.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A ressortissant sénégalais né le 20 décembre 1972, est entré en France le 11 janvier 2017 muni d'un visa de court séjour. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 janvier 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 5 décembre 2018. Il a présenté, le 9 août 2022, une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 juillet 2024, le préfet de Seine-et- Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. // L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ". Et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président () soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. M. A ayant présenté une demande d'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente procédure de référé, il y a lieu, par application de ces dispositions, de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués dans la requête ou à l'audience n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 12 juillet 2024.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions tendant à la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni sur la condition d'urgence, que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. Ces dispositions font obstacle à ce que les frais exposés par M. A et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

La juge des référés, La greffière,

M. B D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,