Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410017

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410017
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête en référé suspension de Mme B, qui contestait le refus implicite de la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour. La requérante invoquait l’urgence liée à l’absence de titre et des doutes sérieux sur la légalité de la décision, en raison de son séjour de plus de sept ans en France, de son mariage avec un ressortissant turc titulaire d’une carte de résident et de la naissance de leur enfant en 2018. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, car il s’agissait d’une première demande de titre et que les éléments personnels avancés ne suffisaient pas à caractériser une urgence au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative. La requête a donc été rejetée sans examen au fond, sur le fondement de l’article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 août 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Grangeon, demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de l'examen de son dossier au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle a formé un recours pour demander l'annulation de cette décision implicite de rejet ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle ne dispose pas d'un titre de séjour ;

- il existe des doutes sérieux sur la légalité de la décision contestée dès lors qu'elle réside en France depuis plus de sept ans, qu'elle est mariée depuis 2017 à M. D B, ressortissant turc titulaire d'une carte de résident de 10 ans, et qu'elle a eu un enfant avec lui, né le 24 septembre 2018 à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne).

Par une décision du 15 mai 2024, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a accordé à Mme E le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- la requête enregistrée le 9 août 2024 sous le n° 2410011 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

2. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. En premier lieu, pour justifier d'une situation d'urgence qui s'attacherait à ce que des mesures provisoires soient, le cas échéant, ordonnées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, Mme B indique que " le seul [qu'elle] soit sans titre de séjour caractérise en soit une urgence ". Toutefois, la seule circonstance que la requérante soit dépourvue d'un titre de séjour ne saurait constituer une urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative dès lors qu'il s'agit d'une première demande de titre et que la requérante se maintient sur le territoire en situation irrégulière depuis son entrée en 2017.

4. En second lieu, si Mme B se prévaut de la durée de son séjour en France, de son union avec un ressortissant turc en situation régulière, de la naissance de leur enfant en 2018 et de la précarité de sa situation, ces éléments ne sauraient constituer, à eux seuls, une urgence au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, Mme B ne peut être regardée comme caractérisant une situation d'urgence.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête présentée par Mme B en toutes ses conclusions par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse B

Fait à Melun, le 14 août 2024.

La présidente,

Signé : S. F

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,