Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410066

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN a rejeté les requêtes de M. et Mme C, qui contestaient le refus d'autorisation d'instruction en famille pour leurs deux enfants, A et B, pour l'année scolaire 2024-2025. Les parents invoquaient l'état de santé et le handicap de leurs enfants, soutenant que les décisions de la commission académique étaient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a jugé que les éléments médicaux fournis ne démontraient pas que l'état de santé ou le handicap des enfants rendait impossible leur scolarisation en établissement, au sens de l'article L. 131-5 du code de l'éducation. En conséquence, les décisions de refus ont été validées et les demandes d'injonction rejetées.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. - Par une requête n° 2410066 et un mémoire, enregistrés le 12 août 2024 et le 9 septembre 2024, M. D et Mme E C, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2024 par laquelle la commission a rejeté leur recours préalable obligatoire contre la décision du 26 avril 2024 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de Seine-et-Marne a rejeté leur demande d'instruction en famille de leur fille A ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Créteil d'autoriser l'instruction en famille de leur fille A ou, à défaut, de reconsidérer sa situation en tirant toutes les conséquences du jugement à intervenir.

Ils soutiennent que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que A souffre notamment d'un trouble envahissant du développement qui se traduit par des difficultés d'apprentissage importants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

II. - Par une requête n° 2410068 et un mémoire, enregistrés le 12 août 2024 et le 9 septembre 2024, M. D et Mme E C demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2024 par laquelle la commission a rejeté leur recours préalable obligatoire contre la décision du 26 avril 2024 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de Seine-et-Marne a rejeté leur demande d'instruction en famille de leur fils B ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Créteil d'autoriser l'instruction en famille de leur fils B ou, à défaut, de reconsidérer sa situation en tirant toutes les conséquences du jugement à intervenir.

Ils soutiennent que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que B souffre de multiples handicaps qui se traduit par des difficultés d'apprentissage importants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mullié,

- les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C sont les parents de la jeune A née le 7 mai 2016 et du jeune B né le 28 mars 2015. Ils ont présenté pour leurs enfants, le 4 mars 2024, une demande d'autorisation d'instruction dans la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025. Par deux décisions du 26 avril 2024, la directrice académique des services de l'éducation nationale de Seine-et-Marne a rejeté leur demande. Les requérants ont formé un recours administratif préalable contre ces deux décisions auprès de la commission académique le 23 mai 2024. Ses recours administratifs préalables obligatoires ont été rejetés par deux décisions de la commission du 1er juillet 2024. Par une requête n° 2410066, les requérants demandent l'annulation de la décision du 1er juillet 2024 par laquelle la commission académique de l'académie de Créteil a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 26 avril 2024 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de Seine-et-Marne a rejeté leur demande d'autorisation d'instruction dans la famille pour leur fille A. Par une requête n° 2410068, les requérants demandent l'annulation de la décision du 1er juillet 2024 par laquelle la commission académique de l'académie de Créteil a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 1er juillet 2024 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de Seine-et-Marne a rejeté leur demande d'autorisation d'instruction dans la famille pour leur fils B.

2. Les requêtes n° 2410066 et n° 2410068, présentées pour M. et Mme C, présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ". Aux termes de l'article L. 131-5 du même code de l'éducation, dans sa version applicable au litige : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. (.) / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : / 1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap ; (). Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () / La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret ". Enfin, aux termes de l'article R. 131-11-2 du même code : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'état de santé de l'enfant, elle comprend un certificat médical de moins d'un an sous pli fermé attestant de la pathologie de l'enfant. / Lorsque la demande d'autorisation est motivée par la situation de handicap de l'enfant, elle comprend le certificat médical prévu par l'article R. 146-26 du code de l'action sociale et des familles sous pli fermé ou les décisions relatives à l'instruction de l'enfant de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. / Dans les cas prévus aux deux alinéas précédents, le directeur académique des services de l'éducation nationale transmet le certificat médical sous pli fermé au médecin de l'éducation nationale. Celui-ci rend un avis sur cette demande. / Une autorisation justifiée par l'état de santé de l'enfant ou son handicap peut être accordée pour une durée maximale de trois années scolaires ".

4. D'une part, il ressort des pièces des dossiers et, en particulier des certificats médicaux produits par les requérants, que A, qui doit être scolarisée en CE2 pour l'année 2024-2025, souffre de troubles du langage, de troubles psychomoteurs, de dysgraphie, de troubles de l'attention, de l'intégration et de la communication, ainsi que d'une hypersensibilité. En outre, il est constant que les multiples handicaps dont elle souffre sont à l'origine de très grandes difficultés scolaires qui persistent d'année en année malgré la mise en place d'un GEVA-Sco. Dans ces circonstances, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance du 2° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation.

5. D'autre part, il ressort des pièces des dossiers et, en particulier des certificats médicaux produits par les requérants, que B, qui doit être scolarisé en CM1 pour l'année 2024-2025, souffre d'un trouble de l'attention, d'une sévère dyslexie-dysorthographie, de dyscalculie, ainsi que de troubles visio-spatiaux. En outre, il est constant que les multiples handicaps dont il souffre sont à l'origine de très grandes difficultés scolaires qui persistent d'année en année malgré la mise en place d'un GEVA-Sco. Dans ces circonstances, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance du 2° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Créteil d'autoriser M. et Mme C à instruire en famille leur fille et leur fils, A et B, dans un délai de 3 jours suivant la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 1er juillet 2024 par laquelle la commission a rejeté les recours préalables obligatoires de M. et Mme C contre les décisions du 26 avril 2024 par lesquelles la directrice académique des services de l'éducation nationale de Seine-et-Marne a rejeté leur demande d'instruction en famille de A et B sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Créteil d'autoriser l'instruction en famille de A et B dans un délai de 3 jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D et Mme E C et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie de la présente décision sera adressée à la rectrice de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Dutour, conseillère,

M. Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La présidente rapporteure,

N. MULLIE

L'assesseure la plus ancienne,

L. DUTOURLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2410066