vendredi 16 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410179 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LA CIMADE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 août 2024, M. A B demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de prononcer la suspension de l'exécution d'office de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 26 juillet 2024 prononçant son expulsion ;
3°) en cas d'exécution de l'arrêté, d'enjoindre à l'administration de mettre en œuvre son retour sur le territoire français ;
4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile le temps de l'examen de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la mesure d'expulsion peut être exécutée à tout moment ;
- la décision d'expulsion porte atteinte aux articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 7 du pacte international aux droit civils et politiques, au droit de mener une vie privée et familiale normale et au droit au recours effectif.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas établie au regard de l'intérêt public à l'expulser dès lors qu'il constitue toujours une menace à l'ordre public, eu égard au risque de récidive ;
- la décision n'a pas pour effet de porter une atteinte grave au droit au respect de sa vie privée et familiale, ni au droit à un recours effectif ;
- la demande d'asile qu'il a déposée a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 août 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le pacte international aux droit civils et politiques ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Meyrignac, premier conseiller, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties de la date de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 août 2024 :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- et les observations de Me Boujnah, représentant M. B, également présent, qui maintient ses conclusions et soutient qu'ayant eu une carte de résident valable jusqu'en 2021, le préfet était tenu de saisir la commission du titre de séjour, que l'avis de la commission d'expulsion a été défavorable, qu'il dispose de l'ensemble de ses attaches familiales en France, qu'il dispose du droit de rester en France dès lors que l'attestation de demande d'asile n'a pas été retirée, que son comportement a été exemplaire durant son incarcération, qu'il n'y a pas de risque de récidive et qu'un retour dans son pays d'origine le priverait de ressources et de soins, alors qu'il a travaillé en France pendant de longues années.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant haïtien né le 2 août 1956, a été condamné par un arrêt de la cour d'assises de Guadeloupe en date du 4 avril 2017 à une peine de quatorze ans d'emprisonnement pour meurtre. Il a été écroué du 22 décembre 2014 au 10 août 2024. Par arrêté du 26 juillet 2024, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son expulsion du territoire français. Par arrêté du 10 août 2024, le même préfet l'a placé en rétention, à sa levée d'écrou, au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot pour une durée de quatre jours dans l'attente de l'exécution d'office de son " interdiction définitive du territoire français ". Par la présente requête, M. B demande notamment au juge des référés de suspendre l'arrêté en date du 26 juillet 2024 prononçant son expulsion.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit, à la demande de M. B tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire, d'autant qu'il a été représenté par un avocat commis d'office lors de l'audience.
Sur l'office du juge du référé :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
5. Lorsqu'un étranger présente un référé sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative d'une requête tendant à la suspension d'un arrêté d'expulsion, le juge du référé n'a pas à se prononcer sur le droit de celui-ci à obtenir ou non un titre de séjour, ni sur d'éventuelles irrégularités dans la procédure tendant à la délivrance d'un tel titre, ni sur la portée de la délivrance d'une attestation de demandeur d'asile. Dans ces conditions, les moyens développés à l'audience tirés de ce que le requérant devait se voir délivrer une nouvelle carte de résident, à la suite de l'expiration en 2021 de la précédente, de ce que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie et de ce que l'attestation de demandeur d'asile qui lui a été délivrée et qui expire en décembre 2024 n'a pas été retirée par l'administration sont inopérants dans le cadre du présent référé.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
Sur l'urgence :
6. M. B a fait l'objet, dans le cadre de la procédure d'expulsion le concernant, d'une décision de placement en rétention administrative le 10 août 2024, a été placé le même jour au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot en vue de son éloignement vers son pays d'origine et a été emmené à l'aéroport d'Orly pour prendre un vol en direction d'Haïti dans lequel il a refusé d'embarquer le 12 août suivant. Le requérant justifie donc de l'urgence de sa situation au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Sur l'atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale :
7. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".
S'agissant de l'atteinte au droit de mener une vie privée et familiale normale :
8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Lorsque la présence d'un étranger constitue une menace grave à l'ordre public au sens des dispositions précitées de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative compétente de concilier, sous le contrôle du juge, les exigences de la protection de la sûreté de l'Etat et de la sécurité publique avec la liberté fondamentale que constitue le droit à mener une vie familiale normale.
10. En l'espèce, si M. B indique avoir purgé sa peine, avec selon lui, un comportement exemplaire et si, dans son avis consultatif du 16 mai 2024, la commission d'expulsion de Seine-et-Marne a considéré que la menace grave à l'ordre public qui pourrait être causée par celui-ci n'est pas caractérisée, il résulte, au contraire, de l'instruction que la présence du requérant, qui, comme indiqué précédemment, a été condamné à une peine de quatorze ans d'emprisonnement pour meurtre, dont il ne saurait désormais en minorer la portée au regard notamment des faits qui ont été relatés dans l'arrêt en date du 16 juin 2017 de la cour d'assises de Guadeloupe, produit en défense par le préfet de Seine-et-Marne, constitue toujours une menace grave à l'ordre public. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que les enfants de M. B sont tous majeurs et ne dépendent plus de leur père et qu'à supposer même qu'elle disposerait d'un titre de séjour en cours de validité, son épouse, qui est également de nationalité haïtienne, ne se trouve pas dans l'impossibilité de se déplacer dans leur pays d'origine, dès lors qu'elle est notamment domiciliée sur l'île de Saint-Martin, et de l'y rejoindre le cas échéant. Dans ces conditions, la décision d'expulsion n'apparaît pas manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le requérant n'établit pas l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à sa vie privée et familiale.
S'agissant de l'atteinte au droit à un recours effectif :
11. M. B soutient qu'il a été privé d'un recours effectif pour contester une décision fixant le pays de renvoi, dès lors que le préfet de Seine-et-Marne s'est abstenu de prendre une telle décision depuis l'édiction de l'arrêté d'expulsion. Toutefois, le requérant ne saurait se prévaloir d'une telle atteinte dès lors que la présente instance porte également sur cette question.
S'agissant de l'atteinte aux articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 7 du pacte international aux droit civils et politiques,
12. Si l'arrêté d'expulsion ne fixe pas, dans son dispositif, le pays vers lequel M. B est susceptible d'être expulsé, il mentionne pourtant que " l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines et traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine " et " que, dès lors, la présente mesure ne contrevient pas à l'article 3 " de cette convention. De plus, le requérant indique, sans être contredit, avoir été emmené à l'aéroport d'Orly le 12 août 2024 en vue de lui faire prendre un vol en direction d'Haïti dans lequel il a refusé d'embarquer, de sorte qu'une décision implicite fixant Haïti comme pays de renvoi doit être considérée comme ayant été ainsi révélée.
13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 7 du pacte international relatif aux droits civils et politiques : " Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ".
14. Il résulte de l'instruction qu'ainsi que le jugent tant constamment la Cour nationale du droit d'asile que dernièrement la Cour administrative d'appel de Paris (12 juillet 2024, n° 24PA00167, C+), la situation que connaît Haïti, notamment depuis le second semestre de l'année 2023, se caractérise par un climat de violence généralisée se traduisant notamment par des affrontements opposant des groupes criminels armés entre eux et ces groupes à la police haïtienne et que cette violence atteint, à Port-au-Prince ainsi que dans les départements de l'Ouest et de l'Artibonite, un niveau d'une intensité exceptionnelle, entraînant un grand nombre de victimes civiles. Par ailleurs, si au cours du mois de juin 2024, un nouveau gouvernement a été formé en vue de rétablir la sécurité et la stabilité du pays et si une force mandatée par l'Organisation des Nations Unies a commencé à être déployée dans le même but sur l'ensemble du territoire haïtien, la situation sécuritaire n'a pas sensiblement évolué depuis lors. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que son éloignement vers Haïti risquerait de l'exposer à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'arrêté d'expulsion pris par le préfet de Seine-et-Marne le 26 juillet 2024, mais seulement en ce que cet arrêté a implicitement fixé Haïti comme pays de destination, au regard de la situation régnant actuellement dans ce pays, sans préjuger de son évolution future.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. La présente ordonnance suspendant partiellement les effets de l'arrêté précité n'exige aucune mesure d'injonction. Les conclusions du requérant à ce titre doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions au titre des frais de justice :
17. Le requérant ne justifiant pas avoir exposé des frais dans le cadre de la présente procédure, sa demande au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peut qu'être rejetée.
O R D O N N E
Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté d'expulsion du préfet de Seine-et-Marne en date du 26 juillet 2024 est suspendu en ce qu'il a implicitement fixé Haïti comme pays de renvoi, au regard de la situation régnant actuellement dans ce pays.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie dématérialisée en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.
Fait à Melun, le 16 août 2024.
Le juge des référés, La greffière,
P. MEYRIGNACV. TAROT
La République mande et ordonne ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026