Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410212
samedi 17 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410212 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 août 2024, M. A C, représenté par Me Daurelle, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de " la décision du 21 mai 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de renouvellement de son titre de séjour portant la " étudiant " ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa demande de renouvellement
au regard des éléments de droit et de faits présentés et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la signification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 €, au profit de son conseil, par application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
M. C soulève les moyens suivants :
- l'urgence est établie, dès lors que la décision attaquée le prive de son droit de jouir d'une vie privée et familiale normale - dont le droit de travailler et de mener à son terme ses études dans le domaine de la santé - et de sa liberté d'aller et venir, alors qu'il s'est vu délivrer le
12 juillet 2024 le diplôme d'État d'infirmier et proposer d'être recruté sur un poste d'infirmier à l'hôpital Saint-Antoine de l'Assistance Publique Hôpitaux de Paris (AP-HP) à compter du
2 septembre 2024 ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, qui est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux, d'une inexacte application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une méconnaissance de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors qu'en vertu de la loi du 26 janvier 2024, le préfet dispose d'un large pouvoir d'appréciation quant aux motifs pouvant justifier la délivrance d'un titre de séjour à celui en faisant la demande et que le code prévoit plusieurs titres pour motifs professionnels susceptibles de lui être délivrés (article L. 422-8, L. 422-10, L.421-9, L.421-2, L. 421-4).
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 16 août 2024 sous le numéro 2410213 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, et notamment son article 14 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 13 mai 2024 fixant le périmètre géographique de l'expérimentation prévue à l'article 14 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque, notamment, la condition d'urgence n'est pas remplie.
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence doit en principe être constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de
celui-ci.
3. En l'espèce, M. A C, ressortissant congolais séjournant régulièrement en France depuis 2019 sous le couvert de cartes de séjour temporaires portant la mention " étudiant ", le dernier expirant le 6 mars 2024, a demandé le renouvellement de son dernier titre le 21 janvier 2024, soit après le " soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour ", en méconnaissance du délai prévu au 1° de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, depuis son admission au diplôme d'Etat d'infirmer le 12 juillet 2024, il ne justifie plus d'aucune inscription dans l'enseignement supérieur mais se prévaut essentiellement, pour justifier de l'urgence, d'une promesse d'embauche par l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, sur un poste d'infirmier à temps plein à l'hôpital saint Antoine à Paris, à compter du 2 septembre 2024, alors que la demande présentée le 21 janvier ne tendait qu'au renouvellement de son titre portant la mention " étudiant ", qui ne permet pas de travailler à temps plein, que le préfet de Seine-et-Marne n'était pas tenu d'examiner " tous les motifs susceptibles de fonder la délivrance de ces titres de séjour ", l'expérimentation prévue à l'article 14 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 n'étant pas applicable en Seine-et-Marne, que son recours gracieux présenté le 8 avril 2024, faisant état d'autres fondements légaux, ne peut être regardé comme des demandes complètes de titre de séjour sur ces autres fondements, et qu'au demeurant, il ne justifie ni même n'allègue d'aucune demande d'autorisation de travail, alors que cette dernière est en principe nécessaire pour occuper l'emploi dont il se prévaut comme pour obtenir, notamment, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Il s'ensuit que la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée, en l'état de l'instruction, comme remplie.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux, que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à Me Daurelle et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Melun, le 17 août 2024.
Le juge des référés,
Signé : X. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,