Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410217

vendredi 16 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410217
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A, qui contestait un refus d'entrée sur le territoire français. Le requérant, ressortissant comorien, invoquait une dispense de visa en tant que conjoint de Français, mais n'a pas apporté la preuve de la nationalité française de son épouse. Le juge a estimé que l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n'était pas démontrée, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur l'urgence. La décision s'appuie sur les articles L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2024, M. B A, représenté par

Me Djamal, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision du 15 août 2024 de refus d'entrée sur le territoire français dont il fait l'objet ;

2°) d'enjoindre à l'autorité compétente de le laisser entrer sur le territoire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soulève les moyens suivants :

- l'urgence est établie, dès lors qu'il est maintenu en zone d'attente à l'aéroport d'Orly en vue de son éloignement ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispensant les ressortissants de pays-tiers résidant régulièrement à Mayotte et qui sont conjoints de Français de solliciter une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa afin de se rendre dans un autre département français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Issard, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-1 du même code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles

L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Aux termes de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou à Saint-Pierre-et-Miquelon doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. () Les conjoints, partenaires liés par un pacte civil de solidarité, descendants directs âgés de moins de vingt et un ans ou à charge et ascendants directs à charge des citoyens français bénéficiant des dispositions du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives aux libertés de circulation sont dispensés de l'obligation de solliciter l'autorisation spéciale prenant la forme d'un visa mentionnée au présent article. "

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a fait l'objet d'une décision lui refusant l'entrée sur le territoire français prise le 15 août 2024 à 19h46 au motif qu'il n'aurait pas présenté le visa mentionné par les dispositions précitées. Pour demander la suspension de cette décision, il soutient qu'il est porté atteinte à sa liberté d'aller et venir dès lors qu'étant conjoint de Français depuis la conclusion d'un contrat de mariage le 10 janvier 2019 avec son épouse, il serait dispensé de la production de ce visa lors de ses déplacements vers les autres départements français. Il n'établit toutefois par aucune pièce du dossier que son épouse aurait la nationalité française. Par ailleurs, s'il allègue que la décision attaquée porte une atteinte démesurée à sa vie privée et familiale, il ne le démontre pas en se bornant à verser au dossier cet acte de mariage conclu à la commune d'Itsahidi, aux Comores. Il en résulte que le requérant ne démontre pas l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales dont il jouit.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Melun, le 16 août 2024.

Le juge des référés,

Signé : C. ISSARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2410217