Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410225
mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410225 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET LANDOT & ASSOCIES |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 17 et 29 août 2024, la
société ASM, représentée par Me Maujeul, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 2 juillet 2024 par laquelle le maire de Meaux s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée le 7 mai 2024 précédent ;
2°) d'enjoindre en conséquence au maire de Meaux de prendre une décision de
non-opposition à cette déclaration préalable dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Meaux la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : la décision en litige l'empêche, alors qu'elle a déjà réalisé d'importants investissements et mené une campagne de recrutement et de formation de personnel, de réaliser les travaux nécessaires au commencement de l'exploitation de son seul local commercial donc de son activité ; elle l'empêche également de rembourser ses dettes, ce qui compromet son existence à très court terme, ainsi que son expert-comptable en a attesté ; elle l'empêche enfin d'établir la déclaration attestant de l'achèvement des travaux, ce qui lui posera des difficultés pour faire assurer son local commercial voire pour obtenir une autorisation d'ouverture au public de ce local ; elle n'a par ailleurs pas été imprudente en réalisant des investissements avant même d'obtenir une décision de non-opposition à sa déclaration préalable et ne s'est donc pas placée elle-même dans la situation qu'elle invoque, dès lors qu'ayant pris à bail son local commercial, elle espérait logiquement, compte tenu de la nature des travaux projetés, obtenir rapidement et sans difficulté une décision de non-opposition à déclaration préalable ou, à tout le moins, une attitude constructive à son égard de la part de la commune de Meaux ; en outre, aucun intérêt public, y compris celui tenant à la protection du site patrimonial remarquable dans le périmètre duquel se trouve son local commercial, ne s'attache au maintien des effets de la décision en litige ;
-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :
*cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
*elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;
*elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-4 du code de l'urbanisme, dès lors qu'une décision de non-opposition à sa déclaration préalable assortie de prescriptions pouvait être prise ;
*elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle retient le non-respect par son projet de l'interdiction, par les dispositions relatives aux devantures commerciales du IV.7 du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de Meaux (AVAP), des caissons en saillie par rapport à la maçonnerie de l'immeuble ;
*elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle retient la non-conformité de son projet aux dispositions relatives aux devantures commerciales du IV.7 du règlement de l'AVAP qui, d'une part, interdisent les couleurs criardes, d'autre part, imposent de prendre en considération les principes de composition de la façade existante pour concevoir une devanture en rapport avec l'architecture de l'immeuble ;
*elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle retient, pour l'application de l'article UA 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Meaux, que son projet est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites et aux paysages naturels ou urbains ;
-les motifs que la commune de Meaux demande subsidiairement de substituer aux motifs initiaux de la décision en litige ne sont pas susceptibles de fonder légalement celle-ci.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, la commune de Meaux, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société ASM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;
-aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ;
-à titre subsidiaire, la décision en litige aurait pu être légalement prise pour les
deux autres motifs suivants : en premier lieu, le projet de la requérante méconnaît les dispositions du IV.7 du règlement de l'AVAP interdisant les cadres-néons pour l'éclairage de la devanture, dès lors qu'il prévoit l'installation d'un bandeau contenant des lettres rétroéclairées par des leds et que cette installation rompt avec l'harmonie existante entre les enseignes environnantes, qui ne contiennent pas de lettrage en néon ; en second lieu, le projet de la requérante méconnaît les dispositions du IV.7 du règlement de l'AVAP imposant une hauteur minimum de 40 cm pour le lettrage des enseignes.
Vu :
-la requête n° 2410243 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
-les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 29 août 2024 à 10h00 en présence de Mme Aumond, greffière d'audience, ont été entendus :
-le rapport de M. Zanella ;
-les observations de Me Maujeul, représentant la société ASM, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en ajoutant ou en précisant, en ce qui concerne l'urgence, que : la dépôt de la déclaration préalable de la requérante nécessitait pour celle-ci
d'être titulaire d'un bail commercial et l'engagement de frais d'architecte d'un montant d'environ 10 000 euros ; la requérante a donc dû contracter une dette de 150 000 euros avant même d'entreprendre les travaux projetés ; le maire de Meaux s'est systématiquement opposé aux déclarations préalables de la requérante ; l'attestation de l'expert-comptable de la requérante, qui est soumis à une déontologie, n'est pas remise en cause ; la requérante a pris en compte les motifs des décisions d'opposition à ses deux précédentes déclarations préalables ; il n'est pas contesté que la décision en litige fait obstacle à l'exploitation du local commercial de la requérante donc à la réalisation d'un chiffre d'affaires par celle-ci ; la requérante ne peut produire de bilan parce qu'elle n'a pas réalisé de chiffre d'affaires ;
-et les observations de Me Poiré, représentant la commune de Meaux, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs, en ajoutant, en ce qui concerne l'urgence, que la requérante n'a pas pris en compte les motifs des décisions d'opposition à ses deux précédentes déclarations préalables.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Une note en délibéré, enregistrée le 29 août 2024, a été présentée par la société ASM.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
2. La société ASM a successivement déposé, le 14 avril 2023, le 18 septembre 2023 et le 7 mai 2024, en vue de l'aménagement en restaurant à l'enseigne " Five Pizza Original ", avec modification de la devanture, du local commercial anciennement exploité par un fleuriste au
rez-de-chaussée du bâtiment situé 10 place Henri IV à Meaux, trois déclarations préalables auxquelles le maire de cette commune s'est respectivement opposé par des décisions prises les 9 juin 2023, 7 novembre 2023 et 2 juillet 2024. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution de la dernière de ces décisions sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision en litige, la société ASM fait d'abord valoir que cette décision fait obstacle à la réalisation de travaux nécessaires à l'exploitation du local commercial mentionné au point 2, qui correspond à son seul établissement, et, partant, au commencement de l'activité de restauration rapide sur place, à emporter ou en livraison pour l'exercice de laquelle elle a été créée. Toutefois, l'activité en cause n'ayant pas encore débuté, cette seule circonstance ne peut, alors même que l'intéressée a déjà réalisé d'importants investissements et qu'elle prétend par ailleurs avoir mené une campagne de recrutement et de formation de personnel, être regardée comme suffisant en soi à caractériser une situation d'urgence au sens indiqué au point précédent. Si la requérante fait ensuite valoir, en s'appuyant sur une attestation établie par son expert-comptable relativement à la période du 1er octobre 2023 au 30 juin 2024, que la décision en litige l'empêche également, faute de pouvoir exercer son activité, de réaliser un chiffre d'affaires permettant de rembourser ses dettes et qu'elle compromet ainsi son existence à très court terme, il résulte de l'instruction qu'elle a pris à bail le local commercial mentionné au point 2 et contracté un emprunt pour financer l'aménagement de ce local en restaurant avant même d'avoir obtenu l'autorisation d'urbanisme requise à cette fin et qu'elle s'est donc placée elle-même, par sa propre imprudence, dans la situation financière dont elle se prévaut. En outre, si elle déclare dans sa réplique que la société mère du groupe dont elle fait partie " ne pourra indéfiniment faire face [à ses charges] ", elle n'apporte aucun élément pouvant laisser penser que l'aide financière dont elle admet ainsi l'existence serait amenée à cesser prochainement. Enfin, l'intéressée ne démontre pas l'actualité des difficultés qu'elle indique être susceptible de rencontrer pour faire assurer le local commercial mentionné au point 2 ou obtenir une autorisation d'ouverture au public de ce local à défaut de pouvoir déposer une déclaration attestant l'achèvement des travaux projetés. Par suite, la condition d'urgence posée à l'article
L. 521-1 du code de justice administrative ne peut, en l'état de l'instruction, être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société ASM doit être rejetée, y compris ses conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
6. Il n'y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante la somme que la commune de Meaux sollicite au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société ASM est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Meaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à la société ASM et à la commune de Meaux.
Fait à Melun, le 25 septembre 2024.
Le juge des référés,La greffière,
Signé : P. ZanellaSigné : G. Aumond
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,