Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410233

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410233
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, rejette la demande de suspension de la décision implicite de rejet du préfet de la Seine-et-Marne refusant à M. C, ressortissant algérien, un titre de séjour mention "salarié". Le juge estime que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie, car la décision implicite de rejet date de près de dix-huit mois et la seule retenue administrative subie par le requérant en décembre 2023 ne justifie pas une nécessité de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire. La requête est donc rejetée sans examen du doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 août 2024, M. A C, représenté par

Me Thominette, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 19 mars 2023 par laquelle le préfet de la Seine-et-Marne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour mention salarié, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soulève les moyens suivants :

- l'urgence est établie, dès lors que, le 13 décembre 2023, il a fait l'objet d'une retenue administrative par les forces de police pour vérification de son droit au séjour et qu'en dépit de la présentation du justificatif d'une demande de titre de séjour, constatée et relevée le procès-verbal par les agents de police, il a été privé de liberté durant 14 heures et 10 minutes ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision, dès lors qu'en l'absence de réponse de l'administration à sa demande, la décision implicite rejetant sa demande de titre de séjour ne répond pas à l'obligation de motivation, qu'il réside habituellement sur le territoire français depuis plus de six ans et exerce un travail dans un secteur en tension, et est ainsi fondé à demander la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié ", qu'en rejetant sa demande, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque, notamment, la condition d'urgence n'est pas remplie.

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence doit en principe être constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision attaquée.

3. En l'espèce, M. C ressortissant algérien né en 1989 à Mostaganem, qui justifie séjourner en France depuis le mois de mars 2018 et y travailler comme poseur de rail depuis le mois d'août 2019, a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 19 novembre 2022 en vue d'obtenir une carte temporaire de séjour portant la mention " salarié ". Le délai de

quatre mois, prévu par l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a commencé à courir à la date du dépôt de la demande de titre de séjour, a ainsi expiré le 19 mars 2023. Il en résulte qu'une décision implicite de rejet est née il y a près de dix-huit mois. S'il est toujours loisible à l'intéressé, à défaut d'avoir été informé de la naissance d'une telle décision et des voies et délais de recours contre cette dernière, de former un recours en annulation pour excès de pouvoir contre cette décision, ce qu'il soutient avoir fait en même temps que la présente requête en référé, la seule circonstance qu'il ait fait l'objet d'une retenue d'un peu plus de 14 heures le 13 décembre 2023 ne permet pas de caractériser la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision attaquée

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux, que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 19 août 2024.

Le juge des référés,

Signé : X. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,