Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410262

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a été saisi en référé suspension par une ressortissante iranienne contestant le refus implicite de renouvellement de son titre de séjour "visiteur". La préfète du Val-de-Marne a soutenu qu'il n'y avait plus lieu de statuer, ayant délivré à l'intéressée une nouvelle attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 21 novembre 2024. Le juge des référés a constaté que cette délivrance rendait sans objet la demande de suspension, dès lors que la requérante bénéficiait à nouveau d'un document provisoire de séjour. La solution retenue est un non-lieu à statuer, fondé sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2024, Madame A B, représentée par Me Assadollahi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de refus de délivrance d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " opposée par la préfète du Val-de-Marne le 14 juin 2024 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article

L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, injonction assortie d'une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du même code;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique que, de nationalité iranienne, elle est entrée en France en janvier 2022 munie d'un visa de long séjour portant la mention " visiteur ", qu'elle a validé son visa le 4 janvier 2023, qu'elle a demandé en décembre 2022 le renouvellement de son titre de séjour à la préfète du

Val-de-Marne sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, qu'elle a bénéficié d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 12 septembre 2023, puis une seconde valable jusqu'au 13 février 2024, qui n'a pas été renouvelé, qu'une décision implicite de rejet doit donc être réputée lui avoir été opposée à la date du 14 juin 2024, dont elle a demandé la communication de motifs le 9 juillet 2024.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour, et, sur le doute sérieux, que la décision est illégale car il n'a pas été répondu à sa demande de communication des motifs de la décision implicite qui lui a été opposée, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle dispose des moyens pour vivre en France et qu'elle dispose d'une assurance maladie.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer, l'intéressée s'étant vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 21 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 19 août 2024 sous le numéro 2410266, Madame B a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 27 août 2024, présenté son rapport en présence de Madame Aumond, greffière d'audience et entendu les observations de Me El Assaad, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions tendant au non-lieu.

La requérante, dûment convoquée, n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B, ressortissante iranienne née le 24 août 1962 à Damavand (province de Téhéran), est entrée en France en janvier 2022 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " visiteur " délivré par les autorités consulaires françaises à Téhéran et valable jusqu'au 1er janvier 2023. Elle a déposé, le 8 décembre 2022, sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France une demande de renouvellement de ce titre de séjour et n'a reçu que le 13 juin 2023, de la préfète du Val-de-Marne, une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 12 septembre 2023. Celle-ci n'a pas été renouvelée, malgré plusieurs demandes en ce sens. Par une requête enregistrée le 2 novembre 2023, elle a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction. Postérieurement à sa requête, la préfète du Val-de-Marne lui a délivré une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 13 février 2024. Une ordonnance de non-lieu, en date du 5 juillet 2024, est venue constater le non-lieu à statuer sur cette requête, une somme de 2.000 euros étant mise par ailleurs à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Cette attestation n'a pas été renouvelée à son tour, malgré plusieurs demandes en ce sens. Madame B a donc considéré qu'une décision implicite de rejet avait été opposée à sa demande à la date du 14 juin 2024 dont elle a demandé à la préfète du Val-de-Marne de lui communiquer les motifs par une lettre du 9 juillet 2024. Sans réponse de l'administration, par une requête enregistrée le 19 août 2024, elle a alors demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision et sollicité du juge des référés, par sa requête du même jour, la suspension de son exécution. Postérieurement à sa requête, la préfète du Val-de-Marne a mis à disposition de l'intéressée une troisième attestation de prolongation d'instruction valable trois mois, soit jusqu'au 21 novembre 2024.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne a mis à la disposition de Madame B, sur son compte ouvert sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, une troisième attestation de prolongation d'instruction valable trois mois, soit jusqu'au 21 novembre 2024. Par suite, le juge des référés ne pouvant statuer, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, que par des mesures qui " présentent un caractère provisoire ", il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Madame B présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les frais du litige :

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 2000 euros qui sera versée à Madame B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Madame B présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Article 2 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 2000 euros à Madame B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,La greffière,

M. AymardMme Aumond

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2410262