Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410301

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, était saisi par une ressortissante algérienne d’une demande de suspension de la décision implicite de refus de renouvellement de son certificat de résidence de dix ans. En défense, la préfète du Val-de-Marne a justifié avoir délivré à l’intéressée une nouvelle attestation de prolongation d’instruction valable jusqu’au 21 février 2025, ce qui a conduit le juge à constater un non-lieu à statuer sur la requête. La solution retenue repose sur l’application de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 août 2024, Madame C A, représentée par Me Feriani, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :

1°) de suspendre la décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour prise par la préfète du Val-de-Marne ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 2.000 euros à

verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique que, de nationalité algérienne, elle est entrée en France en juillet 1992 et a été titulaire d'un certificat de résidence de dix ans dont le dernier était valable jusqu'au 6 septembre 2022, qu'elle en a demandé le renouvellement à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas répondu, qu'elle a sollicité le 21 janvier 2024 un récépissé de demande de titre de séjour, qu'elle a été convoquée le 26 avril 2024 pour une prise d'empreinte en préfecture et que son titre de séjour n'est toujours pas fabriqué, ce qui révèle une décision implicite de rejet qui lui a été opposée par la préfète du Val-de-Marne, dont elle a demandé la communication des motifs le 6 août 2024.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle ne dispose plus des ressources nécessaires pour se soigner et, sur le doute sérieux, que la décision en cause est illégale car il n'a pas été répondu à sa demande de communication de motifs et elle méconnait les dispositions de l'article L .423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales .

Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer, une nouvelle attestation de prolongation d'instruction ayant été délivrée à l'intéressé valable jusqu'au 21 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 20 août 2024 sous le numéro 2410299, Madame A a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 27 août 2024, présenté son rapport en présence de Madame Aumond, greffière d'audience et entendu les observations de Me El Assaad, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions tendant au non-lieu.

La requérante, dûment convoquée, n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Madame B A, ressortissante algérienne née le 3 octobre 1934 à Beni Zidi, entrée en France le 8 juillet 1992, a été titulaire en dernier lieu d'un certificat de résidence algérien de dix ans, délivré par le préfet des Hauts-de-Seine et valable jusqu'au 6 septembre 2022. Elle en a demandé le renouvellement à la préfète du Val-de-Marne le 1er août 2023 et s'est vu remettre un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 31 janvier 2024 qui n'a pas été renouvelé, malgré une demande en ce sens. Le 26 avril 2024, elle a été convoquée en préfecture aux fins d'une prise d'empreintes nécessaires à la fabrication de son nouveau certificat de résidence. Elle n'a plus eu de nouvelles de l'administration après cette date. Madame A a donc considéré qu'une décision implicite de rejet avait été opposée à sa demande de certificat de résidence, dont elle a demandé la communication des motifs le 6 août 2024. Par une requête enregistrée le 20 août 2024, elle a demandé l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par sa requête enregistrée le même jour, la suspension de son exécution. Postérieurement à sa requête, la préfète du Val-de-Marne a convoqué Madame A en préfecture en vue d'une nouvelle prise d'empreintes, le 26 août 2024 et relancer la fabrication de son certificat de résidence.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. () ".

4. Aux termes de l'article L. 433-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de quatre ans, d'une carte de résident ou d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an prévu par une stipulation internationale en demande le renouvellement, il peut justifier de la régularité de son séjour entre la date d'expiration de ce document et la décision prise par l'autorité administrative sur sa demande par la présentation de la carte ou du titre expiré, dans la limite de trois mois à compter de cette date d'expiration. () ".

5. Aux termes par ailleurs de l'article R. 431-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui ne se trouve pas dans une des situations visées aux articles R. 426-4, R. 426-6 et R. 431-5 présente sa demande de titre de séjour dans les deux mois suivant son entrée en France ". Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; () ".

6. Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne a convoqué Madame A le 26 août 2024 pour une nouvelle prise d'empreintes en vue de relancer la fabrication de son certificat de résidence de dix ans. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Madame A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les frais du litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme à verser à Madame A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Madame A présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Madame A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des Référés,

Signé : M. Aymard

La greffière,

Signé : G. Aumond

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2410301