Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410365

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par Madame A C, ressortissante sénégalaise, d'une demande de suspension de la décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour. La requérante invoquait l'urgence et un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En cours d'instance, la préfète du Val-de-Marne a informé le tribunal qu'une carte de séjour temporaire était en cours de fabrication pour l'intéressée. Par conséquent, le tribunal a constaté que la décision contestée avait été rapportée, privant d'objet la demande de suspension, et a prononcé un non-lieu à statuer.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2024, Madame A C, représentée par Me Bertaux, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour prise par la préfète du Val-de-Marne ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation de séjour portant autorisation de travail à compter de la notification du jugement jusqu'à l'intervention d'un jugement au fond, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique, que de nationalité sénégalaise, elle est entrée en France le 28 mai 2009 par le biais d'une réunification familiale, en qualité de conjointe de réfugié, qu'elle a trois enfants de

trois pères différents qui ont fait l'objet d'un placement éducatif lequel a été levé d'abord de manière transitoire le 29 janvier 2020 puis de manière définitive le 1er février 2021, qu'elle était titulaire d'une carte de séjour comme parent d'enfant français valable jusqu'au 10 juin 2021, qu'elle en a sollicité le renouvellement le 16 juin 2021, qu'il a été renouvelé le 2 février 2022 pour un an, qu'elle a demandé une carte de résident le 21 août 2023 et qu'elle a été maintenue sous récépissé jusqu'au 15 août 2024, qu'elle a demandé le 24 juin 2024 la communication des motifs de la décision lui refusant une carte de résident, sans obtenir de réponse.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour, et, sur le doute sérieux, que la décision contestée est illégale car il n'a pas été répondu à sa demande de communication de ses motifs et qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car elle a trois enfants en France dont un de nationalité française et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête, le titre de séjour de l'intéressé étant édité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 19 août 2024 sous le n° 2410286, Mme C a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 4 septembre 2024, présenté son rapport en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience et entendu :

- les observations de Me Bertaux, représentant Mme C, requérante, absente, qui rappelle qu'elle est entrée en France en 2009 en qualité de famille de réfugié, qu'elle est la mère d'un enfant français depuis 2019, que ses enfants ont été placés jusqu'en janvier 2020 et que cette mesure de placement a été levée en février 2021, qu'elle avait demandé une carte de résident mais que la préfète du Val-de-Marne ne lui a accordé qu'une carte d'un an, que cette situation a des conséquences graves pour elle car elle a accumulé une dette locative et risque d'être licenciée et qui maintient qu'elle a droit à une carte de résident ;

- et les observations de Me Kerkeni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au non-lieu de la requête, la carte de séjour de l'intéressée étant en cours de fabrication.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante sénégalaise née le 4 mars 1983 à Kolda, entrée en France le 28 mai 2009, a bénéficié en dernier lieu d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " délivrée par la préfète du Val-de-Marne et valable jusqu'au 1er février 2023, en qualité de parent d'un enfant de nationalité française née en novembre 2014. Elle en a demandé le renouvellement, ainsi que la délivrance d'une carte de résident, le 21 août 2023 et a été munie de récépissés de demandes de titre de séjour dont le dernier est arrivé à échéance le 15 août 2024. Considérant ces remises comme révélant une décision implicite de rejet opposée à sa demande de délivrance d'une carte de résident, elle en a demandé la communication des motifs par un courrier électronique de son conseil le 24 juin 2024. Elle n'a reçu aucune réponse. Par une requête enregistrée le 19 août 2024, elle a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision implicite et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution. Postérieurement à sa requête, la préfète du Val-de-Marne a informé le tribunal qu'une carte de séjour temporaire, valable jusqu'au 2 septembre 2025 avait été mise en fabrication.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ". Aux termes de l'article R. 431-15 du même code : " Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle ".

4. Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne a mis en fabrication, le 3 septembre 2024, une carte de séjour temporaire au profit de Madame C, valable un an. Dans ces conditions, et dans la mesure où le juge des référés ne peut statuer, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative que par des mesures qui présentent " un caractère provisoire ", il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de remettre en mains propres à Madame C, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai de cinq jours, une autorisation provisoire de séjour, portant autorisation de travail, valable, et éventuellement renouvelée sans discontinuité, jusqu'à la remise effective à l'intéressée de son titre de séjour en cours de fabrication.

Sur les frais du litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 2 000 euros qui sera versée à Mme C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de remettre en mains propres à Madame C, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai de cinq jours, une autorisation provisoire de séjour, portant autorisation de travail, valable, et éventuellement renouvelée sans discontinuité, jusqu'à la remise effective à l'intéressée de son titre de séjour en cours de fabrication.

Article 2 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 2 000 euros à Madame C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,La greffière,

B : M. AymardB : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2410365