Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410376

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B et Mme E, qui demandaient l'annulation du refus d'autorisation d'instruction en famille pour leur fille, motivé par sa pratique intensive de la danse. Le tribunal a jugé que la commission académique n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que l'intérêt supérieur de l'enfant n'était pas de suivre une instruction en famille, car la pratique de la danse, bien qu'intensive, pouvait être conciliée avec une scolarité en établissement, notamment via des aménagements. La décision s'appuie sur les articles L. 131-1, L. 131-1-1 et L. 131-5 du code de l'éducation, qui posent le principe de l'instruction en établissement et encadrent les dérogations.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 août 2024, le 6 septembre 2024 et le 11 septembre 2024, M. D B et Mme A E demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 août 2024 par laquelle la commission a rejeté leur recours préalable obligatoire contre la décision du 23 juillet 2024 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne a rejeté leur demande d'instruction en famille de leur fille C B ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Créteil de leur délivrer une autorisation d'instruire en famille leur fille au titre du 2° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée a été prise sans qu'il ait été procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation dès lors que leur fille pratique la danse de manière intensive et que les horaires de danse ne sont pas compatibles avec une scolarité dans un collège public ou privé " normal ", aucune adaptation n'étant possible ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 12 de la convention du 20 novembre 1989 relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mullié,

- et les conclusions de Mme Blanc, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et Mme E sont les parents de la jeune C née le 28 septembre 2012. Ils ont présenté pour leur fille, le 27 mai 2024, une demande d'autorisation d'instruction dans la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025. Par une décision du 23 juillet 2024, la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne a rejeté leur demande. Les requérants ont formé un recours administratif préalable contre cette décision auprès de la commission académique. Leur recours administratif préalable obligatoire a été rejeté par une décision de la commission du 26 août 2024. Les requérants demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu de l'article L. 131-1 du code de l'éducation, l'instruction est obligatoire pour chaque enfant entre trois et seize ans. Cette instruction obligatoire est " assurée prioritairement dans les établissements d'enseignement ", ainsi que l'énonce l'article L. 131-1-1 du même code qui dispose, en outre, que : " Le droit de l'enfant à l'instruction a pour objet de lui garantir, d'une part, l'acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d'autre part, l'éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d'exercer sa citoyenneté ". Aux termes de l'article L. 131-5 du même code de l'éducation : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'État compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. (.) / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : () / 2° La pratique d'activités sportives ou artistiques intensives ; () / La décision de refus d'autorisation fait l'objet d'un recours administratif préalable auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie, dans des conditions fixées par décret ". Enfin, aux termes de l'article R. 131-11-3 du même code : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par la pratique d'activités sportives ou artistiques intensives, elle comprend : / 1° Une attestation d'inscription auprès d'un organisme sportif ou artistique ; / 2° Une présentation de l'organisation du temps de l'enfant, de ses engagements et de ses contraintes établissant qu'il ne peut fréquenter assidûment un établissement d'enseignement public ou privé. ".

3. Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d'enseignement public ou privé, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part, dans un établissement d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la fille des requérants, C, est inscrite dans une école de danse dans laquelle elle pratique la danse à raison de presque douze heures par semaine. Il en résulte qu'ainsi que le soutiennent les requérants, C doit être regardée comme pratiquant de manière intensive une activité artistique. D'autre part, si la décision attaquée est fondée sur la circonstance que le volume horaire consacré à la danse n'est pas incompatible avec une scolarisation dans un établissement d'enseignement privé ou public et que des adaptations et aménagements pédagogiques, tels qu'un projet d'accompagnement personnalisé sont possibles, il ressort des pièces du dossier que C doit se rendre à son école de danse située dans le 14ème arrondissement de Paris pour 15h00 le lundi et 15h15 le vendredi, ce qui est impossible compte tenu des heures de cours de son collège situé au Kremlin-Bicêtre. Il en résulte que les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions précitées du code de l'éducation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, M. B et Mme E sont fondés à demander l'annulation de la décision du 26 août 2024 par laquelle la commission a rejeté leur recours préalable obligatoire contre la décision du 23 juillet 2024 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne a rejeté leur demande d'instruction en famille de leur fille C B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Créteil d'autoriser M. B et Mme E à instruire en famille leur fille C, dans un délai de 3 jours suivant la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 26 août 2024 par laquelle la commission a rejeté le recours préalable obligatoire formé par M. B et Mme E contre la décision du 23 juillet 2024 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale du Val-de-Marne a rejeté leur demande d'instruction en famille de leur fille C B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Créteil d'autoriser l'instruction en famille de C B dans un délai de 3 jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et Mme A E et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,

M. Collen-Renaux, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La présidente rapporteure,

N. MULLIEL'assesseure la plus ancienne,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,