Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410387

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête en référé suspension de M. B, qui contestait la suspension de huit mois de son permis de conduire pour alcoolémie (0,86 mg/l d’air expiré). Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, car la situation invoquée par le requérant (nécessité du permis pour son activité de chauffeur-livreur) résultait de son propre comportement, et que les impératifs de sécurité routière primaient. Aucun des moyens soulevés (incompétence, défaut de motivation, erreur d’appréciation, méconnaissance des articles L. 224-2 et R. 224-6 du code de la route, et des articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration) n’a été examiné au fond, la décision étant fondée sur l’absence d’urgence au sens de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2024, M. C B, représenté par

Me Josseaume, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité de suspendre l'exécution de la décision en date du 8 juillet 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de huit mois.

Il indique qu'il exerce une activité professionnelle de chauffeur-livreur et que son activité professionnelle lui impose de disposer d'un droit à conduire.

Il soutient que la condition d'urgence est remplie car, sans permis, il ne peut exercer sa profession, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause a été prise par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 224-2 du code de la route car il n'a jamais fait l'objet d'aucune autre infraction, qu'elle méconnait les dispositions de l'article R. 224-6 du même code car il aurait dû être autorisé à conduire un véhicule équipé d'un éthylotest anti-démarrage et qu'elle a méconnu les dispositions des articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, la procédure d'urgence ayant été suivie sans raison valable par le préfet.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 13 août 2024 sous le n° 2410088, M. B a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 4 septembre 2024, présenté son rapport en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, en l'absence du requérant et du préfet de Seine-et-Marne, où de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1 Le 6 juillet 2024, sur le territoire de la commune de Lizy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne), les forces de l'ordre ont contrôlé le véhicule conduit par M. B et ce contrôle a permis de déceler chez ce dernier un taux d'alcoolémie supérieur aux limites autorisées. Son permis de conduire a été retenu et une mesure de suspension administrative pour une durée de huit mois a été prise par la préfète de Seine-et-Marne le 8 juillet 2024. Par une requête enregistrée le 13 août 2024, M. B a demandé au présent tribunal l'annulation de cet arrêté dont il demande également, par une requête enregistrée le 22 août 2024, la suspension de son exécution.

2 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3 Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement tenir compte notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette plus d'invoquer utilement - ni sérieusement - la notion d'urgence.

4 Aux termes de l'article L. 234-1 du code de la route : " I. - Même en l'absence de tout signe d'ivresse manifeste, le fait de conduire un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,80 gramme par litre ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,40 milligramme par litre est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende. () ".

5 Il ressort des pièces du dossier que M. B, le 6 juillet 2024, a été contrôlé conduisant avec un taux d'alcool de 0,86 mg d'alcool par litre d'air expiré. Par suite, la condition d'urgence, qui doit s'analyser, comme il l'a été dit plus haut, globalement et concrètement, et aussi compte tenu des impératifs de sécurité routière, ne peut être considérée comme satisfaite, dès lors que la situation que déplore le requérant résulte de son propre comportement, alors même qu'il soutient que la possession de son permis de conduire est nécessaire à l'exercice de sa profession.

6 Dans ces conditions, il y a lieu de rejeter la requête de M. B.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,La greffière,

A : M. AymardA : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2410387