Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410409
mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410409 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 août 2024, Mme C B, représenté par
Me Berté, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité, après l'avoir admise à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 26 janvier 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer dans un délai de 30 jours à compter de la notification de la décision à intervenir une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne à lui délivrer dans un délai de 7 jours à compter de la notification de la décision à intervenir un récépissé de renouvellement de titre et ou une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à la délivrance de la carte de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne), la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil à charge pour ce dernier, de renoncer à la part contributive au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle indique, que de nationalité guinéenne, elle a été titulaire d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qui est arrivée à échéance le 22 septembre 2023, qu'elle en a sollicité le renouvellement le 26 septembre 2023, qu'un récépissé lui a été délivré le même jour valable quatre mois, qui n'a pas été renouvelé et qu'une décision implicite de rejet a donc été opposée à sa demande.
Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour, et, sur le doute sérieux, que la décision contestée a été prise sans que la commission du titre de séjour ait été consultée, qu'elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa demande, qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite, l'intéressée n'ayant pas répondu à une convocation en vue de la remise de son titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret
n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 21 août 2024 sous le n° 2410375, Mme B a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 4 septembre 2024, présenté son rapport en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience et entendu :
- les observations de Me Berté, représentant Mme B, présente, qui indique qu'elle dispose d'une nouvelle convocation depuis le 28 août 2024 et qui soutient qu'elle n'a jamais reçu la convocation du mois de février 2024 ;
- et les observations de Me Kerkeni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au non-lieu à statuer, l'intéressée étant convoquée le 5 septembre 2024 pour la remise de son titre.
Le 6 septembre 2024, Me Berté, représentant Mme B a informé le tribunal de la remise d'une carte de résident valable jusqu'au 22 septembre 2033.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante guinéenne née en 1953 à Boké, entrée en France le
20 avril 2002, a bénéficié en dernier lieu d'une carte de séjour pluriannuelle de deux ans délivrée par la préfète du Val-de-Marne et valable jusqu'au 22 septembre 2023. Le 6 juin 2023 elle en a demandé le renouvellement et a obtenu un rendez-vous en préfecture du Val-de-Marne pour le dépôt de sa demande le 26 septembre 2023. Il lui a été délivré à cette occasion un récépissé de demande de titre de séjour valable quatre mois qui n'a pas été renouvelé. Elle a donc considéré s'être vu opposer à la date du 25 janvier 2024 une décision implicite de rejet dont elle a demandé l'annulation par une requête enregistrée le 21 août 2024, assortie d'une demande de suspension de son exécution présentée le même jour. Postérieurement à sa requête, et après soutenu, sans toutefois l'établir, avoir convoqué l'intéressée par " SMS " à une date non précisée aux fins de lui remettre son titre de séjour qui était disponible depuis le 19 février 2024, la préfète du Val-de-Marne a convoqué l'intéressée pour le 5 septembre 2024 et lui a remis à cette occasion sa carte de résident valable jusqu'au
22 septembre 2033.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
5. Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne, le 5 septembre 2024, a délivré à Mme B une carte de résident valable jusqu'au 22 septembre 2033. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais irrépétibles :
6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
7. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à
celle-ci () ".
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Berté, conseil de Mme B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1 500 euros à Me Berté, conseil de Mme B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à Me Berté et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
A : M. AymardA : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2410409