Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410450
mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410450 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 août 2024, M. C A, représenté par
Me Rosin, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite portant refus de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer à titre provisoire une carte de séjour pluriannuelle valable 4 ans, dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer et statuer sur la demande de titre de séjour du requérant dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de le munir d'un document provisoire de séjour assorti d'une autorisation de travail le temps de ce réexamen dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 2 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en cas de non-admission définitive à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique, que de nationalité afghane, il a été reconnu bénéficiaire de la protection subsidiaire le 4 janvier 2024, qu'il a déposé une demande carte de séjour pluriannuelle en préfecture du Val-de-Marne le 30 janvier 2024, qu'il a eu une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 29 juillet 2024, que celle-ci n'a pas été renouvelée malgré plusieurs demandes en ce sens.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il a été reconnu bénéficiaire de la protection subsidiaire et qu'il n'a plus de ressources car il ne peut plus travailler, et, sur le doute sérieux, que cette décision n'est pas motivée, qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 424-1, L. 424-3 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il a droit à une carte de séjour pluriannuelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite, l'intéressé n'ayant pas communiqué à la préfecture son justificatif d'état-civil établi par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Par un mémoire enregistré le 3 septembre 2024, M. A, représenté par Me Rosin, conclut aux mêmes fins.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret
n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 23 août 2024 sous le n° 2410467, M. A a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 4 septembre 2024, présenté son rapport en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience et entendu les observations de Me Kerkeni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au non-lieu à statuer, l'intéressé ayant bénéficié d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 1er mars 2025.
Le requérant, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né en 2003 dans la province de Nangarhar, a été reconnu bénéficiaire de la protection subsidiaire par une décision du 4 janvier 2024 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il a déposé, le 30 janvier 2024, sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France une demande de carte de séjour pluriannuelle et la préfète du Val-de-Marne a mis à sa disposition une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 29 juillet 2024. Celle-ci n'a pas été renouvelée, malgré plusieurs demandes en ce sens. Il a donc considéré s'être vu opposer une décision implicite de rejet à sa demande de carte de séjour pluriannuelle, dont il a demandé l'annulation par une requête enregistrée le 23 août 2024. Par une requête du même jour, il sollicite du juge des référés, la suspension de son exécution. Postérieurement à sa requête, la préfète du Val-de-Marne a mis à disposition de M. A sur son compte ouvert sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France une nouvelle attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au
1er mars 2025.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
5. Aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans. Cette carte est délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger ". Aux termes de l'article L. 424-10 du même code : " Après avoir déposé sa demande de carte de séjour pluriannuelle, et dans l'attente de la délivrance de cette carte, l'étranger mentionné à l'article L. 424-9 a le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-11. () ". Aux termes de l'article R. 424-7 du même code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 424-9 ou L. 424-11 dans un délai de trois mois à compter de la décision d'octroi de la protection subsidiaire par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. Ce délai n'est pas applicable aux membres de famille visés à l'article L. 561-2 ". Aux termes enfin du point 40 de l'annexe 10 au même code, relatif aux documents nécessaires à l'établissement de la carte de séjour pluriannuelle aux bénéficiaires de la protection subsidiaire : " 1. Pièces à fournir dans tous les cas :
- justificatifs d'état civil : attestation d'état civil (transmise par l'OFPRA à la préfecture en vue de la fabrication du titre) ; () ".
6. Il résulte de ces dispositions que, si une attestation d'état-civil établie par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides est nécessaire à l'établissement de la carte de séjour pluriannuelle des bénéficiaires de la protection subsidiaire, il appartient au préfet compétent pour la délivrance de ce titre de le solliciter auprès de l'Office et de prendre, dans l'attente de cette transmission, et dès lors qu'il n'est pas en mesure de respecter le délai mentionné à l'article R. 424-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, toutes mesures de nature à garantir le séjour régulier et le droit au travail de l'intéressé.
7. En l'espèce, ainsi qu'il l'a été dit au point 1, la préfète du Val-de-Marne, le 2 septembre 2024, a mis à disposition de M. A sur son compte ouvert sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France une nouvelle attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 1er mars 2025. Dans ces conditions, le juge des référés ne pouvant statuer, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative que par des mesures " qui présentent un caractère provisoire " il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les frais irrépétibles :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
9. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à
celle-ci () ".
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Rosin, conseil de M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1 500 euros à Me Rosin, conseil de M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Rosin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
B : M. AymardB : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2410450