Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410585
lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410585 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 août 2024, complétée le 10 septembre 2024, Madame A B, représentée par Me Barthod, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité, après l'avoir admise à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) de suspendre la décision implicite portant refus de délivrance de titre de séjour adoptée par Madame C ;
2°) d'enjoindre à C de lui délivrer une attestation de prolongation de l'état d'instruction de sa demande, un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour ou une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut qu'il lui soit enjoint de réexaminer sa situation à la lueur de votre décision dans un délai d'un mois sous astreinte de
100 Euros par jour de retard conformément aux articles L. 911-1, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 1.200 euros à payer à son conseil au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, celle-ci renonçant dans ce cas à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle indique, que de nationalité malienne, elle est entrée en France en 2012, qu'elle a obtenu un titre de séjour valable jusqu'au 5 mars 2024, qu'elle a présenté sa demande de renouvellement le 11 janvier 2024, que ce retard est dû à son état de santé et à la difficulté d'obtenir une attestation de domiciliation, qu'elle n'a eu aucune réponse, de sorte qu'une décision implicite de rejet doit être réputée avoir été opposée à sa demande.
Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause n'est pas motivée, qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2024, C, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite, l'intéressée ayant présenté tardivement sa demande de renouvellement de son titre de séjour.
Par un mémoire en réplique enregistré le 11 septembre 2024, Madame A B, représentée par Me Barthod conclut aux mêmes fins.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 27 août 2024 sous le numéro 2410598, Madame B a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 11 septembre 2024, présenté son rapport en présence de Madame Dusautois, greffière d'audience et entendu :
- les observations de Me Barthod, représentant Madame B, requérante, présente, qui rappelle que son titre de séjour est expiré depuis le 5 mars 2024, que si elle a déposé sa demande de renouvellement de son titre de séjour tardivement c'est en raison de la difficulté à obtenir une attestation de domiciliation, qu'elle a été radiée de " Pôle Emploi " en mars 2024 et qui indique, qu'elle n'a plus de couverture santé depuis le 5 septembre 2024 ;
- les observations de Me Kerkeni, représentant C, qui maintient ses conclusions tendant au rejet, la demande ayant été déposée en retard.
Considérant ce qui suit :
1. Madame A B, ressortissante malienne née le 16 novembre 1978 à Bamako, a été titulaire en dernier lieu d'une carte de séjour temporaire délivrée par C et valable jusqu'au 5 mars 2024, en qualité de malade. Elle est atteinte d'une myélofibrose secondaire liée à une polyglobulie. Elle a déposé une demande de renouvellement de ce titre de séjour sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France le 11 janvier 2024. Elle n'a reçu aucune réponse ni aucune attestation de prolongation d'instruction, y compris après l'expiration de sa carte de séjour. Elle a donc été radiée des fichiers de l'organisme " Pôle Emploi ". N'ayant aucune réponse de C, elle a considéré s'être vu opposer une décision implicite de rejet opposée à sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Par une requête enregistrée le 27 août 2024, elle en a demandé au présent tribunal l'annulation et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
6. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement tenir compte notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette plus d'invoquer utilement - ni sérieusement - la notion d'urgence.
7. Aux termes d'une part de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1°) L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; () ".
8. Aux termes d'autre part de l'article R. 431-15-1 du même code ; " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. () ".
9. Aux termes enfin de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Madame B n'a déposé sa demande de renouvellement de son titre de séjour que le 11 janvier 2024, soit en dehors du délai mentionné à l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'intéressée soutient que ce retard est dû à son état de santé, ayant été gravement malade et affaiblie durant le mois de décembre 2023, et au fait qu'elle n'a pu obtenir une attestation de domiciliation que le 9 janvier 2024, il ressort des dispositions de ce même article qu'elle pouvait présenter sa demande dès le 5 novembre 2023.
11. L'intéressée n'établissant pas l'impossibilité pour elle de réunir dès avant cette date les documents nécessaires au dépôt de sa demande, elle ne saurait donc se prévaloir d'une situation d'urgence qui résulte uniquement du retard observé pour le dépôt de sa demande, la décision implicite de rejet qu'elle conteste étant au surplus intervenue le 12 mai 2024.
O R D O N N E :
Article 1er : Madame B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Madame B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A B,
à Me Barthod-Compant La Fontaine, et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera communiquée à C.
Le juge des référés,
Signé : M. AymardLa greffière,
Signé : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, La greffière,