Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410610

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a été saisi par M. C, ressortissant malien, pour suspendre la décision implicite de refus de délivrance d’un récépissé de demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l’attestation de dépôt remise au requérant ne lui permettait pas de justifier de la régularité de son séjour, créant une situation d’urgence. Il a estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, il a ordonné la suspension de la décision implicite de refus et enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer un récépissé avec autorisation de travail sous huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2024, complétée le 3 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Sangue, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :

1°) de suspendre la décision implicite de refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour en date du 10 juillet 2020 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il indique que, de nationalité malienne, il a été admis à déposer, le 10 juillet 2024, en préfecture du Val-de-Marne une demande d'admission exceptionnelle au séjour, et qu'il n'a reçu aucun récépissé de demande de titre de séjour.

Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour et qu'il est en droit de bénéficier d'un récépissé de demande de titre de séjour lui permettant de justifier de la régularité de son séjour, le temps de l'instruction de sa demande, et, sur le doute sérieux, que l'attestation de dépôt qui lui a été remis, n'a aucune valeur et n'est pas au nombre des documents provisoires mentionnés à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête, l'intéressé ne démontrant pas avoir déposé l'ensemble des pièces nécessaires à l'instruction de sa demande.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 13 août 2024 sous le n° 2410130, M. C a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 4 septembre 2024, présenté son rapport en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience et entendu :

- les observations de Me Sangue, représentant M. C, présent, qui rappelle que l'attestation de dépôt qui lui a été remis le 10 juillet 2024 est sans valeur, que les pièces qui lui ont été demandées le 3 septembre 2024 avaient déjà été produites et qui soutient que la préfète du Val-de-Marne ne soutient pas que son dossier aurait été incomplet ;

- et les observations de Me Kerkeni, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions tendant au rejet de la requête.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né le 20 janvier 1985 à Yelimane (Région de Kayes), a été autorisé par la préfète du Val-de-Marne à déposer, le 10 juillet 2024, une demande d'admission exceptionnelle au séjour. A cette occasion, une " attestation de dépôt " lui a été remise indiquant que sa demande était en cours d'instruction et qu'elle était valable pour une durée de douze mois, délai moyen d'examen d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour déclaré par les services de la préfecture du Val-de-Marne. M. C faisait valoir un emploi continu dans la restauration depuis 2018, et en dernier lieu un emploi comme aide de cuisine auprès de l'établissement " Le Patisson " à Villemoisson-sur-Orge (Essonne). Il a considéré que la remise de cette attestation révélait une décision implicite de remise d'un récépissé de demande de titre de séjour qui lui était opposée par la préfète du Val-de-Marne. Par une requête enregistrée le 13 août 2024, il a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du

28 août 2024 la suspension de son exécution. Postérieurement à sa requête, la préfète du

Val-de-Marne a demandé au requérant la production de pièces complémentaires, à savoir ses

six derniers bulletins de salaire et un justificatif d'hébergement, pièces au demeurant déjà produites dans le cadre de sa demande.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

Sur l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

4. Il résulte de l'instruction que M. C a été autorisé par la préfète du Val-de-Marne à déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour et qu'il s'est vu remettre une " attestation de dépôt ", dont il n'est pas contesté qu'elle n'est remise par ses services qu'en cas de dossier complet, qui ne lui permet pas de justifier de la régularité de son séjour alors même que sa demande est fondée sur son activité professionnelle auprès de la société " Le Patisson " de Villemoisson-sur-Orge (Essonne). Dans ces conditions, la condition d'urgence doit, en l'état de l'instruction, être regardée comme remplie.

Sur le doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :

5. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ". Aux termes de l'article R. 431-3 du même code : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 431-12 ne peut être inférieure à un mois. Il peut être renouvelé ". Aux termes de l'article R. 431-14 du même code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévue à l'article L. 421-1 et la carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " prévue à l'article L. 421-3, dès lors que son titulaire satisfait aux conditions mentionnées à l'article L. 5221-1 du code du travail ; () ".

6. Aux termes enfin de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes enfin de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

7. Il résulte de ces dispositions que l'administration est tenue de remettre à un étranger autorisé à déposer une demande de titre de séjour en qualité de salarié un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire tout au long de l'instruction de sa demande et au minimum pour une durée de quatre mois.

8. En l'espèce, le document, au demeurant non signé, remis à M. C le

10 juillet 2024 ne constitue pas le récépissé prévu par les dispositions précitées de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si la préfète du Val-de-Marne soutient, dans le cadre de la présente requête, que la demande de l'intéressé était incomplète et qu'elle lui a demandé de produire des pièces complémentaires, il ressort des pièces du dossier d'une part de cette demande de pièces complémentaires est intervenue postérieurement à l'introduction de la présente requête, et donc pour les besoins de la cause, et d'autre part que les pièces demandées ont été communiquées dès le 3 septembre 2024. Elle n'établit pas, et ne soutient d'ailleurs même pas, que les pièces communiquées ce jour-là ne permettraient pas l'instruction de la demande de titre de séjour de M. C, ce qui ferait obstacle à la délivrance d'un récépissé portant autorisation de travail.

9. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision implicite de refus de remise d'un récépissé de demande de titre de séjour qui doit être considérée avoir été opposée à M. C le 10 juillet 2024, implicitement confirmée le 3 septembre 2024, méconnaitrait les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur sa légalité.

10. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

12. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que la préfète du Val-de-Marne remette à M. C un récépissé de demande de titre de séjour, portant autorisation de travail, valable le temps de l'instruction de sa demande et au moins jusqu'au

3 janvier 2025, date d'expiration du délai de quatre mois faisant naître une décision implicite de rejet à la suite de la communication, le 3 septembre 2024, des pièces complémentaires requises.

13. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète de Val-de-Marne de procéder à cette remise dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de

50 euros par jour de retard passé ce délai de dix jours.

Sur les frais du litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 2 000 euros à verser à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite de refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour opposée par la préfète du Val-de-Marne le 10 juillet 2024, confirmée le 3 septembre 2024, à M. C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint la préfète de Val-de-Marne de délivrer à M. C un récépissé de demande de titre de séjour, portant autorisation de travail, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai de dix jours.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 2 000 euros à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,La greffière,

B : M. AymardB : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2410610