Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410628
vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410628 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 août 2024, M. A B, représentée par Me Safatian, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 28 août 2024 par lequel le maire de la commune de Villiers-sur-Marne a interdit la manifestation " Nos quartiers en fête " prévue le samedi 31 août 2024 à midi sur le parvis de l'Escale ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Villiers-sur-Marne la somme de 1.500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique que, comme chaque année depuis 2018, il est l'organisateur avec l'association " C'Noues " de l'évènement " Nos quartiers en fête " qui se déroule le dernier samedi d'août, qu'en 2023, la manifestation n'a pu se tenir en raison de l'opposition de la municipalité, que, le 18 juillet 2024, il a transmis en préfecture du Val-de-Marne une déclaration de la manifestation initialement prévue le 30 août puis décalée au 31 pour ne pas interférer avec un évènement programmé par la commune ce même jour, qu'une nouvelle déclaration a été faite en préfecture le 17 août 2024, qu'aucun soutien logistique n'a été demandé à la mairie, et que par un arrêté du 28 août 2024, le maire de la commune de Villiers-sur-Marne a décidé d'interdire cette manifestation.
Il soutient que la décision en cause porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de manifestation et de réunion alors qu'il n'y a aucun risque de trouble à l'ordre public et que l'autorisation d'occupation du domaine public qui lui est demandée n'est pas nécessaire et ne lui a d'ailleurs jamais été demandée les années précédentes.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2024, le maire de la commune de
Villiers-sur-Marne conclut au rejet de la requête.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales,
- le code général de la propriété des personnes publiques,
- le code de la sécurité intérieure,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 29 août 2024 à 14 heures 30, tenue en présence de
Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de
Me Safatian, représentant M. B, requérant, présent, qui rappelle que cet évènement est organisé tous les ans depuis 2018, sauf en 2023 en raison du décès d'un bénévole, que, cette année, il a été porté sur la programmation de Paris Habitat qui a été validée par le conseil municipal, qu'elle a été déplacée au 31 août pour ne pas interférer avec une autre manifestation, qu'elle a été déclarée en préfecture qui n'a formulé aucune observation et qui ne comprend d'ailleurs pas cette interdiction, que le risque de trouble à l'ordre public n'est pas caractérisé, qu'aucune participation du personnel communal n'a été demandée ni n'est nécessaire, que le service d'ordre sera assuré par l'association organisatrice, qu'il n'y a aucune occupation privative du domaine public communal puisque cet évènement est temporaire et ouvert à tous, que, d'ailleurs, les années précédentes une telle autorisation ne leur avait jamais été demandée et qu'il s'agit d'un usage normal du domaine.
Le maire de la commune de Villiers-sur-Marne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1 Par un arrêté n° 2024-08-5115-G du 28 août 2024, le maire de la commune de Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) a interdit, pour des raisons de sécurité publique, la manifestation " Nos quartiers en fête ", déclarée par M. B auprès de la préfecture, devant avoir lieu le samedi 31 août 2024 par le parvis de l'Escale. Par sa requête enregistrée le 29 août 2024, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2 Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 5211 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
Sur l'urgence :
3 En l'espèce, la décision contestée a été notifiée moins de trois jours avant le début prévu de la manifestation. Il suit de là que la condition d'urgence est remplie.
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
4 Aux termes de l'article d'une part L. 211-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumis à l'obligation d'une déclaration préalable tous cortèges, défilés et rassemblements de personnes, et, d'une façon générale, toutes manifestations sur la voie publique () " et de l'article L. 211-4 de ce code : " Si l'autorité investie des pouvoirs de police estime que la manifestation projetée est de nature à troubler l'ordre public, elle l'interdit par un arrêté qu'elle notifie immédiatement aux signataires de la déclaration au domicile élu () ".
5 Aux termes d'autre part de l'article L. 2211-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire concourt à la politique de prévention de la délinquance dans les conditions prévues à la section 1 du chapitre II du titre III du livre Ier du code de la sécurité intérieure " et de l'article L. 2212-1 du même code : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs ". Et l'article L. 2212-2 du même code précise : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ; 3° Le maintien du bon ordre dans les endroits où il se fait de grands rassemblements d'hommes, tels que les foires, marchés, réjouissances et cérémonies publiques, spectacles, jeux, cafés, églises et autres lieux publics ; () ".
6 Aux termes enfin de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ".
7 Le respect de la liberté de manifestation et de la liberté d'expression, qui ont le caractère de libertés fondamentales au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, doit être concilié avec l'exigence constitutionnelle de sauvegarde de l'ordre public. Il appartient à l'autorité investie du pouvoir de police, lorsqu'elle est saisie de la déclaration préalable prévue à l'article L. 211-1 du code de la sécurité intérieure ou en présence d'informations relatives à un ou des appels à manifester, d'apprécier le risque de troubles à l'ordre public et, sous le contrôle du juge administratif, de prendre les mesures de nature à prévenir de tels troubles, au nombre desquelles figure, le cas échéant, l'interdiction de la manifestation, si une telle mesure présente un caractère adapté, nécessaire et proportionné aux circonstances, en tenant compte des moyens humains, matériels et juridiques dont elle dispose. Une mesure d'interdiction, qui ne peut être prise qu'en dernier recours, peut être motivée par le risque de troubles matériels à l'ordre public, en particulier de violences contre les personnes et de dégradations des biens, et par la nécessité de prévenir la commission suffisamment certaine et imminente d'infractions pénales susceptibles de mettre en cause la sauvegarde de l'ordre public même en l'absence de troubles matériels.
8 Par son arrêté du 28 août 2024, le maire de la commune de Villiers-sur-Marne a entendu interdire l'évènement organisé par l'association " C'Noues " et M. B sur le parvis de l'Escale à partir de midi au motif de l'organisation d'une autre manifestation par la ville dans un espace voisin qui mobiliserait des moyens humains et matériels importants, que la tenue de cet autre rassemblement était susceptible d'entraîner des troubles à l'ordre public et des risques pour la sécurité publique et que l'organisateur n'avait pas sollicité de la commune l'autorisation d'occupation du domaine public communal exigée par l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques.
9 Toutefois, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que cet évènement est organisé annuellement depuis 2018, sauf en 2023 en raison d'un deuil ayant frappé l'association organisatrice, et le maire de la commune n'établit pas, et ne soutient d'ailleurs même pas, qu'il aurait été l'occasion par le passé de troubles affectant l'ordre public. D'autre part, il est contant qu'il figure sur la programmation de l'organisme " Paris Habitat " pour l'année 2024, qui le finance en partie, et qui a été approuvée par une délibération du 27 juin 2024 du conseil municipal de la commune de Villiers-sur-Marne. Par ailleurs, il n'est pas soutenu que, les années précédentes, une autorisation d'occupation du domaine public ait été demandée à ses organisateurs, l'occupation du domaine public générée par cet évènement étant par nature non pérenne et non privative, puisqu'il est ouvert à tous et ne peut donc être considéré comme excédant les " limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". Enfin, il n'est pas établi non plus que cet évènement nécessiterait la participation de personnels municipaux pour en assurer la sécurité, celle-ci étant assurée par l'association organisatrice au moyen de personnels de sécurité et de bénévoles.
10 Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué doit être considéré comme portant une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester et de réunion. Par suite, il y a lieu d'en ordonner la suspension.
Sur les frais liés au litige :
11 Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1.500 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° 2024-08-5115-G du 28 août 2024 du maire de la commune de Villiers-sur-Marne est suspendue.
Article 2 : La commune de Villiers-sur-Marne versera une somme de 1.500 euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à la commune de Villiers-sur-Marne et à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé : M. AymardLa greffière,
Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, La greffière,
N°2410628