Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410712

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2410712
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A, détenu, qui contestait son placement en quartier disciplinaire. Le juge a estimé que ce placement, bien que modifiant temporairement le régime de détention, ne constituait pas, en l’absence de circonstances particulières, une situation d’urgence justifiant une intervention en référé liberté. Aucun élément lié à l’état de santé ou aux conditions de détention n’a été apporté pour caractériser une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. La demande a donc été rejetée, y compris les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2024, M. B A, représenté par

Me Al-Shaman, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers de prendre les mesures nécessaires pour que la mesure de placement en quartier disciplinaire prise le

30 août 2024 à 12 heures 25 soit levée immédiatement et que les mesures disciplinaires soient annulées, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il indique que, incarcéré au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers, il a fait l'objet le 30 août 2024 à 12 heures 25 d'un placement en quartier disciplinaire pour avoir refusé de quitter sa cellule pour intégrer sa nouvelle affectation, que cette mesure a été prise alors qu'il n'était pas en état de quitter sa cellule dans les délais qui lui étaient impartis en raison de son état de santé, que cette mesure constitue un traitement inhumain et dégradant, que le compte-rendu d'incident qui le motive est imprécis, que ce placement n'est pas justifié.

Vu :

- la décision contestée,

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision notifiée le 30 août 2024 à 12 heures 25, le directeur du centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers a décidé de placer M. A en cellule disciplinaire. Par une requête enregistrée le 31 août 2024, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire de suspendre cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans le délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique " ; et aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les

deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que la mise en œuvre des pouvoirs particuliers prévus à l'article L. 521-2 est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant, sous réserve que les autres conditions fixées à l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

4. Contrairement à ce que soutient le requérant, la modification temporaire du régime de détention qui résulte pour l'intéressé de son placement en cellule disciplinaire, défini aux articles R. 235-6 et suivants du code pénitentiaire, ne peut, en l'absence de circonstances particulières, être regardée par elle-même comme constitutive d'une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions citées ci-dessus de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Cette circonstance n'est pas établie par le seul fait d'un placement en cellule disciplinaire. M. A ne fait état d'aucun autre fait ou élément, tenant notamment à son état de santé ou aux conditions de sa détention, de nature à caractériser une telle urgence, dès lors qu'il n'est pas établi, ni même soutenu, qu'il ne pourrait pas bénéficier des soins qu'il estime lui être nécessaires en cellule disciplinaire.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'injonction sous astreinte de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°241071