Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410781
lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410781 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Murillo, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d''enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer sa carte de résident algérien valable du 27 juin 2019 au 26 juin 2019, dans un délai de 5 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, ou à défaut de procéder sous la même astreinte à un nouvel examen de sa demande en application des article L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative.
2°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) la somme de 1 920 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 au titre des frais exposés dans la présente instance et non compris dans les dépens.
Il indique que, de nationalité algérienne, il est entré en France régulièrement le
7 janvier 2015, qu'il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien d'un an en 2018, qu'il en a demandé le renouvellement en 2019 au préfet de Seine-et-Marne, qu'il n'a eu aucune réponse, qu'ayant déménagé dans la Sarthe, il a déposé une nouvelle demande de certificat de résidence auprès de la préfecture de ce département le 15 février 2023, que son dossier lui a été retourné au motif qu'une carte de dix ans avait été établie par le préfet de Seine-et-Marne le 28 juin 2019, qu'il a déposé de nombreuses demandes de rendez-vous pour se le voir remettre, sans obtenir de réponse.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il travaille en contrat à durée indéterminée et risque de perdre son emploi, et que la décision contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 septembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, son certificat de résidence algérien de dix ans ayant été obtenu par fraude et lui ayant été retiré.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 4 septembre 2024, tenue en présence de
Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport en l'absence du requérant et du préfet de Seine-et-Marne, ou de leurs représentants, dûment convoqués.
Considérant ce qui suit :
1 M. C, ressortissant algérien né le 27 mars 1976 à Hussein Dey, entré en France selon ses dires le 7 janvier 2015 muni d'un visa de court séjour, est titulaire d'un certificat de résidence algérien de dix ans valable jusqu'au 26 juin 2029. Toutefois, il est apparu qu'il avait bénéficié pour l'obtenir de la complicité interne de fonctionnaires affectés au bureau de l'accueil et du séjour des étrangers de la préfecture de Seine-et-Marne afin de se voir remettre un premier titre de séjour, en dehors de tout cadre légal, le 3 juillet 2018, car il ne détenait qu'un visa de court séjour ne l'autorisant pas à s'installer durablement sur le territoire français lors de son entrée en France. La fonctionnaire impliquée a été reconnue coupable le 2 septembre 2022 par le tribunal correctionnel d'Ajaccio des faits d'aide à l'entrée et au séjour irrégulier d'étrangers en France en bande organisée, d'aide à l'entrée et au séjour irrégulier d'étrangers en France ou dans un État partie à la convention Schengen en bande organisée ainsi que de corruption. Ce même agent avait ainsi procédé à l'enregistrement de la première demande de certificat de résidence de M. C au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, puis à l'enregistrement de sa demande de renouvellement et à la remise de ce titre, et que celui-ci n'avait versé aucun droit de chancellerie pour défaut de visa, ni timbre fiscal à la délivrance de son premier titre de séjour. Par un courrier du 20 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne a alors engagé la procédure contradictoire informant l'intéressé qu'il envisageait de lui retirer son certificat de résidence algérien de dix ans pour fraude sur le fondement de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration, à sa dernière adresse connue à Melun. Le pli est revenu à l'administration avec la mention " défaut d'accès ou d'adressage ". Par une lettre du 15 février 2023, M. C a demandé au préfet de la Sarthe, département de sa nouvelle résidence, la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ". Il lui a été répondu, le 1er mars 2023, qu'un certificat de résidence de dix ans avait été établi par le préfet de Seine-et-Marne et qu'il devait s'adresser à cette préfecture pour le retirer. Par deux lettres de son conseil du 15 mars puis du
21 juin 2023, il a sollicité des informations du préfet de Seine-et-Marne, indiquant tout ignorer du certificat de résidence délivré par lui. Il n'a obtenu aucune réponse. Par une requête enregistrée le
2 septembre 2024, M. C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article
L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer son certificat de résidence algérien valable jusqu'au 26 juin 2029.
2 Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3 Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure particulière instituée à cet article, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures.
4 Il ressort des pièces du dossier d'une part que le préfet de Seine-et-Marne a engagé la procédure de retrait du certificat de résidence algérien de dix ans du requérant le 20 juillet 2022, sans toutefois soutenir avoir pris et notifié à son adresse actuelle une décision de retrait de ce titre de séjour et d'autre part que le requérant, lui-même, a indiqué dans ses différents courriers au préfet de Seine-et-Marne, tout ignorer du titre qui lui aurait été accordé par la préfecture de Seine-et-Marne et donc ne lui avoir soumis aucune demande en ce sens.
5 Il ne saurait donc se prévaloir d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dès lors qu'il n'est pas en mesure de justifier qu'il a effectivement déposé une demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien en 2018, en vue d'obtenir un certificat d'un an ou de dix ans, non plus d'ailleurs que de la satisfaction de la condition d'urgence, dès lors que sa demande de renouvellement daterait de 2019, qu'il ne s'est inquiété de bénéficier d'un nouveau titre de séjour qu'en février 2023 et qu'il n'a saisi le présent tribunal que plus de
dix-huit mois plus tard.
6 Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C ne pourra qu'être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne et au préfet de la Sarthe.
Le juge des référés,La greffière,
A : M. AymardA : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2410781