Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410814
lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410814 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 septembre 2024, Mme C E, représentée par Me Taron, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Créteil de trouver à son fils, A D une place en ULIS collège, classe de 6ème, à Créteil ou Bonneuil-sur-Marne, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de condamner l'État à verser à son conseil la somme de 1 200,00 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle indique que son fils A, né en juin 2012, est en situation de handicap et souffre de troubles du spectre autistique, qu'il est régulièrement suivi, qu'il bénéficie d'une orientation en institut médico-éducatif depuis le 29 juin 2021, mais qu'il a dû intégrer une unité localisée pour l'inclusion scolaire, faute de place dans un institut, que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Val-de-Marne a validé le 16 avril 2024 que son fils soit accueilli au sein du même dispositif en collège, mais qu'elle a reçu une décision du 4 juin 2024 du rectorat l'informant que son fils devait être inscrit dans son collège de secteur.
Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la rentrée scolaire a déjà eu lieu et que la décision contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de son fils à une instruction adaptée en raison de son handicap.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.
Elle précise que le fils de la requérante a été placé en liste d'attente prioritaire pour une affectation en unité localisée pour l'inclusion scolaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'éducation ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret
n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 4 septembre 2024, tenue en présence de
Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Taron, représentant Mme E, requérante, absente, qui rappelle que le fils de la requérante est atteint de troubles du spectre autistique, qu'il a été orienté en institut médicoéducatif mais qu'il n'y a pas de place, qu'il a été alors dirigé en unité localisée pour l'inclusion scolaire à la rentrée de septembre mais que le rectorat ne lui a trouvé aucune affectation, et qui soutient qu'il ne peut lui être reproché de ne pas l'avoir inscrit en collège et que le rectorat ne démontre pas qu'il n'y aurait pas de place et qu'il a fait toutes diligences pour lui en trouver une.
La rectrice de l'académie de Créteil, dûment convoquée, n'était ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1 Par une lettre du 4 juin 2024, les parents du jeune A D ont été informés par la rectrice de l'académie de Créteil que leur demande tendant à ce qu'il intègre, à la rentrée scolaire 2024, une classe en unité localisée pour l'inclusion scolaire en collège n'avait pu être satisfaite et qu'il leur appartenait de confirmer l'inscription de leur enfant dans le collège de secteur. Par une requête enregistrée le 2 septembre 2024, Mme E demande au juge des référés d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Créteil de trouver une place en unité localisée pour l'inclusion scolaire pour son fils.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3 Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre la requérante, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4 D'une part, l'égal accès à l'instruction est garanti par le treizième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958. Ce droit, confirmé par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est en outre rappelé à l'article L. 111-1 du code de l'éducation, qui énonce que : " le droit à l'éducation est garanti à chacun ".
5 L'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction est mise en œuvre par les dispositions de l'article L. 131-1 de ce code, aux termes desquelles : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans ", ainsi que par celles de l'article L. 112-1 du même code qui prévoient : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant () ". L'article L. 112-2 de ce code prévoit qu'afin que lui soit assuré un parcours de formation adapté, chaque enfant handicapé se voit proposer un projet personnalisé de formation, l'article L. 351-1 du même code désigne les établissements dans lesquels sont scolarisés les enfants présentant un handicap, et l'article L. 351-2 de ce code prévoit que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées désigne les établissements correspondant aux besoins de l'enfant en mesure de l'accueillir et que sa décision s'impose aux établissements.
6 Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le droit à l'éducation étant garanti à chacun, quelles que soient les différences de situation et, d'autre part, que l'obligation scolaire s'appliquant à tous, les difficultés particulières que rencontrent les enfants en situation de handicap ne sauraient avoir pour effet ni de les priver de ce droit, ni de faire obstacle au respect de cette obligation. Ainsi, il incombe à l'Etat, au titre de sa mission d'organisation générale du service public de l'éducation, et, le cas échéant, de ses responsabilités à l'égard des établissements sociaux et médico-sociaux, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires afin que ce droit et cette obligation aient, pour les enfants en situation de handicap, un caractère effectif.
7 D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 114-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l'ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l'accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté ". Aux termes de l'article
L. 114-1-1 du même code : " La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de
vie. / Cette compensation consiste à répondre à ses besoins, qu'il s'agisse () de la scolarité, de l'enseignement, de l'éducation, de l'insertion professionnelle () de places en établissements spécialisés, des aides de toute nature à la personne ou aux institutions pour vivre en milieu ordinaire ou adapté, ou encore en matière d'accès aux procédures et aux institutions spécifiques au handicap () ". Aux termes de l'article L. 246-1 de ce code : " Toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique et des troubles qui lui sont apparentés bénéficie, quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques. / Adaptée à l'état et à l'âge de la personne, cette prise en charge peut être d'ordre éducatif, pédagogique, thérapeutique et social () ".
8 Ces dispositions imposent à l'Etat et aux autres personnes publiques chargées de l'action sociale en faveur des personnes handicapées d'assurer, dans le cadre de leurs compétences respectives, une prise en charge effective dans la durée, pluridisciplinaire et adaptée à l'état comme à l'âge des personnes atteintes du syndrome autistique.
9 Si une carence dans l'accomplissement de ces missions est de nature à engager la responsabilité des autorités compétentes, elle n'est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, que si elle est caractérisée, au regard notamment des pouvoirs et des moyens dont disposent ces autorités, et si elle entraîne des conséquences graves pour la personne atteinte d'un syndrome autistique, compte tenu notamment de son âge et de son état. En outre, le juge des référés ne peut intervenir, en application de cet article, que pour prendre des mesures justifiées par une urgence particulière et de nature à mettre fin immédiatement ou à très bref délai à l'atteinte constatée.
10 Mme E fait valoir, d'une part, que son fils, né en juin 2012 et qui souffre de troubles du spectre autistique, ne bénéficie pas d'une prise en charge adaptée au sein d'un institut médico-éducatif alors même qu'il a été orienté vers une telle structure par une décision de la maison départementale des personnes handicapées du Val-de-Marne du 29 juin 2021 et, d'autre part, que scolarisé en école primaire au sein d'une unité localisée pour l'inclusion scolaire jusqu'en juin 2024, la rectrice de l'académie de Créteil lui a seulement proposé, pour l'année 2024-2025, une scolarisation en 6ème ordinaire.
11 Il résulte de l'instruction que les services de l'éducation nationale ont proposé à la requérante pour l'année 2024-2025, une scolarisation de son enfant en classe de 6ème ordinaire. Pour regrettable que soit le caractère inapproprié de cette scolarisation aux besoins de cet enfant, celle-ci ne caractérise pas pour autant une atteinte grave au droit à l'éducation de ce dernier. Par ailleurs, au regard des pouvoirs et des moyens dont disposent les autorités et les établissements concernés, l'absence de prise en charge effective et rapide de l'enfant de la requérante au sein d'une unité localisée pour l'inclusion scolaire en collège ne révèle pas une carence dans l'accomplissement des obligations mises à la charge de l'Etat caractérisant une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales, dès lors d'une part que le fils de la requérante a été placé en liste d'attente prioritaire pour une affectation en unité localisée pour l'inclusion scolaire collège, et d'autre part qu'il bénéficie d'une inscription dans son collège de secteur qu'il appartient à la requérante de confirmer.
12 Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête présentées par
Mme E doit être rejetée
O R D O N N E :
Article 1er : Mme E est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme E est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C E et au recteur de l'académie de Créteil.
Le juge des référés,La greffière,
B : M. AymardB : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2410814