Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2410833
mercredi 11 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2410833 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 septembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne demande au juge des référés, sur le fondement de l'article 7 de la loi du 29 décembre 1892, de :
1° désigner un expert aux fins de dresser en cas de refus des propriétaires des parcelles ou de désaccord un procès-verbal ayant pour objet :
- de constater l'état des lieux préalablement à la mise en œuvre de l'arrêté préfectoral n°2024-09/DCSE/BPE/SERV du 23 juillet 2024 portant autorisation d'occupation temporaire de parcelles de terrains privés situées sur le territoire des communes de Balloy, Châtenay-sur-Seine, Egligny et Gravon ;
- décrire le cas échéant les désordres dont ils seraient affectés,
- de fournir les éléments nécessaires permettant d'évaluer le dommage éventuel qui serait par cette mise en œuvre ;
2° dire que l'expert devra dresser ce procès-verbal dans les plus brefs délais, en trois expéditions destinées, l'une à être déposée à la mairie concernée, et les deux autres remises à l'Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Seine Grands Lacs et le propriétaire concerné, et ce conformément à l'alinéa 2 de l'article 7 de la loi du 29 décembre 1892 ;
3° mettre à la charge de l'EPTB Seine Grands Lacs, en tant que bénéficiaire de la servitude, les frais afférents à la requête et à la réalisation de la mission de l'expert.
Il soutient que l'Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Seine Grands Lacs a sollicité la délivrance d'une autorisation d'occupation temporaire de parcelles de terrains privées situées sur le territoire des communes de Balloy, Châtenay-sur-Seine, Egligny et Gravon, en vue de permettre la première mise en eau (technique) du site pilote de la Bassée, déclaré d'utilité publique par arrêté préfectoral du 15 décembre 2020, afin de tester, valider et réceptionner l'ouvrage public réalisé.
Vu les pièces jointes à la requête.
Vu :
- la loi du 29 décembre 1892 modifiée, relative aux dommages causés à la propriété privée par l'exécution des travaux publics ;
- l'arrêté préfectoral n°2024-09/DCSE/BPE/SERV du 23 juillet 2024 du préfet de Seine-et-Marne autorisant l'occupation temporaire ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué Mme B, première vice-présidente, comme juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article 3 de la loi du 29 novembre 1892 susvisée : " Lorsqu'il y a lieu d'occuper temporairement un terrain, soit pour en extraire ou ramasser des matériaux, soit pour y fouiller ou y faire des dépôts de terre, soit pour tout autre objet relatif à l'exécution de projets de travaux publics, civils ou militaires, cette occupation est autorisée par un arrêté du préfet, indiquant le nom de la commune où le territoire est situé, les numéros que les parcelles dont il se compose portent sur le plan cadastral, et le nom du propriétaire tel qu'il est inscrit sur la matrice des rôles. Cet arrêté indique d'une façon précise les travaux à raison desquels l'occupation est ordonnée, les surfaces sur lesquelles elle doit porter, la nature et la durée de l'occupation et la voie d'accès. Un plan parcellaire désignant par une teinte les terrains à occuper est annexé à l'arrêté, à moins que l'occupation n'ait pour but exclusif le ramassage des matériaux. ". Aux termes de l'article 5 de la même loi : " Après l'accomplissement des formalités qui précèdent et à défaut de convention amiable, le chef de service ou la personne à laquelle l'administration a délégué ses droits, fait au propriétaire du terrain, préalablement à toute occupation du terrain désigné, une notification par lettre recommandée, indiquant le jour et l'heure où il compte se rendre sur les lieux ou à s'y faire représenter. Il l'invite à s'y trouver ou à s'y faire représenter lui-même pour procéder contradictoirement à la constatation de l'état des lieux. En même temps, il informe par écrit le maire de la commune de la notification par lui faite au propriétaire. (). Entre cette notification et la visite des lieux, il doit y avoir un intervalle de dix jours au moins. ". Aux termes de l'article 7 de la même loi : " A défaut par le propriétaire de se faire représenter sur les lieux, le maire lui désigne d'office un représentant pour opérer contradictoirement avec celui de l'administration ou de la personne au profit de laquelle l'occupation a été autorisée. Le procès-verbal de l'opération qui doit fournir les éléments nécessaires pour évaluer le dommage est dressé en trois expéditions destinées, l'une à être déposée à la mairie, et les deux autres à être remises aux parties intéressées. Si les parties ou les représentants sont d'accord, les travaux autorisés par l'arrêté peuvent être commencés aussitôt. Dès le début de la procédure ou au cours de celle-ci, le président du tribunal administratif désigne, à la demande de l'administration, un expert qui, en cas de refus par le propriétaire ou par son représentant de signer le procès-verbal, ou en cas de désaccord sur l'état des lieux, dresse d'urgence le procès-verbal prévu ci-dessus. Les travaux peuvent commencer aussitôt après le dépôt du procès-verbal ; en cas de désaccord sur l'état des lieux, la partie la plus diligente conserve néanmoins le droit de saisir le tribunal administratif sans que cette saisine puisse faire obstacle à la continuation des travaux. ". En vertu de ces dispositions, le président du tribunal administratif désigne, à la demande de l'administration ou des personnes auxquelles elle délègue ses droits, un expert qui, en cas de refus par le propriétaire ou par son représentant de signer le procès-verbal de l'opération ou en cas de désaccord sur l'état des lieux, dresse d'urgence, après avoir procédé contradictoirement çà la constatation de l'état des lieux, ledit procès-verbal qui doit fournir les éléments nécessaires pour évaluer, le cas échéant, le dommage causé au propriétaire par l'occupation temporaire de son terrain.
2. La demande présentée par le préfet de Seine-et-Marne entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Il y a lieu par suite de faire droit à la demande en tant qu'elle concerne les parcelles répertoriées dans l'état parcellaire joint à l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 23 juillet 2024 autorisant leur occupation temporaire par l'Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Seine Grands Lacs afin de permettre la première mise en eau technique du site pilote de la Bassée, et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande portant sur la charge des frais de l'expertise :
3. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ". et aux termes de l'article R.621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R.621-11 et
R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires () " .
4. Il résulte des dispositions précitées qu'il n'appartient pas au juge des référés de déterminer la charge des frais d'expertise de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions tendant à cette fin ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C A est désigné comme expert pour dresser d'urgence, dans les conditions de l'article 7 alinéa 4 de la loi du 29 décembre 1982, le procès-verbal constatant l'état, avant occupation temporaire, des parcelles répertoriées dans l'état parcellaire joint à l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 23 juillet 2024 autorisant leur occupation temporaire par l'Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Seine Grands Lacs avant la première mise en eau technique du site pilote de la Bassée. Il aura pour mission de:
1° prendre connaissance des pièces du dossier ;
2° en cas de refus du propriétaire ou de son représentant de signer le procès-verbal prévu par l'article 1 de la loi du 29 décembre 1892, ou en cas de désaccord sur l'état des lieux :
a) se rendre sur les lieux, après avoir convoqué les parties, préalablement à la mise en œuvre de l'arrêté préfectoral n°2024-09/DCSE/BPE/SERV du 23 juillet 2024 portant autorisation d'occupation temporaire de parcelles de terrains privés situées sur le territoire des communes de Balloy, Châtenay-sur-Seine, Egligny et Gravon ;
b) se faire communiquer toutes informations et tous documents qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;
c) établir d'urgence un procès-verbal dressant un état des lieux avant occupation temporaire et identifiant avant celle-ci les éléments nécessaires pour évaluer les dommages concernant les parcelles ci-dessus ;
d) recevoir et annexer à son procès-verbal les dires des parties ;
e) entendre tous sachants et donner au tribunal toutes informations ou appréciations utiles ;
f) fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre à la juridiction du fond éventuellement saisie de se prononcer sur les responsabilités encourues et les préjudices subis.
Article 2 : Sans préjudice de l'application des dispositions spéciales de la loi du 29 décembre 1892, l'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : Le procès-verbal sera établi, dans les plus brefs délais, en présence du préfet de Seine-et-Marne ou son représentant, de l'Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Seine Grands Lacs, et des propriétaires ou de leurs représentants.
Article 4 : L'expert déposera une expédition de son procès-verbal à la mairie. Des expéditions seront remises aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification peut s'opérer sous forme électronique.
Article 5 : L'expert déposera au greffe son rapport exclusivement sous forme électronique, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies sont notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec l'accord de celles-ci, la notification est faite par voie électronique par un procédé garantissant, dans des conditions prévues par l'article 748-6 du code de procédure civile, la fiabilité de l'identification des parties à la communication électronique, l'intégrité des documents adressés, la sécurité et la confidentialité des échanges, la conservation des transmissions opérées et permettant d'établir de manière certaine la date d'envoi ainsi que celle de la mise à disposition ou celle de la réception par le destinataire.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Seine-et-Marne, à l'Établissement Public Territorial de Bassin (EPTB) Seine Grands Lacs et à M. C A, expert.
Copie en sera adressée aux communes de Balloy, Châtenay-sur-Seine, Egligny et Gravon.
Article 8 : En application de l'article R. 532-1-1 du code de justice administrative, il appartient au préfet de Seine-et-Marne de notifier cette ordonnance aux personnes dont les immeubles sont susceptibles d'être affectés par des dommages.
Fait à Melun, le 11 septembre 2024.
La juge des référés,
Signé : S. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
le greffier,
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