Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411067

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite du préfet de Seine-et-Marne rejetant la demande de titre de séjour de M. B, ressortissant tunisien. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la promesse d'embauche et les difficultés financières invoquées ne caractérisaient pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, s'agissant d'une première demande de titre de séjour. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de légalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Besse, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 23 octobre 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre aux services préfectoraux de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige l'empêche de signer une promesse d'embauche sous contrat à durée indéterminée à temps partiel, à partir du 1er octobre 2024, destinée à financer ses études alors qu'elle fait également obstacle à l'obtention d'une bourse ;

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation, faute pour le préfet d'avoir répondu dans le délai imparti à sa demande de communication des motifs du rejet implicite de sa demande, reçue le 7 août 2024 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée le 9 septembre 2024 au préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 septembre 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort,

- et les observations de Me Besse, représentant M. B, absent, qui soutient en outre qu'il est entré en France peu de temps après ses treize ans, qu'il s'est toujours montré assidu sur l'ensemble de son parcours scolaire, et que l'urgence de sa demande est fondée sur le fait que sa famille vit du seul salaire de son père alors qu'ils sont quatre enfants, que dans ce contexte il souhaite pouvoir accéder à une bourse et exercer une activité à temps partiel, pour ne pas peser sur la situation financière de sa famille et qu'il dispose d'une proposition d'emploi justifiant la présente requête.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 11 août 2005 à Sousse (Tunisie), entré en France le 21 mars 2019 à l'âge de 13 ans sous couvert d'un visa court séjour, a saisi les services de la préfecture de Seine-et-Marne d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par une lettre recommandée du 21 juin 2023, reçue le 23 juin. M. B demande la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de cette demande.

En ce qui concerne l'urgence :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Si la demande présentée par M. B constitue une première demande de délivrance d'un titre de séjour, il résulte de l'instruction qu'elle a été reçue par les services de la préfecture de Seine-et-Marne deux mois avant la majorité du requérant. De plus, M. B produit la promesse d'embauche effectuée le 15 août 2024 par la société Nthec pour un emploi de gestionnaire administratif sous contrat à durée indéterminée à temps partiel, compatible selon les termes non contestés de la requête avec la limite de 60 % de la durée de travail annuelle, posée par le dernier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'une carte de séjour mention " étudiant ". Enfin, le requérant précise que l'exercice de cette activité professionnelle, qui doit débuter le 1er octobre prochain, a pour but d'apporter un soutien financier à sa famille. Au regard de ces circonstances particulières, la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

5. Au regard des pièces produites à l'appui de la requête, et en l'absence de défense de la part de la préfecture de Seine-et-Marne, les moyens tirés du défaut de motivation et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B.

6. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de cette décision doit être suspendue.

Sur les conclusions à fin d'injonction avec astreinte :

7. La suspension prononcée implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la demande présentée par M. B, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction, dans le délai de deux jours à compter de cette même notification. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requête.

Sur les frais de justice :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la demande présentée par M. B, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction, dans le délai de deux jours à compter de cette même notification.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. LetortLa greffière,

Signé : C. Sistac

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,